‹ Loulou. Traduit de l'italienChapitre 4 sur 19 · La Défense Lombarde · texte numérisé non relu

La Défense Lombarde

celui-ci n'hésilail pas à ouvrir les portes du parlement à la populace, afin de rester au pouvoir... Je l'ai traité de brigand, de canaille, et je crois mt^me lui avoir donné des coups de poing.

— Mais Bonaldi a dû se rebiffer, te répondre?...

— Après qu'on l'eut ramassé sous les tables et remis sur ses pieds, il me répondit tranquillement, en allumant sa cigarette, que si, par hasard, je pouvais trouver deux personnes à peu près respectables disposées à me représenter, deux de ses amis les attendraient à sept heures et demie au Café de l'Académie; dans le cas contraire, il me poursuivrait devant les tribunaux. J'ai tout de suite pensé au député Traversa... Mais j'ai appris tout à l'heure qu'il était à Home. Alors j'ai songé à toi : je suis désolé de te faire lever demain à six heures; mais comment faire?...

Nespola rit de nouveau et plus fort :

— Bonaldi veut une personne respectable?. . Moi, je lui envoie l'amant de la femme d'un de ses patrons.

François s'arrête brusquement et le regarde en face :

— Qu'est-ce que lu dis?...

— Je voulais dire l'ami, le galant, le sigisbée, l'adorateur... pardieu! que de noms pour la môme chose!... Mais oui... que crois-tu? Qu'on l'ignore?... Tout le monde en parle I

— Pas si haut!... On dit quoi?

— On raconte que Dalila est le pot-au-feu, mais que la femme de l'adjoint Arcolei est la muse de l'auteur dramatique, la femme romanesque... le dessert... Est-elle belle, au moins? Est-elle cléricale?...

amie de l'archevêque?... Faites-vous d'abord un signe de croix?

— Assez ! tais-toi !

François, avec plus de dégoût que d'irritation, se sent blessé par ce langage.

— Ce sont des cancans, des mensonges encore plus bêtes que méchants... Et quant à ce que tu me demandes, je le regrette beaucoup, mais je suis obligé de te répondre non, formellement non... D'abord je n'ai pas le temps, et demain je vais à Venise. Ensuite, j'ai beaucoup d'obligations à Bonaldi. En toute occasion la Difesa Lornbarda s'est occupée de moi et de mes œuvres avec intérêt et bienveillance. Enfin... (La colère de François est sur le point d'éclater; mais il parvient à se contenir.) Je veux être respecté, et, par conséquent, je respecte les autres, et je ne veux pas servir de comparse ou de pantin dans tes acrobaties. Adieu... bonsoir!

Ils sont maintenant sur la place du Dôme; François voit passer un fiacre et s'élance pour l'arrêter.

L'autre saisit François par la main; il ne rit plus, il est pâle et consterné.

— II s'agit de mon honneur, Roero. . . Tu as raison. . . je suis léger, emporté, je suis fou, j'ai eu tort; mais maintenant il s'agit de mon honneur. Désormais il est trop tard : il faut être au Café de l'Académie à sept heures et demie Qui pourrais-je trouvera cette heure-ci? Je suis revenu d'Amérique il y a quinze jours. Je n'ai personne sur qui je puisse compter, et j'ai déjà tant d'ennemis!... Et puis, un homme comme toi, aussi estimé que toi, où le trouver? Et il s'agit de mon honneur!... il s'agit de mon honneur!

François a déjà un pied sur le marchepied du

fiacre, mais il n'a pas le courage de monter <'l (!(» s'en aller.

— Je l'ai d'il que je ne peux pas, que ma soirée e^^t prise.

— Tu n'as qu'à passer à l'Académie : tu seras quitte en un instant. J'accepte toutes les conditions de mon adversaire, môme de me battre en habit, s'il le veut!

L'ami Nespola est sûr désormais que Hoero ne lui échappera plus et se remet à rire avec insouciance.

En effet, François fait signe au cocher d'attendre une minute et revient auprès de son terrible raseur; il l'envoie cordialement à tous les diables, mais au fond, il se dit aussi qu'il ne peut pas l'abandonner.

Certains amis sont comme les maladies : ils arrivent sans vous consulter ; tout ce qu'on peut espérer, c'est qu'ils disparaissent au plus vite.

Roero connaît déjà Nespola depuis quelques années. Il l'a rencontré pour la première fois sur la scène du Théâtre Manzoni. Aujourd'hui, dans le beau monde des « premières », à Milan, Rocro est l'auteur à la mode, grûce à sa casuistique raffinée, genre Bourget. Naguère on le croyait riche d'argent et de bon goût seulement. Il n'aimait pas encore le théâtre, mais rien que les actrices, et voilà qu'un soir, étourdiment, il avait promis à l'une d'elles un proverbe, pour son bénéfice. Il l'avait écrit sans y attacher d'importance, l'avait lu aux acteurs, à ses amis, au Club et chez les d'Oréa; il l'avait donné à copier et fait répéter; puis, subitement, Tavant-veille de la représentation, ses yeux s'étaient ouverts et il avait pensé, avec effroi, au danger et au ridicule d'un fiasco.

« Retirer sa pièce?... alors que toute la salle était louée?... Quel tapage!... Ses amis, ses envieux, les rivaux, les imbéciles qui se réjouissaient à l'avance de la siffler et de la voir tomber, comme ils se vengeraient!... »

Nespola, qui était déjà un terrible raseur, se trouva précisément sur la scène à ravant-dernière répétition, et découvrit dans la nouvelle comédie ce que les autres n'avaient pas remarqué : le talent de Fauteur, une originalité fraîche et spontanée.

— Votre pièce n'a qu'un défaut, monsieur Roero : elle est trop longue et trop courte... Faites-vous donner le manuscrit et allons déjeuner ensemble, d'abord, et travailler ensuite une couple d'heures. Demain soir, je parie et je vous jure que vous aurez un grand succès.

A cette époque, Nespola était, lui aussi, auteur dramatique : il taillait ses drames, à coups de ciseaux, dans les feuilletons du Secolo. Roero, humilié, le regarda, puis accepta par désespoir. Au lieu d'une couple d'heures, ils passèrent ensemble, à faire, à défaire, à refaire, à manger et boire gaiement, toute la journée; mais, le lendemain soir, Roero gagnait la bataille : le public et la critique le portèrent aux nues.

Roero peut-il oublier tout cela? Peut-il refuser un service au pauvre Nespola qui l'invoque au nom de son honneur? Non, certes; d'autant plus que ce bohème, toujours brouillé avec son dîner, toujours en quête d'argent auprès de ceux qui ne lui doivent rien, n'a jamais demandé, même une pièce de cent sous, à lui, Roero, qui pourtant lui doit quelque chose.

Non, il ne peut pas rabandonner; absolument non!

C'est un ennui, par exemple!... un rude ennui!... Servir de témoin à un républicain, lui, François Roeroî... Que dirait-on au Club?... Servir de témoin à l'adversaire de Bonaldi, Tûme damnée de Don Jules Arcolei?...

Roero hausse les épaules :

0 C'est que j'y tiens, à Don Jules!... »

El Stéphanie?... La colère et les longues bouderies de Stéphanie?... Stéphanie cléricale et si aristocratique!... Stéphanie ([ui, par haine de la démocratie, abhorre les journalistes et tout ce qui est moderne, à part la mode et la musique!...

Au lieu de perdre courage, le jeune amoureux a un geste d'indignation et de fierté :

« Stéphanie doit comprendre ma position et mes obligations. Je ne suis pas un joli monsieur quelconijue! un idiot de sportsman!... Il ne faut pas me confondre avec la foule qui remplit son salon I... Je suis un écrivain, un auteur dramatique, un homme d'une certaine valeur... Mon univers est plus vaste que le sien. Je n'appartiens pas uniquement à elle, mais aussi au public... »

Et si, pour se venger, elle n'allait plus revenir?... Mais il se rappelle le dernier adieu, les yeux brillants de Fanny et il sourit :

« Elle reviendra!... elle reviendra!... »

Cependant Roero et son fâcheux compagnon marchent toujours de long en large, non loin du fiacre cl du cocher qui ne les perd pas de vue. Nespola répèle, avec tous les incidents les plus comiques, la scène survenue au Café Manzoni, et conclut encore

en déclaranl qu'il acceptera toutes les conditions de son adversaire.

— Très bien, mais l'autre témoin?

— Un de tes amis, un de tes camarades... un officier... c'est plus vite fait!

— J'ai trouvé! Nicolas Loreda : un garçon d'humeur guerrière... un héros toujours prêt et heureux quand il s'agit de faire battre les autres.

— Alors, pour la peine, il nous paiera à dîner!

— Non, aujourd'hui, c'est moi qui t'invite.

— Pas du tout! Nous irons Aux Trois Épées^ où j'ai un compte ouvert, et où je te ferai boire un barolo digne de la circonstance.

— Comme tu voudras!...

François hèle le cocher, fait monter son ami dans la voilure et y saute à son tour en criant :

— Borgonuovo, 115!

Un coup de fouet au vieux cheval, et le fiacre, en cahotant, part au grand trot.

Dès que la voilure a quitté le pavé, dès que cesse le bruit assourdissant des vitres et des roues, François demande :

— Dis-moi un peu... pour te présenter à Loreda... quel est ton nom?... Tout le monde t'appelle Nespola... Je t'ai toujours appelé Nespola... mais...

Le journaliste répond en riant :

— Ah dame!... Si je ne recevais pas de temps en temps la visile de l'huissier, j'aurais oublié moimême que je m'appelle Savoldi... Philippe Savoldi...

— Nespola a toujours été ton pseudonyme?

— Non. C'était d'abord le nom de ma petite chienne... Un terrier très intelligent, très fidèle... Et pourtant je ne la nourrissais pas toujours de

biftecks, la pauvre Nespola!... Quand elle est merle, j'ai pris son nom, en souvenir d elle et par reconnaissance.

Un long silence : la figure du journaliste est devenue sérieuse, tandis qu'il observe son ami, qui souffle lentement par la portière la fumée de sa cigarette. Nespola a quelque chose, en ce moment, qu'il voudrait bien lui confier : sa figure devient de plus en plus sérieuse, avec une expression presque d'angoisse... Tout à coup, lui frappant sur Tépaule :

— Dis donc... Maintenant... j'ai une autre...

— Une autre petite chienne?

— Oui...

— Et elle s'appelle Nespola comme la première?

— Non... Celle-ci s'appelle... Loulou. Veux-lu la voir? Je te la montrerai... Il ne faut qu'un instant. C'est à deux pas d'ici.

Savoldi se penche à la portière ; François le retient.

— Tu veux nous mettre en retard?...

— Tu as raison... D'ailleurs, cela vaut mieux... La figure du journaliste change subitement et il

part d'un bruyant éclat de rire, singulièrement sarcastique.

— Cela vaut mieux : je pourrais ôtre ému et devenir lûchel... Mais il est bien convenu que, si je meurs embroché comme un crapaud, Loulou t'ap-

artient... Je te laisse Loulou en héritage, rançoisril à son tour :

— Parfaitement!

— Donne-moi la main.

— Accepté !

Ils se serrent la main, tandis que la voiture s'arrête au numéro 115 de la rue Borgonuovo.

Nicolas Loreda est chez lui. A peine Roero lui a-t-il annoncé de quoi il s'agit, qu'il s'empresse de quitter son dîner.

— Je suis à votre disposition, monsieur Savoldi, et avec grand plaisir... Asseyez- vous donc, je vous en prie. Ne faites pas de façons. Je mets la redingote réglementaire, et je reviens...

En effet, Loreda est prêt tout de suite : redingote boutonnée, gants noirs, chapeau de soie, l'air martial et résolu.

— Ainsi donc, nous avons affaire à Bonaldi, de la Difesa'!... Oh! oh! je l'ai vu plusieurs fois à la salle d'armes. Sacré tonnerre! il est très fort au sabre et à l'épée.

Nespola fait un clin d'œil à François; il se moque du jeune guerrier :

— Tant mieux!... Sur le terrain, c'est le plus fort qui est touché.

loulou!... lou... lou

Le rendez-vous est pour huit heures, aux Cascinelle, en dehors de la Porte Neuve, dans une petite cour du tir aux pigeons, entourée d'une haie épaisse et haute; mais, à sept heures sonnant, Nicolas Loreda se présente chez Roero pour le réveiller.

Au domestique qui lui ouvre :

— Votre ma lire?...

Et il ajoute bien vite, sans attendre la réponse :

— Il faut le réveiller tout de suite...

— Il est déjà levé depuis quelque temps, et habillé.

— Levé et habillé?... Parfait!

Loreda, la poitrine bombée, suit le domestique en faisant craquer ses bottines sur le parquet et chantonne à mi-voix :

Suoni la tvomba, intrepido...

lo pugnerd da forte '...

1. - Sonne la Irompelte, je combaUrai sans peur, vaillammenl... - {Les Puritains, de Vcrfli.)

— Bonjour, mon cher François. Déjà prêt pour la bataille?... Bravo!

François remplit son étui de cigarettes; il répond à peine, d'une voix sourde, sans se déranger :

— Bonjour.

— Je t'annonce un ciel rose; nous aurons une journée froide, mais superbe :

Suoni la tromba, intrepido...

» Cela fait plaisir, de temps en temps, de se lever matin. J'ai déjà avalé deux œufs et mon café. Et loi?...

François cherche sa boîte d'allumettes : il ra2:e de ne pas la trouver, il ne répond pas.

Nicolas l'examine à la dérobée :

— Tu n'es pas de bonne humeur?

Roero continue à ne pas répondre, et alors Nicolas va regarder à la fenêtre, en tambourinant sur les carreaux :

Suoni la tromba^ iîilrepido...

Roero lui lance d'abord un regard de travers, puis l'interrompt d'un ton brusque :

— Dis donc!...

L'autre se retourne, comme s'il était mû par un ressort.

— Je crois que nous avons agi trop légèrement.

— Nous?... Nous avons agi trop légèrement?... Quand donc?

— Hier soir, avec les témoins de Bonaldi.

— Légèrement?... Noblement, tu veux dire, courageusement?... Nous avons accepté, sans discuter,

loules les conditions de notre adversaire. \ i\ (; i)it'u ! on ne pouvait pas se montrer plus gentilhonime.

— Nous avons accepté des conditions trop graves.

— Nous avions reçu de Savoldi un mandat impératif.

— Justement!... Un mandat aussi impératif, nous ne devions y consentir à aucun prix. La volonté de celui qui se bat doit toujours être subordonnée aux devoirs indéclinables de ses témoins.

Jusque dans la rue, pendant qu'ils vont prendre Savoldi, qui les attend place du Dôme, au Café Carini, Roero, la tète basse, toujours renfrogné, grogne encore avec amertume :

— Oui, légèrement... Nous avons agi trop légèrement, et avec trop de précipitation.

Mais il redit cela, moins pour son compagnon que par conscience, comme un reproche à luimôme.

C'est un remords pour lui, un supplice. A tel point qu'il n'a pu fermer l'œil de toute la nuit.

Quand il s'est vu, la veille, au Café de rAcadémic, en présence du marquis Emmanuel Estensi et du comte Charles Faraggiola, les témoins de Bonaldi, il a immédiatement éprouvé une certaine humiliation, une certaine timidité.

Le commandeur Bonaldi et le presque ignoré... Nespola! C'étaient l'aristocratie et la démocratie qui se trouvaient face à face; et Roero, qui n'y avait pas pensé jusqu'alors, était fort ennuyé de se voir là comme représentant de la démocratie.

Le marquis Emmanuel Estensi et le comte Charles Faraggiola n'étaient pas seulement les représentants du riche et célèbre journaliste conservateur teinté

de cléricalisme; ils n'étaient pas seulement les représentants du parti politique de Don Jules Arcolei; mais, pour lui, François, ces deux gentilshommes, ses rivaux les plus redoutables auprès de Fanny, représentaient les idées, les préjugés, les goûts, le raffinement, l'élégance, et l'entourage, la cour de la belle baronne.

Il sentait qu'il pourrait faire perdre la tête à Fanny, lui faire commettre n'importe quelle inconséquence, mais il sentait également qu'auprès de la baronne il n'aurait jamais l'autorité de ces deux hommes : par cela même, il les détestait et les admirait, il les tournait en ridicule et il les enviait. François Roero était riche, il était entré dans le saint des saints de la société milanaise la plus fermée, mais grâce à la fortune que son père, un fermier de Lodignola, lui avait amassée. En face du comte Faraggiola et du marquis Estensi, François Roero, ayant à représenter la pauvre petite république du pauvre Nespola, s'était senti plus que jamais le fils de son père, et rien de plus.

Alors, pour se maintenir en bonne voie, se préoccupant plus de l'opinion et des préjugés de Fanny que de la peau du malheureux Nespola, désireux de se montrer lui-môme, dans toute sa conduite, plus gentilhomme que ces deux échantillons authentiques de la vieille race, à force de salutations, de gracieux sourires, de manières chevaleresques, il avait fini par accepter toutes les conditions et toutes les exigences de ses habiles adversaires.

Dès que Savoldi, qui attend Roero et Loreda devant le café, les aperçoit, il lève joyeusement les bras en signe de bienvenue, les rejoint, et, pour

égayer l^ooro, il deiiiande avec un sérieux comique, en s'adressent à Loreda :

— Comment! vous ne vous êtes pas mis en uniforme?...

Et l'endiablé journaliste continue, tout le long du chemin, et jusque sur le terrain, pendant les apprêts du combat, à rire, à plaisanter sur Loreda, qui joue au bretteur avec une désinvolture, avec une animation extraordinaires, et môme sur son adversaire, Bonaldi, qui est planté là, immobile et muet; il l'appelle tout bas « Don Torqucmada », à cause de son crAne chauve qui domine sa haule stature, à cause de sa figure pAle et marmoréenne, de son œil noir, oblique, de son nez crochu, de son air froid et impassible.

Nespola s'aperçoit que Hoero est mal luné : il croit l'avoir ennuyé en l'obligeant à se lever trop matin, el il fait tous ses efi'orls pour le mettre de bonne humeur, mais il n'y réussit pas.

Et, quoiqu'il y tâche, Hoero n'arrive pas non plus à se surmonter : le froid de cette limpide matinée de janvier lui pénètre dans les veines, dans les os, avec un frisson sinistre, et le glace et l'accable .

Autant, la veille au soir, il a été poli, aimable, conciliant, autant il se montre entêté, susceptible, résolu et môme âpre à défendre el à sauvegarder les droits de son client.

Par moments, on dirait ({u'il cherche lui-môme querelle à Estcnsi et à Faraggiola. Il s'en prend à Nicolas Loreda, (|ui a l'air d'ôtre à la noce, et, quand il voit dans un coin de la cour le jeune chirurgien à la barbe hirsute el à la chevelure en broussaille préparer sa trousse, il est pris d'un tremblement convulsif.

... Et pourtant il s'est battu lui-même plus d'une fois, bravement. Mais alors il s'agissait de sa peau! Et sa peau était à lui!...

Avec quelle terreur il voit venir le moment où les combattants seront en face l'un de l'autre!

A mesure qu'il donne à son client les dernières instructions, sa voix devient basse et rauque, et ses yeux hagards.

C'est le froid, le froid de cette matinée pâle, sinistre, maudite, qui fait claquer ses dents et fléchir ses genoux...

Et le moment, le terrible moment approche, rapide, précis, inévitable... Ah! qu'il serait heureux, Roero, s'il pouvait se battre, lui, quand même il devrait être touché, à la place de cet autre!

« S'il arrive un malheur, ce sera ma faute... »

La veille, au Café de l'Académie, pendant qu'on fixait les conditions de cette rencontre, il était donc ivre, ou fou?... Il n'avait rien prévu, il n'avait songé à rien!...

« Non ! non ! je ne devais pas obéir aux généreuses injonctions de mon client, je devais m'y opposer!... Je ne devais pas admettre, à la hâte et aveuglément, les conditions de l'adversaire!... J'ai été léger... léger... et môme déloyal! Je suis coupable! je suis un lâche! »

On tire les places : le sort favorise Bonaldi.

Roero frémit : cette première mauvaise chance lui serre plus étroitement le cœur.

Le sort favorise encore les autres en assignant la direction du combat au comte Faraggiola.

« Si j'en avais été chargé, se dit Roero, je n'en aurais pas eu la force... »

Les adversaires se déshabillent, vivement, aux deux bouts de la cour; on les place Tun en face de l'autre, la poitrine nue.

Que fait-on?... Roero n'en sait môme rien; il a^it machinalement, comme un automate... Quelqu'un le prie de tenir un sabre : « Oh! qu'il est lourd!... »

Faraggiola, grand, blond, d'une raideur diplomatique, s'avance entre les deux adversaires et lient avec les deux mains les pointes des sabres pour établir la distance.

— En garde !

Toute la petite cour, enveloppée d'une lumière éblouissante, tourne lentement devant les yeux de Roero, avec les figures des témoins et du médecin, les torses nus des combattants et leurs sabres qui reluisent.

Faraggiola lâche les deux pointes et recule de quelques. pas :

— Allez, messieurs!

Roero tressaille, ouvre de grands yeux hébétés. Un moment d'arrêt, d'angoisse...

Un oiseau qui vole se pose sur une longue tige de la haie : il regarde, un instant, puis s'enfuit en battant des ailes, avec de petits cris ellVayés.

Savoldi fonce sur l'adversaire.

— Halte!

Les témoins croient que Ronaldi a été blessé au bras. Le médecin constate que l'épiderme esta peine effleuré.

On les remet en garde. Nouvelle attaque de Savoldi, foudroyante... Mais, dans son impétuosité, il se jette sur le sabre tendu, et la pointe lui traverse la gorge.

— Halte!

Bonaldi, abaissant son arme, s'arrête, pétrifié, tandis que Roero s'élance pour recevoir dans ses bras Savoldi qui chancelle et s'affaisse en l'inondant de sang.

— Mon Dieu!... Docteur!... Docteur!

Le médecin accourt... Tout le monde entoure le blessé.

Nespola fixe sur Roero deux pupilles dilatées, désespérées, en hurlant un nom :

— Loulou!... Lou...lou!...

Ses yeux se retournent : le sang repart à flots par la gorge et par la bouche, et tout est fini. Un cri, un cri horrible de Roero :

— Il est mort !

Après le duel, François Roero s'enferme chez lui sans recevoir personne, sans se montrer. Il voit toujours devant lui les yeux bouleversés du mourant, la tache rouge qui s'élargit, il sent toujours l'odeur du sang. D'heure en heure, la solitude, l'abattement, la fatigue, le rendent de plus en plus nerveux et inquiet. C'est une inquiétude, c'est une terreur presque fantastique de la réalité, du présent... et de l'avenir... C'est la terreur de ce sang, de ces yeux, de cette âme môme : le fantôme de ce mort... La crainte d'un procès, d'une condamnation, .de la prison peut-être, le trouble aussi et augmente son agitation.

« Un homme a été tué!... Nous avons tué un homme... »

Et Stéphanie?... Elle est loin, maintenant!... Et hier, pas plus lard qu'hier, elle éf.iif ;i<si^f> là, à son bureau...

L'idée de la nuit, de toute la nuil à passer seyl,

avec la continuelle vision de ce duel, de ce sang, de ces yeux, l'épouvante.

Il sonne, il appelle Jean, son domestique :

— Va chercher l'avocat OHvieri... A cette heure-ci, tu le trouveras sans doute à la Société Patriotique... Et puis, tu iras chez le docteur Sellero : je ne me sens pas bien... Dépêche-toi.

Le docteur Sellero est aussi le médecin de la famille Arcolei : Roero lui demandera un calmant pour la nuit, et des nouvelles de la baronne.

« Pas un mot d'elle, rien, pendant toute cette journée!... »

Olivieri est un jeune avocat, très ami de Roero.

« Il me tiendra un peu compagnie et, par la même occasion, me conseillera .• je verrai ce que je dois faire... Nous avons tué un homme I... »

Mais le docteur est allé en consultation à Vigevano, et Olivieri ne peut quitter la séance. Qoiand arrive l'avocat, Roero est déjà couché.

— Es-tu souffrant?

— Je ne suis pas à mon aise... J'ai fait appeler le médecin, mais il est à Vigevano.

— As-tu dîné?

— Non. Je n'ai même pas déjeuné.

Olivieri prend une bougie pour mieux observer la figure de son ami; il lui adresse différentes questions, l'examine attentivement, puis repose la bougie.

— Tu es un homme de cœur, et, après une pareille émotion, il y a un contre-coup, forcément... Au lieu de te remuer, de chercher à te distraire, tu es resté seul, enfermé toute la journée, sans dire un mot, sans manger, et les nerfs ont pris le dessus... Laisse le docteur Sellero à Vigevano ; je me charge de te

guérir : un bon dîner el un ou deux verres de marsala... Quant au procès, n'y pense môme pas.

— Mais... on a tué un homme!...

— Non : un homme a été tué en duel, ce qui est bien diflcrenl... Il en est de la justice comme de Tart, mon cher ami : tout est dans la forme. On fera un procès, évidemment, et Bonaldi sera même condamné à quelques mois de prison!... et gracié tout de suite!

— Et ce sera justice... Bonaldi a été provoqué, insulté d'une manière atroce, et, en somme, il s'est battu loyalement; il a risqué sa vie tout comme l'autre, qui a perdu la sienne... Mais nous! nous avons fait tuer un homme sans courir aucun risque. . .

— Tu n'es pas allé le chercher, ce Savoldi, ton Nespolal... 11 t'est tombé sur la tête comme une luil^ Il n'y avait pas moyen d'arranger les choses : donc... Tu n'as pas à éprouver de remords. Si les témoins sont en règle avec leur conscience, ils n'ont de compte à rendre à personne, que diable ! . . . Allons, allons, du courage! Voici mon ordonnance : un bon dîner, et, si le marsala ne suffit pas pour te remettre un peu de rose dans les idées, une bouteille de Champagne!

— Si tu me tiens compagnie...

— Pourquoi pas?...

— Alors je me lève, et Jean ira au Rebcccliino dire qu'on nous apporte à dîner... Je ne veux pas me montrer ce soir.

L'avocat éclate de rire :

— Tu as parfaitement raison : Loreda se montre pour toi. Je l'ai vu de loin raconter le duel; je le comprenais à ses gestes... Je l'ai vu sur le Corso, au

Cova, au bar; je Tai entendu chez le coiffeur. Tout à rheure, à la Société Patriotique, il recommençait, en se fendant d'une manière formidable... Il n'a plus de voix!...

— Et le public, pour qui est-il? que dit-on?

— On est favorable au vainqueur.

— Et... chez les Arcolei?...

— Par ce duel, Bonaldi et la Dlfesa gagnent en force, en autorité : cela, naturellement, fait le bonheur de Don Jules, qui se gardera bien de le laisser voir.

— Et... moi?...

— Toi?...

— Oui... Crois-tu qu'on me recevra chez eux aussi bien qu'auparavant?

— Dame! cela dépend du degré d'estime et de sympathie que peut avoir pour toi la baronne... Tu es le seul, mon cher ami, à savoir jusqu'où peut aller son indulgence... C'est un fait : aux yeux de la famille Arcolei et de la haute société milanaise, tu l'es pas mal encanaillé, avec ton sans-culotte de Nespola !

Roero commence à manger sans goût; peu à peu il acquiert un excellent appétit. Le Champagne et le gai babillage de l'avocat produisent leur effet, et quand, passé minuit, il se recouche, il s'endort aussitôt, bien tranquillement. Mais, vers quatre heures, il s'éveille en sursaut, et il s'assoit sur son lit, tout haletant, le cœur battant à se rompre, le front mouillé de sueur.

« Non, non, non, je n'ai pas fait ce que je devais! Je ne suis pas en règle avec ma conscience... J'au-

rais dû exiger des conditions moins graves, faire valoir rinfériorilé physique du pauvre Ncspola comparé à Bonaldi... Au lieu de cela, je me suis empressé de souscrire à tout ce que proposaient Faraggiola et Estensi en faveur de leur client. Je n'ai môme pas pensé à ce malheureux qui m'avait confié son honneur et sa vie. Je n'ai pensé qu'à Fanny, à ce que ces deux-là raconteraient de moi à Fanny... Et moi, je l'ai fait tuer, cet homme, je l'ai laissé tuer à cause de Fanny... »

Dans l'obscurité de la chambre reparaissent encore les yeux bouleversés, la gorge avec sa large blessure béante, et dans le profond silence retentit le terrible hurlement de la dernière convulsion :

— Loulou'... . Lou... lou!...

C'est maintenant du désespoir, c'est le délire.

— Loulou! Lou... lou !...

Quel contraste bizarre, douloureux et môme ironique, ce nom, le nom d'un animal, d'un chien, sur cette bouche déformée qui vomit le sang, qui se tord dans l'agonie!

« Loulou! la petite chienne, l'unique alTcction du pauvre Xespola!... Je lui ai promis d'en avoir soin, de la garder. Je lui ai promis, et je le ferai. Je le jure! Mais où est-elle? Où est-elle?... Nespola riait de tout, se moquait toujours de tout. Peut-être Loulou n'est-elle qu'une plaisanterie... »

Pas de Loulou, paraît-il, dans la chambre occupée par Savoldi aux 7'roi.v Epccs et qui formait tout son logement. Il n'y avait rien dans celte misérable chambre, un vrai nid à rats, au dernier étage... On y a trouvé un peigne, une casquette de voyage, deux faux cols, un sale et un propre... et puis des jour-

naux et des bouts de cigare... Cela puait le cigare éteint... Mais pas de Loulou.

« Loulou?... peut-être n'est-ce qu'une plaisanterie et n'existe-t-elle même pas... Ou bien, qui sait? elle est peut-être chez quelque femme... une amie ou une maîtresse du pauvre diable. En ce cas, il faut que j'aille la chercher, que je la prenne avec moi... je l'ai promis... »

Peu à peu François se calme; sa respiration, les battements de son cœur deviennent plus réguHers. 11 s'allonge sous la couverture, s'enfonce dans son lit et continue ses réflexions.

« Demain j'irai aux Trois Epées. Je m'informerai de Loulou, je questionnerai l'aubergiste : peut-être saura-t-il m'en dire quelque chose... Je paierai aussi la note de Savoldi... Et s'il a laissé d'autres dettes, je les acquitterai également. Je veux que sa mémoire soit respectée... Olivieri s'occupera de l'enterrement, qui se fera âmes frais... »

Les yeux de Nespola ne sont plus menaçants. Nespola remercie, en partant d'un grand éclat de rire, selon son habitude, et Roero se rendort d'un sommeil paisible.

Mais, le lendemain matin, sa première pensée n'est pas de courir aux Trois Epées à la recherche de Loulou : c'est d'envoyer chez la concierge dans l'espoir qu'on lui rapporte un mot, un livre, quelque chose de Stéphanie. Prudente et avisée, même quand elle est amoureuse, Stéphanie ne lui a jamais écrit, et Roero n'attend certes pas une lettre, mais deux lignes, un mol, un signe quelconque, destiné à lui faire comprendre qu'elle n'est pas fûchée, qu'elle l'aime toujours.

Rien. Absolument rien de Stéphanie : elle n'a ni écrit, ni fait parvenir un livre, le sig^ne convenu pour lui dire qu'elle sera seule vers six heures, avant le dîner, et qu'elle l'attend sans faute.

t( Il est encore trop tôt : il viendra quelque chose plus tard.. .Je n'y suis pas allé, malgré ma promesse, avant-hier soir; elle ne m'a pas vu delà journée, et, le soir, elle a dû m'attendre, comme à l'ordinaire... Pourquoi changerait-elle? Ai-je commis un crime? •J'ai servi de témoin à un journaliste républicain que je connaissais depuis des années. Cela peut avoir choqué Don Jules; elle, non. Elle sait bien que je ne serai jamais un clérical... Et, quoi qu'elle ait dit, prié et prêché, elle n'a jamais réussi à me faire admirer son mari... Un grand homme parce qu'il a le talent de ne rien faire et de ne rien dire!... Moi, je suis un artiste, un écrivain, j'ai d'autres idées, d'autres devoirs. Je ne suis pas un imbécile confit en préjugés comme son Estensi et son Faraggiola... Ils sauront bien profiter de l'occasion pour me discréditer et pour gagner du terrain... Ils sont jaloux et envieux ; ils ont dû flairer quelque chose, et ils me haïssent... Mais avec moi, Fanny, maintenant... Elle est venue ici... elle a été ici, vive Dieu! ici, chez moi! Aujourd'hui, sûrement, elle me donnera signe de viel... »

Quant à se présenter chez les Arcolei sans un avis de Stéphanie, non, il ne s'y risquera pas :

« Et si Don Jules me faisait mauvais accueil?.. S'il ne me recevait pas?... Ecrirais-jc à Fanny?... »

C'est impossible: Fanny lui a formellement défendu de lui écrire, sous aucun prétexte.

Il n'y a donc qu'à attendre, et il attend; il reste

au lit. Le temps passe plus vite en dormant, et, au fond, il espère être réveillé par un message.

Il ferme les yeux. Mais il guette un pas, une voix, un coup de sonnette.

Il est incapable de dormir; il se tourne et se retourne. Mille pensées Tagitent, lui causent les mêmes inquiétudes, le même énervement que la veille. Il a déjà envoyé Jean deux ou trois fois chez la concierge : rien! Il se lève pour déjeuner, et s'emporte contre son domestique, contre le coifleur, contre Timprimeur qui lui apporte ses épreuves. Puis il plante tout là sans finir de déjeuner, et il s'habille pour sortir.

« Je vais m'en aller à la recherche de Loulou... Pauvre Loulou! elle m'aimera un peu, et elle me sera certainement plus fidèle!... »

Il a déjà mis son paletot; il prend son chapeau, sa canne et ses gants, lorsque Jean arrive avec une lettre : la lettre de Stéphanie!... Jean est encore à la porte, la lettre encore sur le plateau ; mais Roero est trop amoureux pour pouvoir se tromper.

— Qui l'a apportée?

— Un domestique de M. Arcolei.

— Il attend la réponse?

— Non, monsieur ; il est déjà parti.

Roero ne sort plus : il s'enferme dans son cabinet avec la lettre si désirée, si chère ! Mais, avant de la lire, il veut savourer son bonheur. Il hésite à rouvrir... Il redoute encore une déception... Oh! le plaisir d'attendre, de deviner, d'imaginer!

Monsieur François Roero

« Elle m'a écrit!... Cela prouve qu'elle m'aime, que je la reverrai... »

Étendu sur le canapé, il considère avec béalitudc récriture nette et allongée de l'adresse, tandis que le parfum d'abord imperceptible qui émane de la lettre devient plus vif, plus pénétrant.

Soudain il tressaille : il se redresse et s'assoit.

« C'est peut-être pressé... un rendez- vous!... Elle veut me voir tout de suite... »

11 déchire l'enveloppe : elle renferme une simple carte de Stéphanie, avec un grand point d'interrogation.

François a un mouvement de colère; puis, hochant la tête, il sourit avec amertume.

« C'est bien elle... toujours elle!... Toujours prudente et méfiante. Jamais un véritable abandon!... Jamais un élan parti du cœur. Coquette... Et toujours l'école des jésuites!... Un point d'interrogation, qu'est-ce que cela veut dire? Tout... et rien... »

« Pourquoi n'es-tu pas venu?... Pourquoi ne t'eslu pas montré?... Pourquoi n'as-tu pas confiance en moi?... Pourquoi ne crois-tu pas en moi?... »

Les questions se succèdent, et François reprend sa sérénité. Ce point d'interrogation devient plus tendre, plus passionné, plus expressif, plus éloquent, que n'importe quelle lettre... C'est Fanny, Fanny tout entière, avec sa timidité ombrageuse et sa fourberie gamine... C'est elle, c'est bien elle, qui est revenue là, chez lui, avec un non sur les lèvres et un oui dans les yeux. C'est elle qui l'aime, qui le poursuit, qui l'irrite, qui le.maltraile, et le calme et le dompte avec une seule caresse.

LOULOU 4r>

« Je suis venue ici, chez loi, et lu doutes de mon amour?... »

Et il croit encore entendre la voix enchanteresse de Fanny : il croit sentir sa chaleur, son parfum, dans ce billet.

« Oh! ma chérie!... ma chérie!... »

Et François baise avec une folle joie Fenveloppe, la carte, le point d'interrogation^ adresse des baisers avec transport, avec délire, aux yeux et à la bouche de Fanny.

Mais notre amoureux aime et redoute ces yeux tantôt scintillants et tantôt impassibles; il aime et redoute cette bouche fraîche et rose, légèrement estompée d'un fin duvet, sur laquelle le sourire languide et voluptueux se glace soudain. Il n'ose pas se présenter dans la maison sans être attendu, et à des heures insolites. Excellente amie et le modèle des épouses, la baronne observe scrupuleusement toutes les lois et coutumes du monde, et elle tient à Texactitude des heures établies. Aussi, jamais de coups de théûtre. Chaque chose a son temps et il y a temps pour tout.

Roero réfléchit et finit par se dire :

« Pas de visite dans la journée... Si Stéphanie avait pu me recevoir aujourd'hui, elle m'aurait envoyé un livre en môme temps que cette carte... .rirai ce soir; un peu plus tôt qu'à l'ordinaire, pour la rencontrer seule. »

Et le pauvre Nespola?... et les projets delà nuit?... Roero écrit en hûte à l'avocat Olivieri, pour l'enterrement du lendemain; le lendemain aussi, il se mettra lui-même à la recherche de Loulou.

Contenant son impatience, il attend qu'il soit neuf

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