‹ Louise Miller drame en cinq actes en vers traduit de SchillerChapitre 10 sur 90 · LA MÈRE · texte numérisé non relu

LA MÈRE

Dieu ! nous surprendre ainsi!

(Elle tort.)

LOUISE, toujours sous le coup des paroles de Miller.

— Je connais le ministre ! et donnerais ma vie Pour que ton Ferdinand ne t'eût jamais suivie! —

FERDINAND

D’où vient celle pêleur?

LOUISE se lève cl se jette à sou cou.

Rien, ami, ce n’est rien.

Je te vois, tout est beau ! je t’entends, tout est bien !

FERDINAND prend la main de Louise et la porle à ses lèvres.

O ma Louise aimée ! on m’aime donc encore !

Aujourd’hui, comme hier , mon ange, je t’adore !

Toujours à loi , mon cœur est toujours plus, aimant.

Te rends-je heureuse, dis? rassure ton amant.

Tu me parais souffrir!...

LOUISE

Non ! je suis bien heureuse !

FERDINAND

Dis-moi la vérité, ma divine amoureuse ;

Tu souffres, je le sens; je vois plus aisément,

Louise, dans ton cœur, que dans ce diamant.

(il montre son anneau.)

Il ne peut s’y trouver le plus léger nuage.

Que je ne le remarque; et sur ce doux visage Quand un nuage passe il ne peut m’échapper.

Qu’as-tu ? parle, réponds, ne crois pas me tromper.

C’est dans ce seul miroir que je sais et veux lire;

Un danger nous menace, et tu vas me le dire.

LOUISE le regarde un moment.

Tu ne sauras jamais, ami, combien l'amour A, dans mon faible cœur, grandi de jour én jour.

Ta voix, une musique, et ta vue, une fête.

A la pauvre bourgeoise ont fait tourner la tête.

FERDINAND

Louise une bourgeoise ! Oh! la laide qui meut !

Une bourgeoise, toi? serais-je ton amant?

Quelqu’un a pu te dire une telle sottise?..

Une bourgeoise, non ! Louise, c’est Louise,

C’est ma Louise à moi, mon trésor, mon ardeur, Mon existence, enlin, malgré cette froideur.

Si lu n’étais qu’amour, cette folle pensée Ne serait pas venue... Oh ! la fille glacée !

Quand je suis près de toi, Louise, ma raison.

C’est d’offrir à mes yeux tes yeux pour horizon ; Quand j’en suis éloigné, c’est d’y rêver sans cesse! Rougis donc, déloyale et méchante maîtresse...

Ce qu’on donne au chagrin, à l’amour est volé ;

Je pleure à tes genoux sans être consolé...

On ne m’aime donc plus?..

LOUISE

Ah ! tu vois où je glisse, Et tu veux détourner mes yeux du préci|>ice.

Je t’écoute, j’y tombe, et le gouffre est béant.

Ta gloire, tes projets, ton père, mon néant...

(Elle laisse. tomber sa main.)

Ferdinand, le malheur menace nos deux tètes;

Nous avons soulevé de terribles tempêtes;

Le malheur est sur nous ! je lis dans l’avenir ;

On va nous séparer!

FERDINAND

Que l’on ose y venir !

Nous séparer, dis-tu? nous ne faisons qu'une âme Et nous n’avons qu’un cœur! Éteindre cette flamme. Arracher de nos corps ce cœur double et vivant , Est-ce possible? dis... nous serions morts avant.

Qui pourrait délier le nœud qui nous enchaîne.

Faire que notre amour soit moins fort que la haine. Qui le pourrait? réponds I Mon titre , en vérité.

Sur ce qui fut réglé de toute éternité.

Aurait donc te dessus en dépit de moi-môme.

En dépit des décrets du ciel, de toi que j’aime?

On oserait alors opposer sans raison,

A noblesse de cœur, noblesse de lilason?

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