‹ Louisiane, Mexique, Canada [microforme]Chapitre 19 sur 53 · RÉEL · texte numérisé non relu

RÉEL

autour de nous. À nos airs on voit qu'il y a quelque chose de grave.

Notre docteur, qui est justement le médecin en chef de l'Hôpital explique en peu de mots ce qui en est à la directrice, et deux infirmiers retirent de la voiture le corps du pauvre O**# qu'on place à la salle des morts.

Enfin on sort de la voiture les épées dont une est ensanglantée sur près de 10 pouces :

elle est entrée du côté droit et a traversé

jusqu'au cœur.

Cette fois, la f ‘ce m'abandonne et je m'affaisse comme une masse sur un banc :

c'en est trop, la réaction se fait, mes nerfs n'étant plus surexcités se détendent à leur aise,

Au bout de quelques instants, un de mes anis resté en ville, mais qui est au courant

du duel, en a déjà appris le résultat, qui

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s'est transmis dans Mexico comme un coup de foudre et arrive tout essoutflé en nous disant de nous sauver : la police est à nos trousses, le chef de police en personne est venu me demander à mon bureau et il nous faut disparaître de suite pour permettre à nos amis d'arranger l'affaire.

Nous nous laissons entraîner hors de l'Hôpital et conduire chez un français qui réside à deux pas de là et où nous serons temporairement en sûreté : là nous commençons à reprendre nos esprits et à retracer les évènements qui se sont précipités dans les deux dernières heures.

C’est un triste réveil, un réveil accablant.

Il me semble sortir d’un mauvais rêve et pourtant la réalité est là, cruelle, épouvantable. Bien plus, les rumeurs qui nous arrivent de la ville sont encore plus attristan-

tes ; les amis du défunt, affolés par la dou-

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leur, rendus inconscients par le chagrin oublient maintenant que cest eux qui ont voulu cette rencontre, eux qui nous ont imposé le soin d'accompagner leur champion et nous mêlent injustement dans leur imprécation contre celui qui a porté le coup, nous englobent dans leur colère.

Ma foi, je suis assez anéanti, pour ne pas même ressentir leur mjustice. Je pardonne à leur folie, je leur pardonne à cause dé l’étendue de leur douleur, mais il faut évidemment disparaître pour quelques jours, afin surtout de donner aux esprits excités le temps de se rasseoir et leur permettre de juger les choses plus posément.

Maintenant où aller ? Là est la question.

Il nous faut de toute nécessité sortir de Mexico, du District Fédéral, pour être à la de la justice de cet État et empêcher u

arrestation immédiate. L'Etat le plus pro-

che est celui de Mexico où se trouve Texcoco, petite ville de villégiature, dont le préfet ou chef politique est de mes amis et nous mettra à l'abri d'un coup de main.

Maintenant, pour gagner Texcoco, nous ne pouvons penser aux chemins de fer, où nous devons être signalés : il faut de toute nécessité traverser la montagne cette nuit.

Mais comment ? À cheval, ce serait le moyen le plus facile, malheureusement mon compagnon n'est pas cavalier : il veut faire le voyage en voiture, et je suis obligé d'y consentir. Nous engageons un fiacre, un simple fiacre de ces rodeurs qui font à grands renforts de cahos le service urbain, dans les rues de la capitale. Nous lui promettons une forte somme s'il consent à nous faire escalader le Cerro.

Pour qui connait le Mexique, qui a passé

à Mexico et a aperçu le cerro qui l’encercle

et forme la vallée de l’Anahuac, l’idée de traverser en fiacre cette masse volcanique, abrupte, dénudée, est certainement l'idée la plus grandiose par son imimensité qui ait jamais pu germer dans le cerveau humain.

Cela dépasse toutes les limites du fantasti que, de l'incroyable,

Il fallait certainement des cerveaux déséquilibrés comme les nôtres à la suite des incidents de la journée pour y avoir même songé.

C’est d’ailleurs cette note curieuse d'une aventure que je ne puis me rappeler sans un douloureux serrement de cœur qui m'a poussé à la raconter ici.

Puisse-t-elle faire pardonner les tristesses qui précèdent !

Nous ne pouvions pas, certainement, en attendant notre automédon, rester aussi près

de l'hôpital, où d'un moment à l’autre la foule

allait se porter et nous bloquer toute retraite, aussi nous décidâmes bien vite de changer d'abri et de nous retirer dans un autre refuge où nous puissions à notre aise combiner notre départ.

Maintenant une question s'élève entre nous ; à qui nous adresser, qui a encore contiance en nous, va nous croire, écouter notre triste histoire, nous aider, quels sont nos amis, quels sont ceux qui nous soutiennent encore et comprennent les terribles exigences dont nous souffrons tant maintenant ?/

À tout hasard nous nous décidons à nous retirer, à fuir réellement, chez un compatriote qui tient une tannerie auprès de Bélem, et sans plus tarder, prenant congé de notre hôte momentané nous partons à pied par des chemins détournés pour rejoindre cette nouvelle destination.

Il est environ une heure après-midi : le

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