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nuer notre voyage autrement qu'en canot, et après nous être assuré les services de deux sauvages pour remonter la rivière, nous reprimes notre route vers l'Ouest, toujours vers l'Ouest.
La nourriture ne nous manquait pas ; nos fusils en fournissaient en abondance,
Quelle joie, en sortant de la vie policée des villes, d'être enfin son seul maître, son propre pourvoyeur :
Oh! le charme de ces soirées passées au campement, auprès d'un feu de bouleau ou de peuplier, en fumant ou en rêvant aux voyages et aux explorations futures !
Une seule chose nous dégoûtait: c'était, les jours de pluie, de rencontrer dans les sentiers qui longent la rivière ces gros lézards immondes, boursoufflés, hideux.
Caressant leur rugueuse échine de leur
queue épaisse, se trainant où plutôt ram-
se
er Le
pant sur leurs pattes boutfies, ils disparaissaient devant nous dans le gazon.
Un amateur d'histoire naturelle eût peutêtfe trouvé un charme à les étudier ; mais pour nous, tout ce qui n’était pas comestible nous intéressait fort peu; nous réservions pour le reste seul notre haute appréciation.
On voyagea ainsi jusqu'à un établissement de Sang-Méêlés, de Métis, comme on les appelle ici, en aval des Fourches où se réunissent ces deux grandes jumelles, la Saskatchewan du Nord et celle du Sud. La contrée était boisée et contenait plusieurs établissements de ce genre.
De là, notre voyage se continua par terre ; nous trouvions cette route préférable, le bois qui couvrait les rives étant peu touffu et assez facile à pénétrer.
Enfin, nous aperçûmes les bastions en
pulissades du fort Carleton, où stationnait
un solide poste de la Üompagnie de la baie d'Hudson, bien pourvu de provisions et de fourrures, et où nous attendait une cordiale bienvenue. ie
C'est là qu'il fut décidé entre nous de modifier notre itinéraire, de traverser le fleuve et de pousser droit au Nord.
Jusque là, mon compagnon avait fait preuve des meilleures dispositions à seconder mes plans. Je considérais, à mon point de vue d'organisateur et d'auteur du voyage, que cette conduite lui faisait honneur.
À quoi, du reste, aurait pu servir une opposition inutile, qui n’eût pu que troubler notre bonne harmonie et déranger nos projets d’excursion ?
Mais l'hiver approchait, et je ne tardai pas à remarquer chez mon compagnon une tendance à se ranger aux idées d’un jeune
commis du fort, qui lui donnait à entendre
qu'on pouvait avoir beaucoup plus de chasse et d'amusement sans aller si loin,
Cela ne me convenait guère. Mon camarade se rendit d'abord à mes conseils, et consentit à In’accompagner; mais en définitive, il revint encore avec opiniâtreté sur son idée de ne pas aller plus loin. Avec non moins d'opiniâtreté, j'insistai sur le départ, et finalement mon idée prévalut,
La voie que nous devions suivre était une route bien connue, un peu dure peut-être, mais parfaitement tracée. lon compagnon de voyage voulait continuer à longer encore quelque temps la rivière pour rencontrer de l'outarde et du canard. Il en résulta un compromis, toujours la plus stupide des solutions.
Le départ eut lieu le lendemain. Nos provisions étaient entassées sur un tobog-
gan qu'une couche de neige déjà assez
épaisse nous permettait de trainer facilement.
Le commencement de nos difficultés approchait.
Le gibier fut d'abord suffisant, mais la marche devint fatigante.
Nous avions dû chausser la raquette, une nouveauté pour nous. Il faut y avoir passé pour savoir combien la marche en raquettes est fatisante pour les débutants.
En Europe, on se fisure de suite un mode de progression rapide et aisé. On songe à la raquette norvégienne, ces longues plan-
ches pointues aux extrémités et fixées au
pied par une courroie; toute autre est la
“aquette canadienne.
Imaginez une raquette de lawn-tennis, en forme de cœur, dont la partie la plus large au lieu de se refermer sur le manche, se
prolonge en pointe par une courbe douce,
Au centre du croisillé est un espace vide où s'attachent les lanières qui fixent le pied à la raquette par son extrémité antérieure.
Au début tout va bien; la marche est un peu monotone, mais 11 y a le charme de la nouveauté. Survient un premier accident, un rien, une culbute dans un banc de neige, on en rit; mais bientôt cela devient sérieux. Apres les heures et les journées de marche, les doigts des pieds se fatiguent, la plante devient douloureuse, c’est le inal de r«quettes, comme disent les Canadiens-fran- GAS.
Alors que de fatigues entraine la marche !
que de douleurs à ces pauvres pieds !
La température se refrodissait et les nuits étaient loin d’être chaudes ; mais nous trouvions du combustible dans les buissons qui
carnissaient la rive Nord. Mon but était
toujours de pousser au Nord, où la contrée
était plus boisée, mais mon compagnon était naturellement de l'avis contraire.
—Continuons encore quelques jours à suivre la rivière, disait-il.
Il souffrait plus que moi des pieds, et chaque soir le trouvait de plus en plus grincheux au moment de camper.
Il me fallait aller couper le bois pour le feu, car il était si fatigué et souffrait tant des pieds qu'en arrivant au camp il se déclarait incapable d'aucune autre besogne que celle d'aider à cuisiner le souper.
Il me jugeait déraisonnable, je le trouvais
entêté. Les marches étaient trop courtes à
mon avis ; trop longues au sien.
Enfin, la querelle éclata. La fatigue nous avait rendus irascibles, quoique la marche de la journée eût dû nous suffire sans ces tracas.
La température baissait encore.
Nous n'avions qu'une bonne robe de buffle pour nous couvrir, et il fallait la partager la nuit. Bientôt la brouille fut complète.
Je ne sais si mon ami me reprochait ma bonne humeur et mes espérances dans notre malheur, ou s'il m'en voulait de l'avoir vertement relevé quand ses remarques étaient déplacées, ou bien enfin s'il méditait de me quitter à la première occasion, toujours estil qu'il cessa de me parler.
Je lui prouvai de la même façon la piètre opinion que j'avais de sa conduite, et le silence le plus absolu réena entre nous.
Tandis que son caractère s’empirait À mon égard, je remarquai que ses pieds se guérissaient, [1 marchait maintenant aussi bien que moi, et souvent je crus remarquer qu'il essayait de me punir en me battant à
la marche.
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