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CHAPITRE VII

BERNADETTE EN PRÉSENCE DES MEDECINS

(suite)

De l'hallucination chez les grands personnages. — La foi et la science. — L'hallucination et la raison, le D* Diday. — L'hallucination et la folie, le Dr Voisin.

En rangeant Bernadette parmi les hallucinés, on la mettait, du reste, en bonne compagnie. D'après le dictionnaire des sciences médicales, c'est l'hallucination qui, sur le chemin de Damas, change soudain les résolutions de saint Paul; qui, plus tard, triomphe des dernières hésitations de Constantin; qui soutient Jeanne d'Arc, lui donne le courage, la résolution nécessaire pour quitter son village et se mettre à la tête des armées ; qui dicte la mission d'Ignace de Loyola. Socrate, Pascal ont été des hallucinés , comme Luther, comme les sorciers du moyen âge. OEuvre de Dieu ou œuvre du diable, il est telle période de notre histoire, où tout un pays, tout un peuple ont semblé vivre dans un état de perpétuelle hallucination. L'article que nous citons est signé d'un maître spécial en la matière, le Dr Christian.

Pour englober ainsi toute l'histoire du monde dans an pareil cadre et se débarrasser des faits qui gênent,

ou des personnages incommodes, le procédé est expéditit.

L'auteur de l'article reconnaît, du reste, qu'il est pénible et douloureux, d'admettre que les idées les plus sublimes, les plans les plus admirables, les entreprises les plus grandes aient été médités, accomplis par des fous hallucinés ; qu'il est difficile de ranger sous cette dénomination des personnages historiques, tels que : Socrate, Jeanne d'Arc, Pascal et tant d'autres. Il était, en effet, plus simple d'admettre que les apparitions dans des conditions données ne peuvent s'expliquer que par la puissance divine ; mais il fallait faire acte de foi, et la foi, nous dit le même auteur, n'est pas un critérium : il ne faut jamais mêler à une question d'ordre purement scientifique des considérations qui devraient lui rester étrangères.

Nous reconnaissons que Ton ne peut soumettre aux mêmes procédés d'analyse des faits d'ordre si divers : mais, pour éviter toute confusion, il suffit d'établir avec précision les limites de l'hallucination scientifique; il suffit d'appliquer les règles et les lois admises par tous les auteurs, et qui définissent parfaitement le champ de ces visions maladives.

Le Dr Diday nous dit que Bernadette était atteinte d'une forme d'hallucination compatible avec la raison. Mais cette forme n'existe pas au point de vue clinique, elle est admise pour les besoins d'une thèse difficile à

défendre ; jamais un médecin versé dans l'étude des maladies mentales ne pourra l'accepter ou la décrire. C'est pour se débarrasser des faits qui gênent, depuis saint Paul jusqu'à Bernadette, que l'on a créé cette variété. Quant aux préoccupations, aux images ou aux idées fixes qui ont parfois hanté l'esprit de personnages historiques ou de certains savants, nous savons que lorsque ces troubles étaient compatibles avec la raison, ils laissaient au sujet le champ libre pour redresser son jugement et se rendre parfaitement compte de ce que ces visions avaient d'imaginaire.

Les hallucinations envahissent rarement tous les sens à la fois : celles de la vue, de l'ouïe ou du tact, sont d'ordinaire isolées. Mais une hallucination aussi complète, qui aurait envahi tous les sens de Bernadette, eut certainement laissé dans son esprit une empreinte profonde, ineffaçable, et amené une perturbation sans remède : elle serait devenue folle.

Le Dr Voisin, médecin de la Salpêtrière, très compétent en ces matières, prenant les apparitions de Lourdes pour des hallucinations, affirme sans enquête que Bernadette est devenue folle. Il va plus loin : il va jusqu'à nous donner l'adresse de la maison de santé où elle est enfermée. Son affirmation est par trop téméraire ; nous aurons occasion de la relever, mais ici elle vient, pour une part, à l'appui de la thèse que nous soutenons.

Le Dr Voisin reconnaît, bien plus, il affirme a priori et sans examen, que le cerveau d'un enfant ne peut, dans des conditions normales, subir de pareils troubles, et qu'il est impossible d'admettre que Bernadette ait conservé l'intégrité de ses facultés : un sens droit, un jugement sûr, un équilibre parfait de son esprit. Si donc elle a joui jusqu'à la fin de sa vie de tous ces dons, c'est qu'elle n'a été que le témoin d'apparitions bien réelles, dont elle a conservé le fidèle souvenir. Pouvons-nous dire encore que la Dame au vif éclat, qui se montrait à la Grotte, n'est que la reproduction des statues qui décoraient les églises du pays? qu'elle n'est qu'une pâle copie de ces images grossières reproduites avec cette pauvreté d'imagination et cette stérilité d'invention que l'on remarque chez les hallucinés? Les paroles de la Vierge, son nom, les ordres donnés, les résultats obtenus, tout cela est-il en proportion avec l'entendement du sujet? Gomment le cerveau de cette enfant, éclairé de semblables lueurs et conservant intact le reflet de ses hautes visions, a-t-il pu garder son équilibre et le jeu de ses fonctions ? Problème absolument insoluble avec la théorie de l'hallucination, et que la médecine ne peut résoudre, sans faire appel à l'intervention d'une force étrangère et supérieure au monde matériel.

Ces déductions, rigoureusement tirées de principes universellement admis, nous semblent s'imposer à

l'attention de tous les hommes sérieux. Quand il s'agit de juger, ou même de combattre la religion, le surnaturel ou le miracle, il n'est pas permis d'affirmer sans preuve, au mépris de toute loi et de toute règle; de méconnaître la bonne foi et la vérité : il n'est pas permis enfin de se prononcer sans voir, regarder ou étudier. Il n'y a pas deux méthodes distinctes, opposées de discussion : la méthode scientifique peut nous suffire pour établir d'une façon précise les limites des forces naturelles,

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