‹ Louisiane, Mexique, Canada [microforme]Chapitre 24 sur 53 · LES · texte numérisé non relu

LES

tôt nous nous trouvons acculés dars un coin de la pièce, serrés de près par une foule à aspect fort pen bienveillant qui nous acenble de questions bizarres.

I est assez difficile de donner des explications parfaitement plausibles de notre présence dans ces lieux. C'est fort joli de raconter que nous sonnnes des artistes en quête de points de vue, mais cela entre mal dans ces cervelles peu civilisées, et d'ailleurs nous avons Fair assez dépgomimés et assez peu en veine de pittoresque pour que nos dires soient accueillis avec défiance,

Un grand gaillard à la mine patibulaire semble le plus incrédule :

—Mais, dit-il, vous n'avez pas peur de voyager comme cela la nuit dans la montaone. Ni pourtant vous étiez attaqués ?

Je prends alors un ton dégngé pour lui

répondre en montrant mon pistolet :

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—Oh, nous avons des armes et nous nous serions défendus.”

— Bon, bon, dit notre homme, mais voyezvous, il y à la surprise sur laquelle vous ne comptez pas.

Evidemment notre interlocuteur, comme l'on dit en anglais, vas there before, et des commentaires sont inutiles,

Entin, le chef politique arrive, il écoute sans mot dire notre petite histoire et nous prévient qu'ils nous emmène coucher chez lui.

Entre nous, il a l'air aussi farouche que les autres, mais 11 n'y à pas à dire non et nous le suivons, heureux d’être débarrassés de la foule qui devenait inquiétante.

Nous traversons une série de ruelles noirâtres, puis il nous fait pénétrer dans sa

maison, 1 tient lui aussi une boutique

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d'épiceries, et son fils, qui couche dans Îe

magasin vient nous ouvrir.

Nous subissons un nouvel interrogatoire, toujours sans conmnentaires, de la part du bonhomme ; cela commence à être fatigant.

Nous exprimons le désir de nous rendre à Texcoco le lendemain et de partir de bonne heure. Le fils qui n'avait encore rien dit exprune,lui l'intention de nous accompagner.

C’est très obligeant de sa part, mais, enfin cela ressemble à une arrestation. Ces gaillards-là vont-ils fruster nos plans et auronsnous été assez bêtes de nous fourrer dans la eueule du loup pour nous faire ramener sottement à Mexico ?

Sur ces réflexions qui sont loin d'être couleur de rose, nous montons nous coucher car il faut partir de grand matin. On nous conduit dans une immense pièce au-dessus

de la boutique et le patron nous indique

aupres de lai porte d'entrée un lit, le seul qui existe dans cette vaste pièce et qui nous est destiné,

Une obscure clarté règne dans toute la chambre éclairée seulement par une lanterne fixée au mur du fond:tout autour sont étendus par terre des paquets informes qui font de larges taches noires sur le plancher ; le plus grand silence règne partout.

Nous nous jetons sur le lit tout habillés, mon compagnon dans la ruelle, moi au bord du lit, le pistolet sous l'oreiller

[I m'est impossible de dormir, je repasse dans ma tête cette journée si fertile en imprévu et dont les surprises ne sont peut-êtr pas encore finies. L'hospitalité dent nous jouissons m'est plus que suspecte. Ce chef politique et son fils n uspirent aucune confiance. Je les entends justement au-des

sous de nous qui discutent à haute voix en

patois indien, et les circonstances aidant, je ne doute pas un seul instant qu'il s'agisse de notre sort.

Qui ne connaît cette charmante histoire que raconte Paul Louis Courrier: deux gentilshommes voyageant en Calabre se réfugient chez des charbonniers et pendant la nuit ils entendent leurs hôtes, le mari et la femme, qui discutent s'il faut en fuer un ow les tuer tous deux. {ls ne doutent pas un seul instant qu'il s'agit de leur précieuse existence et lorsque le charbonnier vient les réveiller le matin, ils mettent l'épée à la main pour se défendre.

Ce pauvre homme tout effuré d’une telle réception réussit enfin à les calmer.

Tout s'explique, il s'agissait seulement entre le mari et la femme de savoir si lon tuei ut un où deux cochons le Jendemain

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J'étais absolument dans le même état d'esprit en écoutant ce conciliabule dont je ne comprenais pas le sens.

Aussi, au matin, lorsque j'entendis des pas lourds gravir l'escalier et que je vis la tête de mon hôte apparaître à l'ouverture, je me mis sur la défensive.

Pour comble de stupeur, je vis immédiatement tous ces paquets dont j'avais constaté la présence autour de la chambre se mouvoir, sétirer et je constatai que nous avions couché sans le savoir avec au moins vingt personnes, hommes, femmes et enfants réunis dans ce dortoir,

Ce brave homme de chef politique me rassura bientôt par une bonne parole en me disant que son fils nous attendait et qu'il avait passé la nuit à nous préparer quelque nourriture pour la route.

Mais 11 n'avait pas été sans voir ma mine

inquiète et menaçante et en avait compris l'expression.

Alors il me montra que j'avais eu bien

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tort de redouter de mauvais traitements, car il avait Iui-même laissé son pistolet accroché à la tête du lit où nous avions couché.

C'était pourtant vrai; nous ne nous en

étions pas aperçus.

Notre voiture était attelée, nos valises en parfait état, le fils du chef à cheval prêt à nous escorter,

Nous primes le coup de l’étrier en remerclant ces braves gens, les plus honnêtes cens que nous ayons jamais rencontrés.

Avis à ceux qui parlent de la sûreté du Mexique: étrangers au pays, en fuite au milieu de la nuit, en pleine montagne, tombés chez des imdiens incivilisés, nous avons

pu séjourner au milieu d'eux, notre voiture

A TRAVERS LE CERRO 177 a passé la nuit sur la place publique, avec nos bagages dedans et nous n'avons pas été touchés du doigt, il ne nous à pas disparu une épingle,

Je ne voudrais pas tenter le même essai dans les faubourgs de villes éminemment plus civilisées.

IT fait encore nuit noire, notreguide au petit trot devant la voiture indique la route, nos lanternes allumées projettent leurs lueurs blafardes sur les clôtures en adobe ou terre battue qui bordent le chemin ; nous redescendons grand train la montagne vers le Tac, La terre est moins inculte. De ei de là quelques pièces cultivées nous indiquent la présence d'êtres animés.

La route réservée aux cavaliers et aux mulets de bâts, seul mode de transport en usage, est rocailleuse. Nous tressautons de

place en place, rebondissons l'un sur l'autre

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sans trève ni merci, Enfin, le jour se leve, nous avons franchi maintenant le versant de la montagne et nous sommes en terrain plat.

La vue est plus guie, la végétation a repris ses droits, les cabanes montrent leurs clôtures de cactus, de geraniums géants, de lauriers roses, Dans les champs, des péons travaillent à la récolte du maïs, de l’'avoine, de l'orge.

Tout à coup, nous sommes arrêtés net, Nous mettons le nez à la portière et interpedlons le cocher sur la cause de cet arrêt

À insolite et 1l nous montre avec effroi l’obstacle auquel nous venons de nous heurter.

Par une de ces bizarreries, de ces frasques dont la nature a seule le secret, le terrain se trouve tout-à-coup brusquement surélevé à pie, de vingt-cinq pieds. Un mur de roc

garnit la paroi.

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Comment faire passer notre voiture ? 1%

Quelques gradins taillés dans le vif per-

mettent aux chevaux et aux mules de cravir cette formidable banquette mais quant à FA , faire passer un fiacre, inutile d'y songer.

Impossible également de tourner l'obstacle, à notre gauche la montagne, en face le mur, à droite le lac.

Notre cavalier mexicain, habitué au chemin, à enfoncé les deux éperons dans le ventre de son cheval et escaladé la pente sans se détourner, tant cela lui semble naturel; mais pour un fiacre, ce n'est pas na-

turel.

Nous hêlons notre guide et 1l revient sur ses pas pour nous contempler du haut de l'obstacle. Nous sommes bien mal pris.

Archimède, avec un levier et un point

d'appui, aurait soulevé le monde, il eût été

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bien plus embarrassé de soulever notre voiture à vingt-cinq pieds.

Enfin, notre homme redescend et nous nous consultons.

Quelques travailleurs des champs voisins sont venus, attirés par la curiosité à la vue de notre boîte roulante ainsi bloquée contre la barricade et nous les appelons à notre aide,

Nous dételons et décidons de monter à bras la voiture au premier étage. Les chevaux grinipent facilement, puis avec de lonvues cordes, de ces bonnes cordes de lasso mexicain, des reatus, nous les attachons à la voiture ; le conducteur a pour mission de les faire tirer doucement pour nous aider à lever lamachine et surtout l'empêcher de retomber:

nous nous mettons deux à chaque roue et

au signal donné, les chevaux tirent ferme et

soulèvent le terrible sapin que nous élevons

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craduellement, en nous appuyant sur Îles gradins du roc jusqu'à la surface du précipice où un dernier coup de collier le fait émerger d'aplomb sur les quatre roues.

Ni jamais on a vu quelque chose de bizarre, c'est bien la binette d'un sapin gravissant perpendiculairement une pente de 90 degrés : je recommande ce coup-d'œæil aux anateurs d'excentricités.

Une fois sortis de ce mauvais pas nous pouvons continuer notre route sans encombre et sur le midi nous arrivons à notre destination à San Isidro.

Ce village est plus important que celui eui nous à fourni l'hospitalité la nuit dernière, Ilest situé sur la ligne du chemin Interocéanique au bord du lae de Chalco et c'est le rendez-vous favori des pêcheurs de la ville et aussi des chasseurs de gangas,

la grive mexicaine, qui abonde dans ces

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