‹ Louise Miller drame en cinq actes en vers traduit de SchillerChapitre 29 sur 90 · ACTE II. TABLEAU I. SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II. TABLEAU I. SCÈNE VI

FERDINAND

Pauvre femme !

MII.ADY.

^Oh! je souffris longtemps sans devenir infâme !

Six ans s’étaienl passés dans les pleurs et la faim ;

Ma gouvernante était morte... et j’avais enfin Vendu jusqu’au dernier tous mes bijoux...

(Elle s’arrête et sanglotte.)

FERDINAND

Madame !

MILADY

J'épuisai jusqu’au bout les forces de mon âme !...

(plus calme.)

Écoutez... Chaque jour je venais tristement M’égarer sur les bords de l’Elbe au flot dormant.

Et je me demandais : Que fais-tu dans ce monde?

Plus que ce flot profond, ta misère est profonde!

Et ces pcnsers de deuil me rappelaient parfois Tous mes plaisirs d’enfant, mes grandeurs d’autrefois;

Mais auprès du bonheur (jui berça ma jeunesse.

L’image de la mort reparaissait sans cesse.

Hélas! ce fut alors, Walter, que le destin Conduisit votre duc à Hambourg un malin.

Mon corps avait besoin d’appui, comme mon âme A besoin de t’aimer... Je le crus, pauvre femme...

Voilà tout... Maintenant, lu peux me condamner.

FERDINAND

Qu’ai-je fait? Pourrez-vous jamais me pardonner?

MILADY

Écoutez... Je suivis le prince, j’élais pure.

Et je ne pensais pas succomber, je le jure;

Carie .sang des Norfolk parlait toujours en moi.

Mais quand je fus ici, vous dire mon effroi,

.Ma douleur, en voyant cette pauvre contrée Dans la corruption affreusement vautrée...

Vous comprenez, Waller, qu’on ne le puisse pas.

Oh! c’était un spectacle horrible... à chaque pas.

Les époux divisés, les cho.ses les plus saintes.

Les droits les plus sacrés foulés aux pieds. Des plaintes.

Des menaces, des cris, des larmes et du sang.

Plus de justice enfin, plus de cccur innocent.

Tout avait succombe. Le monstre insatiabb.'

Avait tout englouti. C’était épouvantable !

La pitié dans mon cœur l’eut bientôt emporté Sur mon orgueil, Walter, et sur cette fierté Dont vous parliez tantôt. Je mis ma chute utile,

Je tombai ! je parus alors infâme et vile

Aux regards du monde; oui, le monde avait raison :

Savait-il que ma chute ouvrait une prison,

Fermait une blessure, et versait dans le monde De consolations une aumône féconde?...

Savait-il que la main qui tenait renversés Les puissants, se tendait aux faibles terrassés?

Que m’importe, après fout, le monde et sajusticcy Si ce que tu voulais, Ferdinand, que je fisse.

Je l’ai fait? il suffit. Et cependant c’est toi.

C’est l’homme que le ciel avait créé pour moi. L’homme qu’il me devait pour prix de ma souffrance. C’est lui qui me condamne et c’est lui qui m’offense!

FERDINAND, riaterrompanl.

Épargnez-moi, de grâce 1

Ml LA DT, la! prenant la main.

Oh! non, je dois parler...

Maintenant ou jamais... c’est trop dissimuler.

J’ai montré l’héroïne, il faut que' lu connaisses Le sujet de mes pleurs, la femme et ses faiblesses.

Je t’ai dit qui j’étais... Écoute maintenant •

Ce que je voudrais être.

(atcc tendresse.)

Écoule, Ferdinand.

Que ferais-lu, dis-moi, malgré sa résistance,

Si, jetée à tes pieds par une force immense.

Puissante, irrésistible, une femme venait Et le parlait ainsi ; mon cœur t’appartenait;

Un cœur rempli d’amour, amour inépuisable.

Mais je n’osais t’offrir le cœur d’une coupable Qui t’aime, Ferdinand, d’un amour insensé.

Oserais-tu lui dire encor ce mot glacé,

Ce pâle mot d’honneur, si cetlc malheureuse Que le remords accable, à tes genoux, honteuse,

Se roulait et priait, et te disait... att uids...

J’étais folle, tu sais, mais il est encor temps^

Page 1