‹ Louise Miller drame en cinq actes en vers traduit de SchillerChapitre 28 sur 90 · ACTE U, TABLEAU I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE U, TABLEAU I, SCÈNE VI

Présenls vernis du ciel pour le bonheur cl’uu Iiomni(>, Ont été sans pudeur dépensés, Dieu sait comme !

Ils servent aux plaisirs d’un puissant corrompu ;

C’est monstrueux, tenez! Comment avez-vous pu. Sachant qu’il ne voyait en vous rien que la femme.

Vous livrer si longtemps à ce commerce infâme?

Vous allez m’alléguer, quoi? l’attrait du plaisir.

L’âge, la vanité, que sais-je?., le désir De régner sur un prince ou le besoin de vivre;

Vous direz qu’à l’honneur la vertu peut survivre;

Que l’on ne perd jamais son honneur en entier,

Et qu’on peut ennoblir un odieux métier

Par l’usage qu’on fait du pouvoir qu’il vous donne...

Mais pourquoi ce pays, que le ciel abandonne.

Est-il plus pressuré qu’il ne le fut jamais?

Pourquoi, pourquoi les cœurs vous sont-ils tous fermés? Oh 1 je ne comprends pas que vous osiez, sans honte. Après tout ce qu’il sait d’horrible à votre compte, Prendre un homme d’honneur pour un pareil hymen! Ma main se flétrirait en touchant votre main.

J'ai dit.

MILADY te lève, à part.

Vous l’enlendez, mon Dieu! que faut-il faire? Après tant de mépris, je ne dois plus me taire.

(Haut, avec douleur et ooblesse.)

Vous êtes le premier qui me parliez ainsi...

De ces blessants discours, merci. Monsieur, merci !

Vous rejetez ma main, et je vous en estime;.

Vous doutez de mon cœur, c’est affreux, c’est un crime. Je vous pardonne; maisqu’aussi profondément Le vôtre me méprise , il vous trompe et vous ment.

Non, non, celui qui peut insulter une femme.

Qui croit pouvoir traiter de faus.saire et d'infàmc Celle qui le perdrait d’un mol, ne pense pas Que son cœur soit tombé d’aussi haut aussi bas,

Ou cet homme est un fou, monsieur Walter.

KEIIDINAND.

Madame !

MILADY

Oh! je souffris longtemps sans devenir infâme! Vous faites retomber sur mon front les douleurs

De ce pauvre pays. J’ai causé les malheurs

Qui frappent la contrée!... alil que Dieu vous pardonne,

Ce Dieu qui voit pâlir sous sa double couronne

Le front que vous courbez, ce Dieu puissant qui doit

Nous juger tous un jour, le prince, vous et moi !

FERDINAND, appuyé sur son épé«.

J'attends.

MILADV .

C’est une triste et dure pénitence Qu’une confession faite à qui nous offense.

Écoutez donc, Monsieur; je n’aurai confié Mon secret qu’à vous seul ; vous avez défié Mon cœur, il parlera. Je descends d’une race Malheureuse, mais grande et dont on suit la trace Au sang qu’elle a versé pour ses rois, car toujours Les Norfolk ont donné leur honneur et leurs jours Aux princes qu’ils aimaient. Le dernier fut mon père;

Il était chambellan du roi... qui laissa faire.

Accusé de trahir pour un peuple étranger El son peuple et son prince... on devait le juger.

(comme pressée d’eo finir, récit eairemèlé de sangloli.)

Il fut décapité ! Walter, cette sentence

Fit deux morts à la fois : ma mère !.. oh! quand j’y pense...

Elle mourut le jour de l’exécution.

Là, ne s’arrêta pas la persécution : *

On m’exila. Monsieur, j’avais treize ans à peine.

Je quittai mon pays, le cœur rempli de haine :

On tuait mes parents; richesse, amour, bonheur.

N'avait-on pas tout pris, tout, jusqu’à mon honneur.

Tout, jusques à mon nom? Je vins en Allemagne Avec ma gouvernante, une vieille compagne De ma mère; elle avait vu le jour sur le Rhin.

Elle emportait, Walter, ma fortune, un écrin...

Quelques bijoux cachés par cette pauvre fille, •

Alors qu’on dépouillait, qu’on tuait ma famille.

Et celte croix...

(Elle tire de son corset une petite croix en brillants et la lui montre.)

Qui fait ma consolation...

Je la reçus avec... la bénédiction Que me donna ma mère en mourant...

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