‹ Louisiane, Mexique, Canada [microforme]Chapitre 18 sur 53 · Sté · texte numérisé non relu

Sté

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gaire roture avaient depuis longtemps froissé bien des gens.

J'étais alors rédacteur en chef du Trait d'Union, et le lendemain de l'affaire, je fus assailli de demandes de protestations de toute sorte, mon confrère de la Colonie Française était dans le même cas ; d'un

cominun accord nous décidâmes de ne pas

intervenir deus l'affaire mais de laisser à M. O**# aussitôt qu'il serait sorti de prison, le soin de voir ce qu'il aurait à faire.

En attendant, on fit jouer des influences, et M. O*##* fut vite libéré. Il s'empressa aussitôt de déclarer qu'il se réservait à luimême de demander compte à M. de G*** de sa conduite à son égard et nous chargea, mon confrère Regagnon et moi d'être ses seconds et de prendre de suite des dispositions pour une réparation par les armes.

Le jour même, nous nous mettions en rap-

port avec deux des amis de la partie adverse et les conditions de la rencontre étaient ffxées. On se battrait le lendemain matin à la Castaneda, à six heures, à l'épée de combat, jusqu’à ce qu'un des adversaires fût blessé au point d’être mis dans ur état d’infériorité qui obligeit la cessation du combat,

Notre mission terminée, nous allâmes trouver O*** pour lui en faire connaître les resultats. Il prit tres gaillardement la chose. Comme il avait une certaine habitude de l'épée, je l’'emmenai le soir à la salle d'armes et après lui avoir poussé quelques bottes sérieuses nour le mettre en main, je le reconduisis chez lui en lui conseillant de bien dormir, de se reposer pour être frais et dispos le lendemain matin.

Quant à moi, j'allai veiller chez Regagnon où nous piochâmes le Châteauvillard pour

être ferrés le lendemain et je rentrai à mon

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domicile, De grand inatin, j'allai chercher le médecin que nous avions prévenu, puis prendre O**#, chez qui nous devions nous retrouver.

Regagnon nous rejoignit bientôt avec le épées enveloppées dans la traditionnelle serge verte et bientôt nous montions tous quatre en voiture pour gagner le lieu du rendez-vous situé à un mille environ des portes de la ville.

L'emplacement choisi était une magnitique avenue bordée d’encalyntus au centre de la ferme de la Castaneda, et on y accédait par une grande porte ouvrant sur le Paseo.

Nous entrâmes avec notre voiture et quelques instants après nous voyions arriver par l’autre bout de l'avenue les adversaires, qui avaient fait le grand tour par Chapultepec.

Les voitures s'arrêtèrent à une distance

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respectueuse, et les deux groupes, formés par les témoins et les médecins se rapprocherent pour prendre les dernières mesures relatives au combat. Les adversaires étaient naturellement restés à l'écart,

On tira au sort les épées et les places ; le Juge du combat fut choisi et l’on appela les deux combattants qui, dans l'intervalle, avaient mis habit bas et attendaient qu'on leur mit les armes entre les mains.

Une fois placés à bonne distance, le bras tendu, les pointes des épées séparées d’un pied environ, le juge les fit mettre en garde en arrière ; chacun de nous était à son poste à côté des combattants à quelque distance, juste assez pour ne pas gêner le combat et le mot fatidique fut lancé : Allez !

Jamais je n'oublierai le serrement de cœur qui me saisit en entendant le cliquetis

des épées qui, cette fois, ne ferraillaient

plus pour la galerie, dans la salle d'armes.

Les deux adversaires s’attaquaient avec un acharnement indicible ; en quelques secondes ils étaient corps à corps, les gardes se touchaiïent ; collés l’un à l’autre, ils se mesuraient en face, se mangeant du regard ; d'un bond tous deux se dégagent en arrière; toujours bien couverts, ils reprennent du champ, rompent, avancent ; maintenant, ils sont à portée, tous deux se fendent en même temps, plus rapides que l'éclair, les deux épées touchent en même temps, c'est un coup fourré : je vois de suite que O*** est touché sérieusement ; sur un signe, le juge fait arrêter le combat, peine inutile, le pauvre garçon baisse son épée et tombe en avant comme une masse,

Je m'’élance et le recois dans mes bras, le docteur arrive en courant, ouvre la chemise,

il n'y a rien, presque rien, un petit trou

triangulaire au dessous du sein droit ; le docteur met la main au cœur et ne dit qu'un mot: c'est fini. Notre pauvre camarade était mort. Ilnouvrit pas les yeux, un peu d'écume rougeâtre lui vint à la bouche et ce

fut tout. Pas un mot, rien.

Je le tenais appuyé sur mon genou, j'étais aftolé.

Tout à coup on appelle encore une fois notre docteur, L'autre combattant de G***, auquel je , ® e A . . . , n'avais pris garde pît, lui aussi, au pied d’un arbre, le cou traversé : de sa blessure LL ° , \ s'échappe un jet de sang épouvantable à voir et il s'est déjà évanoui deux fois.

Allons-nous avoir deux victimes !

Enfin, il se remet et peut se lever : il vient saluer le cadavre de son adversaire étendu

à terre: ses amis l’entrainent et le font

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monter en voiture, évanoui encore, par l'émotion, cette fois.

Maintenant, nous nous consultons : que faire ? où conduire le cadavre ? allons-nous oser rapporter à sa famille, à ses amis, celui que nous avons emmené ce matin plein de vigueur de santé et qui n’est plus maintenant qu'un cadavre ?

Oh ! maudit soit mille fois cet implacable orgueil, ce stupide amour-propre, ce point d'honneur idiot qui met en jeu une existence humaine pour satisfaire la galerie !

Ne me parlez jamais du duel. Je le hais !

Quand vous aurez vu s’éteindre aussi brutalement fauchée la vie d’un jeune compagnon ; quand une épée imbécile aura tranché sous vos yeux les jours d’un de vos semblables, vous comprendrez tout le dégoût qu'un homme peut ressentir pour ce faux

préjugé que l’on prétend ériger à la hau-

ar

A TRAVERS LE CERRO 147 teur d'une institution noble ou chevaleresque ; ou plutôt, que le ciel toujours vous préserve d'être obligé de remplir le pénible office que j'ai rempli ce jour-là !

Cependant, nous ne pouvions pas rester ainsi, il fallait enlever notre mort. Le docteur qui naturellement avait gardé plus de sang-froid nous conseille alors de le transporter à l'Hôpital Français, où nous aviserons.

Nous appelons la voiture et nous mettons en mesure d'y installer le cadavre de façon à pouvoir gagner l'hôpital sans encombre, nous le rhabillons et l’asseyons sur un siége à la même place que le malheureux occupait vivant, une heure plus tôt.

Au moment de repartir, le cocher nous

montre là-bas, sur la route où aboutit l'allée

de l’hacienda et où se trouve la porte que

nous devons franchir pour sortir, un esca-

dron de gendarmerie qui arrive au grand trot et dont le capitaine s'arrête net pour causer au gardien.

Plus de doute, la gendarmerie à été prévenue, mais par malheur, elle arrive, comme toujours, trop tard.

Que de tristesse n’eût-elle pas épargnée en paraissant un quart d'heure plus tôt !

Maintenant, comment faire, comment passer inaperçus avec un cadavre dans la voiture ? Nous sommes pris.

Il n'y à qu'une ressource, c'est de payer de toupet et jouer son va-tout.

Nous demandons au gardien d'ouvrir, il refuse en nous disant que la gendarmerie est avisée qu'il y à eu un duel dans lhacienda et que personne ne doit sortir.

Alors mes deux compagnons se mettent à la portière du côté des gendarmes, 1ls rient

et plaisantent, comme des gens en partie de

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plaisir ; Je glisse quelques piastres dans la main de l’homme en lui disant que nous venons de fêter à Chapultepec, il nous ouvre la porte toute grande et, fouette cocher !

nous partons grand tin.

Les bons gendarmes qui ne suspectent rien entrent dans la ferme; aussitôt qu'ils ont disparu, notre cocher prend un raccourei à travers champs et à plein galop nous gagnons l'Hôpital. Nous escaladons le fossés, les sillons etc. le cadavre ballotté retombe de droite et de gauche, il me faut lé maintenir assis avec mes deux mains, mais enfin, nous arrivons.

Je saute à terre, tire la cloche de toutes mes forces, la porte cochère s'ouvre à deux battants et nous nous engouffrons sous le portique : nous sommes sauvés pour Île mos ment.

Tout le personnel accourt et s'empresse

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