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chargés de madriers passe au-dessus de sa tête, je laisserai le soin de se décrire l’impression produite.
Toujours est-il que nous sortimes sains et saufs de cette épreuve, et une seconde au plus après le passage du train nous risquions un œil hors de notre cachette et nous nous regardions tous trois en comptant nos os miraculeusement protégés contre cet incident imprévu.
Au lac Charles, niême histoire qu’à Orange City, même arrivée, mêmes essais pour trouver de l'ouvrage.
Heureusement qu'au Calcasieu on parle français et il devient plus facile de trouver gite et travail. Nous nous employions à charger des goëlettes et nous gagnions là lo salaire régulier de $1,80 par jour lorsque l'ambition, selle qui perdit l’homme, nous
tit abandonner la proie pour l'ombre.
Une quinzaine de journées nous eût permis de gagner notre passage jusqu’à la Nouvelle, mais l'esprit tentateur se présenta sous la forme d’un contracteur yankee qui nous engagea à $2 par jour pourconstruire un embranchement de chemin de fer destiné À une scierie voisine.
Naturellement, il nous embaucha, tous les trois inséparables. Cette fois, il fallait aller camper dans le bois et le soir, à l'heure dite nous partions pour le bivouac. Les premiers arrivés nous attendaient,
Vous dire la bande de racailles, de coupejarrets, d’étrangleurs qui composaient le noyau principal de l’équipe ! Déclassés anglais, irlandais, allemands, polonais, mexicains, gibiers de potence, échappés de pénitenciers, repris de justice, forbans, convicts, la galerie était complète. Ils étaient assis
en rond autour d’un feu brillant, en pleine
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forêt, les nuances sombres des grands arbres tropicaux, s'éclairaient des flammes rougeÀtres du cèdre roussi; leur fond obscur était coupé par la blancheur des tentes dressées à l’entour ; au milieu de cette belle nature les équipements informes des hôtes de cette forêt, leurs chapeaux invraisemblables, leurs bottes indescriptibles, leurs faces balafrées et défigurées par la chique et les jurons obscènes qui émaillaient la conversation, la boucane insupportable de l’immonde tabac qui brûlait dans les pipes, tout faisait de ce tableau nocturne une scène digne d'un Callot ; pour moi, j'étais terrifié.
Il fallait pourtant faire bonne contenance, J'allumai une bouffarde et me fis enseigner ma tente eb celle de mes compagnons ; eux, qui pourtant en avaient vu de
bien dures, étaient encore moins rassurés
que moi; peut-être avaient-ils plus conscience des dangers qu'offrait ce milieu.
Il est bon de dire que ces messieurs, nos futures collègues nos avaient traités avec la plus sublime indifférence et n'avaient pas même daigné prendre note de notre présence,
Nous n'en demandions pas davantage.
Le lendemain le travail commença, il s’agissait d'abord de faire le jour dans la forêt pour ébaucher le tracé de la voie. On nous divisa par équipes, armées de haches et de scies, et nous voilà à attaquer de notre mieux arbres et arbrisseaux. Pour le Canadien, bûcheron d’instinct, cela semble peu de chose de manier ces interminables haches, mais pour moi j'avoue que mon expérience fut soumise à une rude épreuve, je suais sang et eau et n'arrivais à rien ; mes
copains français n'étaient, d’ailleurs, pas
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plus forts que moi. Nous étions la plus pitoyable équipe du lot,
Ce fut encore bien pis lorsqu'on nous mit à chacun entre les mains une mule et un scraper, pour aplanir l'emplacement de la voie, Une mule, c'est déjà bien dur à mener mais si l’on y ajoute un scraper à manœuvrer, Inieux vaut y renoncer.
Après une semaine d'essai, nous nous réunimes sous notre tente découragés et résolus à lâcher le métier, mais nous n'avions pas le sou pour filer et 1} nous fallait toucher
l'argent gagné pendant ces huit jours d’é-
preuves.
Le lendemain matin, j'abordai carrément l’exploiteur de chair humaine qui nous avait engagés, et lui réclamai pour moi et Il fit la sourde
oreille et prétendit ne pas être obligé de
mes compagnons notre dû,
nous payer avant l'achèvement des travaux,
disant que nous étions libres de ne plus traailler, mais que nous ne toucherions pas un sou plus tôt.
Nous étions harassés, éreintés, rendus ; il fut convenu de ne pas travailler cette jJournée-là et de voir venir.
Pendant que nous faisions ainsi la grasse après-midi, un complot se tramait contre nous. L'entrepreneur avait réuni ses roughs et leur avait raconté que nous refusions de travailler pour entraver l’entreprise, et qu'il allait être obligé de congédier tout le monde. Tout la Journée ces bruits coururent sur le chantier et les innommables canailles qui travaillaient là s’excitaient n.utuellement contre ces dumnés Français.
Le soir, suivant notre habitude, nous nous étions retirés sous notre tente à l'écart; nous avions bien remarqué qu'on nous