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Mais mes pieds se guérissaient aussi, et Je pris la détermination d'avoir le dessus.
Chacun complotait de son côté, et se renfermait dans un silence hautain. La position était absurde,
Nous étions là, deux individus, rivés à la même chaîne, forcés de suivre la même route, mais chaque jour plus étrangers l'un à l'autre, et doutant davantage, chaque jour et chaque minute, de notre sagesse respec-
tive,
Quand le reflet bleuâtre de la neige s'évanouissait devant l'ombre envahissante de la nuit d'hiver, nous cherchions soigneusement un bosquet de bouleau où nous pussions trouver un abri et du feu; puis nous nous
ste eà ; | arrêtions silencieusement, renversions notre
Je
AMOUR ET PÉRIL 263 toboggan et son chargement sur le côté pour Ste) 5
nous abriter et protéger notre feu qui était vite allumé.
Alors, prenant notre robe de bufe, nous nous étendions dessous, aussi froids at moral qu'au physique, nous pressant l’un contre l'autre, avec l'instinct animal qui nous fait rechercher cette chaleur que les corps se communiquent naturellement les uns aux autres.
J'étais devenu le plus fort; et, un soir, comme la marche se prolongeait, je remarquai que mon ancien ami tirait la jamhe derrière moi.
Cette vue, j'ai honte aujourd'hui de se sentiment, me fit plaisir.
Enfin, il va parler, pensuis-je avec une malicieuse satisfaction; et je continuai à arpenter régulièrement la neige,
Nous venions de laisser derrière nous un
264 AMGUR ET PÉRIL
emplacement convenable pour éamper, quand j'eutendis une voix derrière moi.
Allons, était-ce bien mon camarade, qui avait retrouvé la parole ?
Mais oui, c'était In.
—Allons-nous enfin nous arrêter, Uptas ?
où voulez-vous donc aller !
Le tout était accompagné d'un formidable Jjuron.
Je fus tenté de ne pas lui répondre, mais Jeus un remords.
—C'est bon, mon vieux, lui dis-je, arrétons Ci.
La glace était rompue, et une conversation aigre-douce s'engagen. Mon ami m'annonça quil allait profiter de la premiere occasion pour retourner chez lui; je ne fis aucune objection.
[ nous fallait d'abord trouver la orand’route, puis une hutte de sauvage, où une
tente de lOtyeUu 18
Nous savions fort bien que c'était au
Nord que nous avions plus de chance de rencontrer l’une ou l’autre : il fut vite convenu de marcher droit sur la chaîne de postes qui devait se trouver de ce côté.
Cette décision était toujours un soulagement.
Nous avions trop appuyé à l'Ouest, mais en faisant un angle au Nord-Est nous deviuis tomber juste sur le chemin publie du Fort à la Crosse par le lac au Pélican.
Je m'en souviens toujours, cette nuit-là, au moment où nous nous préparions à dormir en discutant auprès du feu les mérites du pémican, la forme silencieuse et solitaire d'un Indien nous apparut soudainement, debout à nos côtés. Le sauvage se tenait là dans l'attitude d'une apparition, immobile comme une statue.
Comment Ss'était-il approché de nous ?
nous l'ignorions. Pas un bruit, pas un cliquetis de ses raquettes n'avait révélé son approche,
Drapé dans une couverture, un are à la main, 1} nous contemplait solennellement, tristement même. Il prit dans sa main, sans un geste, sans une parole, la nourriture que nous lui offrimes. Il pouvait cependant avoir des compagnons, et, ma foi, je n'étais pas habitué à des visites aussi impromptues et aussi mystérieuses.
Rien ne pouvait faire soupçonner, pourtant,qu'il eñûtde mauvais desseins. disparut
bientôt dans l'ombre de la nuit, Nous étions
convenus de monter la garde chacun notre
tour ; mais le sommeil fut le plus fort, et l'emporta. Jamais plus nous ne revimes cet ami des mauvais jours. Jamais cependant . , 0 0 , . . . L
je n'oublierai l'aspect sinistre de cette figure
rouge, immobile, nous toisant de toute sa
hauteur, et détachant son galbe de médaillon dans la lueur du foyer, comme une sombre personnification du Génie de ces steppes.
Je songeai alors que bientôt lui et ses
semblables seraient mes seuls COMPAYNONS,
puisque mon ami était décidé à abandonner aussitôt que possible notre vie d'aventures.
À mesure que Île sommeil n'envahissait, toutes les phases de mon voyage se déroulèrent devant mes veux: les tourbillons écumeux de la Riviere-Rouge, ses rives basses creusées dans un sol fertile, cette nappe sans fin du lac Winnipeg, les dangre reux bas-fonds et les rapides de l'embouchure de la Saskatchewan, le large estuaire du fleuve se rétrécissant graduellememt en même temps que les rives s'élewemt, les col lines boisées de sapins, les pulissles
Fort Carleton et les hauteurs voisn écla
rées par les lueurs orangées de ces magnitiques levers de soleil canadiens, nos dernieres étapes si pénibles, la glaciale beauté de ces paysages de neige... Et je m'assoupis en rêvant aux abris murmurants des pins du Nord, bien résolu à hâter notre marche vers les retraites perdues des vaillants pionniers du commerce de fourrure, dont nous voulions atteindre les campements au plus vite.
Mon ami, nouvellement réconcilhié avec moi, dormait encore à 116$ côtés, lorsque le matin m'éveilla, J'étais à peine debout que le froid me saisit à la tête et me tomba droit entre les épaules,
Je grelottais tout en sautant pour me réchauffer ; mais il fallait préparer le départ.
Maintenant que nous étions décidés à
gagner à tout prix les endroits où il y avait
quelque espoir de rencontrer des blancs, nos différends s'étaient oubliés aussi vite que le souvenir d’une mauvaise nuit.
Comme ce soleil scintillut gaiement à travers les ramilles gelées du bouleau !
Comme ce beau tapis de neige nous éblouissait de sa blancheur éclatante ! Comme cet ur délicieux purifiait, vivifiait! Le pouls battait ferme, la force redoublait !
Nous avions une boussole pour nous diriver; d'ailleurs la prairie était devenue tout à fait dure, et les lacs étaient velés.
Nous désirions changer de région car les outardes et les canards nous avaient quittés pour le Sud, et devenaient mtrouvables. Il nous restait à tenter fortune à la pêche, Le pémican que nous avions emporté était assez agréable au goût, mais nous en étions fatiwués. Souvent il ne contient pas autre
chose que de la viande seche pilée et pressée,
dans le fond d'un sac, avec un peu de vraisse fondue : le nôtre était réellement bien préparé, bien assaisonné et le goût n’en était pas désagrétible,
Néanmoins un peu de poisson eût varié le menu; mais à notre grand chagrin il nous fallut constater que l'eau des lacs était trop alcaline, et que le poisson n'y pouvait pas vivre, C'était une autre raison pour nous de quitter au plus tôt cette plate contrée d'alluvion, si profondément sillonnée par les afHuents souterrains de la Saskatchewan.
Enfin, après deux ou trois jours de marrches forcées, l'aspect du pays se moditfia.
Au lieu de la plaine monotone que nous laissions derrière nous, quelques monticules couverts de sapins apparaissaient çà et là à nos regards charmés, alternant avec de petits Ines dormant sous leur couche de
vlace,
Le camp fut vite dressé auprès dn pre-
mier étang que nous rencontrâmes ; et nous résolûmes d'y prendre quelques jours de repos, et aussi notre part de poissons, sl était possible.
Est-il une jouissance plus vive pour Île pêcheur convaincu que celle de sentir mordre à son hameçon ? Nous avions percé un trou dans la glace et jeté nos lignes. Tout faisait présager une belle pêche.
Quelle serait notre première prise ? Nous attendions avec anxiété.
Soudain une secousse furieuse, puis cela mollit. Je tire avec précaution ma capture jusqu'au bord de la glace. Encore une secousse ; puis rien! L'avons-nous perdu !
Non, le revoilà, je tire cette fois tout doucement, retenant ma respiration. Bravo, le voilà! C’est une splendide truite qui git mainteuant sur la neige, bouche béante ct
pâmée,
Hourra pour le pémican! c'était mon seul appât, Mais peut-être se mangent-ils entre eux ces poissons ? Essayons. L'appât fut plus long à produire son effet,
Enfin, voici une secousse, puis la ligne se roidit fortement. Nous en tenions un autre. La lutte fut plus courte, et bientôt une nouvelle prise venait rejoindre notre première victime mutilée.
Cette fois ce n'était plus une truite mais un poisson blanc, la convoitise des amateurs de pêche des lacs grands et petits de l'Amérique du Nord: jamais ils ne s'en fatiouent. Aussi étions-nous fiers de notre exploit.
Moins que Jamais nous songions à abandonner un endroit où l'on trouvait à la fois le repos et la bonne chère.
Une fois nos provisions faites, le camp
fut installé, un grand feu allumé, et après
RTE
avoir déposé nos poissons sur la glace d’une petite mare, nous nous étendimes par terre pour savourer tranquillement nos pipes auprès du feu, en laissant nos imaginations folâtrer au-delà des épais buissons qui nous protégeaient contre le chasse-neige, en nous offrant leur chaleur et leur abri.
Nos truites qui cuisaient à la broche nous parurent un excellent repas. Mais quel fut notre étonnement, après avoir longue-
ment causé et fumé, de voir que la chaleur
du foyer avait fondu une partie de la glace,
et formé un petit bassin où s'abattaient tranquillement les poissons que nous avions rapportés gelés et qui maintenant «se croyaient redevenus de vraies truites et de vrais poissons blancs.
Leur illusion fut de courte durée; maloré notre étonnement, nous arrêtñmes net les progrès de cette résurrection par une battue
en régle,