‹ Louisiane, Mexique, Canada [microforme]Chapitre 13 sur 53 · PRET FUI · texte numérisé non relu

PRET FUI

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petite bête fine, intelligente et presque toujours sortant du ranche et des mains du dompteur.

Très peu marchent le trot, presque tous ont un délicieux petit galop qui permet à l'européen nouveau débarqué de faire, dès le lendemain même de son arrivée des étapes énormes sans fatigue.

Après cette promenade du matin, le Mexicain rentre chez lui et sort peu.

Le soir 1l va au théâtre ou au concert et laisse ainsi s'écouler l'existence dans une douce indolence.

Je ne voudrais pas quitter Mexico sans dire quelques mots de la situation de la colonie française de cette ville, une des plus florissantes colonies françaises du monde entier.

Le nombre de français établis à Mexico

et dans la banlieue est d'environ 2,500,

Leurs principales branches d'industrie et de commerce sont les nouveautés, les vins et les comestibles.

Le chiffre des affaires traitées par les Français est de vingt-cinq millions de dollars environ.

Les Français ont fondé une Société de bienfaisance avec Société de secours mutuels et Caisse d'épargne. Ils ont en outre un hôpital et un cimetière français entretenus par eux. En plus de cela il existe un Cercle français, une Société philharmonique française et une Société hippique française.

Ce sont là, je crois, les indices d’une saine population française et un violent démenti donné aux fâcheux qui vont répétant sur les toits que partout où il y a deux français, 11 y en a un de trop.

J'arrive maintenant à un fait bien per-

sonnel, celui de mon expulsion manu militari par le gouvernement mexicain.

J'ai rarement eu occasion de faire connaître les détails de cet intéressant événement qui a fourni longtemps à mes adversaires politiques un thème facile pour une foule d'attaques, maïs je protite de l'occasion qui se présente ici pour moi de donner, pièces à l’appui, la vérité et toute la vérité sur ce curieux incident.

À la suite d'un inique décret dont on comprendra la teneur par ce qui suit et qui a été révoqué plus tard par le président P. Diaz, j'écrivis le 18 juin 1884 dans le Trait d'Union dont j'étais rédacteur en chef les quelques lignes suivantes :

“ Après avoir inutilement torturé les commerçants, après avoir renouvelé les

pratiques inqüisitoriales les plus pénibles,

après avoir obligé nombre de commerçants

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à liquider leurs maisons ou à restreindre leurs affaires, M. Pena dont le nom sera inscrit un jour au pilori de l’histoire à mis le comble à toute ses inventions financières en frappant du même coup les draps, les étoffes, les tissus, les meubles, jusqu'aux polizones.”

“Tout le monde sait qu'à Mexico cette branche de commerce dite de la rop« est presque uniquement entre les mains de nos compatriotes, c'est donc eux que le décret a: visés et c'est eux qu'il atteint spécialement. Au lendemain même du jour où des Français se sont réunis pour venir en aide au Mexique, pour l'aider à sortir du gâchis financier où il végète depuis deux ans, au lendemain même de ce jour, une loi vient de frapper à mort tout le commerce français de ce pays; c'est ainsi qu'au lieu de

nous créer des débouchés, cet argent que

nous prêtons bénévolement au gouvernement mexicain ne nous vaut pas même de lui, une fois qu'il a l'argent en poche, la

simple reconnaissance de l’estomac.”

Ilest bon de dire ici qu'une maison de banque française venait de faire l'émission d'un emprunt mexicain de $20,000,000 sur

lequel elle avait versé déjà $3,000,000.

Le Journal Officiel parut, indigné, le lendemain et m'accusa personnellement de provocation ; d’ailleurs tous les articles pa-

raissaient sous ma signature.

Un autre journal extra-officiel, la Prensa, m'ayant attaqué à son tour, je lui répondis

dans les termes suivants :

“ La Prensa nous a dédié hier quelques mots dont le manque d’apropos et la violence

méritent une réponse.

“ La Prensa dit que, sous prétexte de

défendre le commerce français, nous avons insulté le Mexique.

“ Nous mettons la Prensa au défi de trouver, dans aucun de nos articles, un mot qui puisse être une insulte.

“ Nous aimons trop la République Mexi-

caine pour avoir eu un instant l'idée de dire un mot de nature à froisser en rien le juste orgueil mexicain; nous avons pu blâmer le gouvernement, nous avons pu censurer ses actes, nous avons pu, dans notre juste indignation, nous élever violemment contre un

Q 0 re Q , ministre des finances qui a proposé des décrets du genre de ceux du timbre, mais Jamais, au grand jamais, nous n'avons écrit

Q . Q A ° Là , une ligne qui puisse être interprétée contre la Nation Mexicaine.

“ On a dit que les peuples avaient les

gouvernements qu'ils méritaient ; pour nous,

nous croyons que le Mexique est actuelle-

met en train de faire mentir ces paroles et de prouver une fois de plus que toutes les

règles ont des exceptions.

“ Quant à croire que les Français ne sont pas avec nous, la Prensa se trompe. Les Français, comme elle le dit elle-même, ne sont pas assez aveugles pour défigurer les faits et ils savent à qui profitent toutes ces mesures financières, dont le Mexique supporte le poids sans en récolter les fruits.

“ A notre tour nous dirons à la Prensa : nos amis les Mexicains ne seront pas assez aveugles pour écouter vos provocations, ils savent où est le droit, ils savent où est la

Justice et dans leur loyauté c'est toujours

pour les victimes que seront leurs sympa-

thies et non pour les exécuteurs.”

L'affaire commençait à se gâter et je

voulus faire cesser le débat. A cet effet

J'écrivis sous le titre: “ La situation économique” un article final que voici :

“ Discuter cette loi serait inutile, tout a été dit, tout a été écrit, tout a été tenté, tout a été proposé pour en empêcher l'application. Dans la tenace obstination du gouvernement à maintenir des lois aussi malfaisantes, il n’y à pas seulement une erreur, il ya le parti pris de ruiner un commerce étranger qui fait la richesse du pays. Ce sont pourtant les commerçants étrangers, ce sont les voyageurs étrangers qui, depuis cinquante ans, alimentent la douane de Veracruz, et par suite le Mexique, qui trouve là plus des deux tiers de ses revenns.

“ Quelle confiance pouvons-nous avoir dans le gouvernement. Chacun sait et voit les faits quise passent chaque jour; personne n'ignore que le gouvernement qui,

depuis trois semaines, reçoit chaque jour

$18,000 à compte de l'emprunt, n’a encore rien pu payer, que les malheureux employés touchent des huitièmes de quinzaine pendant que les piastres vont s’accumuler dans

des caisses secrètes déjà trop bien garnies,

“ Devant une telle conduite, aggravée encore par d'indignes vexations, les nations civilisées pourront juger.”

Je restais toutefois, 1l me semble dans le limites d’une politesse assez courtoise et n'avais aucune raison pour rien soupçonner, lorsque, le samedi, 21 juin, un individu passa dans la journée à la rédaction du Trait d'Union et demanda avec beaucoup d'insistance à me parler : il avait, disait-il, des papiers et des documents à me remettre, et, comme il partait le soir même, désirait absolument me voir personnellement,

J'étais alors absent du bureau, et mes

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collègues de la rédaction le prièrent de repasser.

Il revint deux fois dans la journée sans me trouver et finalement donna l'adresse d'un hôtel où je devais le rencontrer. A mon retour j'envoyai un mot à ce visiteur empressé, lui fixant rendez-vous pour le soir à 7 heures au café Mesner.

À 7 heures, j'étais au café, avec quelques amis, lorsqu'un homme de mauvaise mine entra et se dirigeant droit sur moi me demanda si j'étais bien M. Sauvalle. Je lui répondis affirmativement et sur ce, il m'emmena à l'écart dans un coin du café où nous nous assimes.

Il prit aussitôt un air mystérieux et m'annonça que, bien qu’il ne fût pas connu de moi, il était un de mes bons amis et venait me rendre un service très précieux Sans

m'arrêter à l'étrangeté d’une aussi subite

LA

amitié, je le laissai parler, il me déclara savoir d’une façon certaine que le gouvernement mexicain voulait me faire arrêter, et ane donna le bon conseil de fuir en toute hâte. Pendant cette conversation, j'avais remarqué à la fenêtre du café deux individus qui ne nous perdaient pas de vue

une minute.

À ce moment, un de ces individus entra et vint s'asseoir à côté de moi, quelques minutes après, le second entrait, et, venait droit à moi, me demander mon nom. Je déclinai mes noms et qualités, après quoi il me donna l’ordre de le suivre, et m'exhiba sa carte d'agent de la sûreté. La résistance dans ces conditions était impossible et je dus me résigner à l'accompagner. Ses deux acolytes sorti-

rent derrière moi, et c'est à peine si les

personnes présentes purent soupçonner la

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