Thiery : Op. cit., p
2. La duchesse d'Orléans a pour libraires attitrés, en 1788, « Hardouin et Gattey, au Palais-Royal, sous les arcades à gauche ». Elle visite un jour la grande imprimerie Didot, dont « Didot Tainé » lui fait les honneurs. Elle est avec le comte d'Oëls, auquel on adresse ces vers :
Ici Mars à son tour Semble conduire Astrée.
3. Xonvelles à la main de la Maison de Penthièvre. Manuscrits de la Chambre des Députés, fol. i95.
4. M°^« DE Gexlis : Souvenirs de Félicie. Mémoires, t. IX, p. 84.
est question. Seule, la princesse a rougit prodigieusement, et met les deux mains sur son sac au lieu de l'ouvrir. La stupeur est générale. » Comment soupçonner une personne si pure et si pieuse de lire un livre licencieux? Cependant, pourquoi cette vive rougeur et cet embarras ?
— Madame n'a point de livre ? interroge quelqu'un.
— Pardonnez-moi, mais je ne veux pas le montrer !
Nouvelle surprise. Silence général. Puis la marquise de P. ' se met à rire et s'écrie :
— Eh bien ! Madame, nous croirons que vous lisez des sottises.
— A la bonne heure, répond la princesse en s'efForçant de sourire, mais on me fera plaisir en parlant d'autre chose.
... Peu à peu, les visiteurs se sont dispersés, emportant la conviction que le mystérieux volume est un ouvrage très libre. La princesse — c'est au temps de leur grande intimité — est demeurée en tête-à-téte avec M^^^ de Genlis, qui l'interroge. « Je ne lui ai point dissimulé mon étonnement et ma curiosité, écrit celle-ci, et après m'avoir fait promettre un secret inviolable :
— Je vais, dit-elle, vous avouer la vérité... Vous savez peut-être que tous les chevaliers de l'Ordre font serment, à leur réception, délire tous les jours l'office du Saint-Esprit.
I. M"e de Genlis ne nous donne que l'initiale du nom. Il s'agit très certainement de la marquise de Polignac.
— Eh bien ?
— Eh bien !... Il ne le dit pas, et pour expier cette faute, j'ai fait le vœu de le dire régulièrement.
— Et depuis quand ?
— Depuis que je suis mariée.
— Et ce livre est l'office du Saint-Esprit ?
— Oui, tenez, regardez.
cv J'ai pris le livre, je l'ai ouvert avec tout le saisissement de la plus profonde admiration, et me& larmes sont tombées sur la page où j'ai lu : Office du Saint-Esprit. »
L'admiralion avec laquelle M"^^ de Genlis parle de sa pauvre rivale est-elle feinte ? Y a-t-il là oubli plus ou moins volontaire de leur situation respective? Inconscience?... Onnesaitque répondre, tant le cœur humain en général, et celui de M^^^^ de Genlis en particulier, comme on l'a dit, sont insondables. N'a-t-elle pas écrit elle-même « qu'elle trouvait la pri ncesse charmante de figure, et de caractère , car on n'a jamais vu de jeune princesse plus naturellement obligeante, et d'une bonté plus parfaite » ?
Ce n'était pas là la moindre des actions édifiantes de la princesse ^ Sans insister sur celles-ci, et
I. J'ai parlé plus haut de la piété de la princesse en ajoutant qu'elle était toutefois moins robuste que celle de son père. Il apparaît, par une curieuse lettre au comte de Brienne, qu'elle subissait parfois l'influence du milieu et qu'elle cherchait à éclairer sa religion : « Quelle est donc, écrit-elle, l'Eglise qui juge si elle-même doit être jugée ? Sera-ce les prêtres qui doivent juger les laïques ou les êtres purs qui doivent juger les impurs ? L'Eglise universelle n'est donc pas l'Eglise puisque le pape, les évèques et les prêtres seuls la composent.
les conter en ces phrases attifées ou onctueuses, si chères jadis aux biographes des princes, on ne saurait les passer toutes sous silence. Si à la campagne sa joie est de visiter les pauvres, une ancienne étiquette lui interdit, à Paris, d'aller ellemême soulager la misère, mais elle a ses « rabatteurs », qui lui découvrent et lui amènent des malheureux. Quand la chasse est fructueuse, elle a de jolis mots. Un jour, on lui présente deux enfants sans ressources, dont la mère vient de mourir en couches : « Ah ! s'écrie-t-elle, comme je suis heureuse qu'on m'ait trouvé cela ! » Une autre fois, en rentrant dans sa chambre, elle voit trois poupons « tout roses et tout frais », que l'intermédiaire de ses aumônes a déposés sur un canapé. Ce sont trois jumeaux, que la mère indigente ne saurait nourrir : « Cette fois, dit la princesse, c'est un trésor que l'on m'apporte ! »
... N'insistons point... On n'aime plus, Dieu merci, la littérature historique à l'eau de rose...
En 1786, le duc de Yalois est présenté à la Cour. C'est une grande affaire pour la duchesse d'Orléans et pour son père, le duc de Penthièvre, dont le grand souci est de conserver de bons rapports avec la famille royale. L'accueil, au reste, fut assez froid. On fit sentir à l'élève de M™^ de Genlis la médiocre sympathie qu'inspirait son père, et, par son premier contact avec Versailles, le futur Louis- Pourquoi la nomme-t-on la Sainte Eglise, puisque les membres en sont souvent gangrenés ? » Lettre inédite. Catalogue Lucas de Montigny 1860. N° 2274.
Philippe sentit, dès son entrée dans la vie, qu'il était mal en Cour.
Suivant l'usage, il fallut, la veille de la présentation — le 25 novembre 1785, — que le duc d'Orléans fît demander par un de ses gentilshommes à tous les gentilshommes de la chambre et à toutes les dames d'atours de la famille royale quelle serait l'heure de la cérémonie du lendemain \
Aucun prince ne fut invité par le duc d'Orléans à la présentation, qui eut lieu dans le cabinet du Roi, après le « Prier Dieu ». Le duc présenta son fils qu'avait amené le chevalier de Durfort, premier gentilhomme. Le duc de Penthièvre se tenait sur « les derrières ». La duchesse d'Orléans, suivant sans doute son habituelle tactique et désireuse de conciliation, était présente, contrairement à ses habitudes, car elle se dispensait toujours des cérémonies. Le roi Louis XVI fit simplement la révérence et le présenté ne lui prit pas la main. Le duc de Valois fut ensuite conduit chez la reine, le Dauphin, le comte et la comtesse d'Artois, Madame Elisabeth. Il fut salué et point embrassé. Seuls, le comte et la comtesse de Provence, qui étaient loin d'épouser les antipathies de la reine Marie-Antoinette et manquaient rarement l'occasion d'afficher des opinions contraires, se montrèrent aimables et donnèrent l'accolade aux jeunes princes. Le comte de Provence s'assit même un moment dans un fauteuil et fit avancer des pliants pour le duc de Penthièvre et le duc d'Orléans.