CHAPITRE VI
BERNADETTE EN PRÉSENCE DES MÉDECINS
(suite)
L'hallucination et le docteur Diday. — Insinuations et rapprochements fantaisistes. — L'hallucination scientifique. — Ses principes et ses lois. — Historien et sculpteur. — La Vierge, ses paroles, ses ordres. — Faiblesse de l'instrument, grandeur du résultat.
Les apparitions avaient eu lieu, la source avait jailli, les guérisons les plus éclatantes se répétaient chaque jour; et à toutes les questions, à tous les doutes, les représentants de la science officielle répondaient par un seul mot : hallucination.
Les visions, les paroles de la Vierge, les ordres donnés, tout cela n'était qu'un rêve de Bernadette, comparable aux rêves qui envahissent notre esprit pendant le sommeil ; ce n'était qu'un songe, mais un songe à l'état de veille. — L'hallucinée, en effet, voit des images, entend des sons, sans qu'il existe un objet extérieur capable de produire ces sensations. Tout cela n'était pas même une illusion ; car « l'illusion , dit Lasègue, est à l'hallucination ce que la médisance est à la calomnie, elle s'appuie sur la réalité, mais elle la
brode ; l'hallucination invente de toutes pièces et ne dit rien de vrai. »
Ainsi, d'un mot, la question était jugée et le mot était heureusement choisi. D'un sens mal défini, peu connu du vulgaire, il rendait toute discussion superflue, opposait la question préalable à toute incursion dans le monde immatériel.
En procédant ainsi, on n'étudiait ni le caractère de Bernadette, ni les apparitions, ni les faits dans tous les détails qui pouvaient leur donner une signification exacte. Il y avait une lacune dans ce raisonnement; il y avait matière à objection sérieuse. Le docteur Diday, de Lyon, le comprit ; il poussa plus avant son examen et entra dans le vif du sujet.
Il était, du reste, importuné par cette rumeur croissante qui portait en tous lieux le nom de Lourdes. « Poussé par une curiosité bien naturelle, dit-il, je voulus être exactement renseigné. Je pris l'ouvrage de M. Lasserre et je le lus en entier. Emporté par ce récit surhumain tracé en style magique, subjugué par l'étrangeté des guérisons dont il foisonne, un moment je me suis demandé : Mais, la vérité n'est-elle pas là? Un moment, j'ai cru... que j'allais croire... Mais, à côté de l'homme fasciné, le médecin veillait et c'est lui, lui seul, qui avait le droit de tenir la plume. »
Le médecin, en effet, avait parfaitement le droit de faire une enquête sérieuse sur ces événements ; et si le
docteur Diday était resté fidèle à son programme, il aurait apporté dans son étude des qualités maîtresses ; il aurait maintenu la discussion sur son véritable terrain.
Pour résoudre la question, il suffisait de s'entourer de tous les éléments d'information. Le docteur Diday pouvait demander à ses confrères de Lourdes des renseignements plus explicites, reprendre et discuter tous les éléments du débat, voir Bernadette qui vivait encore, faire répéter devant lui toute l'histoire des apparitions, et, par un rapprochement qui s'imposait, montrer comment il trouvait dans toutes ces données les symptômes bien connus de l'hallucination.
Qu'a-t-il fait? Il a découpé des lambeaux de chapitres ou de phrases dans le livre de Lasserre, il les a rapprochés de phrases, détachées de la même manière, de l'ouvrage du docteur Brierre de Boismont. « Le docteur Brierre, nous dit-il, est un auteur religieux, et son témoignage ne peut être suspect à mes adversaires. » — Nous l'acceptons volontiers, n'ayant pour le choix de l'auteur aucune préférence. Mais le procédé de discussion nous semble puéril ou, tout au moins, peu scientifique.
Lasserre avait dit: « Jusqu'à quatorze ans, Bernadette passait ses journées sur des coteaux déserts où paissait son humble troupeau. Elle ne savait ni lire, ni écrire ; elle ne connaissait que son pauvre patois pyrénéen. Quoiqu'elle eût quatorze ans, c'est tout au plus si on
lui en eût donné onze ou douze. » Tout cela vous semble innocent ? Prenez garde ! Avec dix lignes d'un homme on peut toujours le compromettre.
Le docteur Brierre dit, en regard : Que la solitude produit souvent une sorte d'hallucination, que dans les campagnes elle est empreinte d'un caractère de superstition, qu'elle s'observe chez les esprits médiocres comme sur les intelligences les plus élevées et que les sujets sont souvent des enfants fort jeunes. Ce qui ne veut pas dire qu'il suffit d'être bergère, jeune et ignorante, pour avoir des visions ou des extases. C'est un rapprochement créé et cherché, une insinuation qui n'autorise aucune conclusion.
Dans l'église de Lourdes, dit Lasserre, tous les autels sont dédiés à la Mère de Dieu ; et Brierre nous fait remarquer que les statues, les tableaux répandus dans les édifices religieux sont l'origine des figures des personnages vus dans les apparitions. — La Vierge de Bernadette était-elle, avant cette époque, représentée dans les églises de Lourdes ? Je ne le crois pas. Et le principe rappelé par Diday vient à l'encontrede la thèse qu'il soutient. Nous allons, tout à l'heure, reprendre cet argument pour lui donner le développement qu'il comporte.
Le docteur Diday n'est pas plus heureux dans la citation suivante. A mesure qu'il veut préciser, les contrastes et les oppositions se dessinent. « Le 5 avril,
Bernadette laissa, pendant un quart d'heure, ses mains sur le bout d'un cierge allumé, sans s'en apercevoir. » Hoffmann, répond-il, a constaté que, pendant les accès, les sujets devenaient insensibles. — A notre avis, un médecin n'a pas le droit de confondre ainsi la lésion avec la douleur qu'elle provoque. On carbonise les tissus d'un cadavre, et le cadavre ne souffre pas. C'est dans l'absence de brûlure et non de douleur, que se trouve le côté inexplicable de l'observation. On regrette de trouver ces confusions sous la plume d'un médecin.
Après quelques emprunts faits dans ces conditions au livre de M. Lasserre, le docteur Diday découpe dans le Mandement de l'évêque de Tarbes les phrases qu'il peut mettre en opposition avec les assertions de son auteur.
L'évêque fait observer que Bernadette a vu, non pas une fois seulement, mais dix-huit fois, et Diday, sans relever cette succession régulière des apparitions qui semblent se reproduire suivant un plan arrêté d'avance, Diday répond que, chez une femme observée par Hoffmann, on a vu des accès d'extase se renouveler plus de cent fois dans l'espace de quarante jours. — De la sorte, il a l'air d'ignorer que ce n'est pas le nombre seulement qui est ici en cause, mais l'ordonnance des visions et leur mode de succession.
L'évêque dit encore : « Elle voyait des choses qu'elle n'avait jamais vues, entendait un langage qu'elle n'avait
jamais entendu et dont elle conservait le souvenir sans en comprendre le sens. »
L'hallucination, affirme Brierre, porte à un très haut degré le développement des facultés intellectuelles. — Mais il nous semble que, d'après la citation qui précède, l'esprit de Bernadette ne s'élevait pas très haut puisqu'elle ne comprenait pas ce qu'on lui disait. Quant à voir ce qu'elle n'avait jamais vu, entendre ce qu'elle n'avait jamais entendu, ceci nous semble absolument supérieur à la puissance d'un rêve même à l'état de veille, rêve qui ne peut parfaire ainsi en un instant notre instruction, apporter à notre esprit les dons qui lui font défaut. Tout cela nous paraît contraire à ce que nous observons d'ordinaire.
Le Dr Diday conclut en disant à M. Lasserre qu'il vient de lui montrer que tout ce qu'il nous présente dans son ouvrage, comme preuve de la réalité de l'apparition, s'explique très naturellement, d'après Brierre, par une hallucination.
Il dit ensuite à l'évêque de Tarbes qu'il a méconnu, dans son Mandement, les caractères propres à cet état mental, et qu'il eût sagement fait, dans l'intérêt de tous, de prendre l'avis d'un médecin spécial, d'un aliéniste.
Ces conclusions ne peuvent se défendre sur les bases fragiles où elles sont élevées.
Un médecin doit donner à son argumentation une
forme plus sévère et mieux préciser les termes du débat. L'hallucination est aujourd'hui une chose bien connue. Dans tous les auteurs, à côté de considérations et de doctrines discutables, nous trouvons des règles et des lois qui définissent parfaitement le champ de l'hallucination scientifique.
Ce n'est pas seulement dans Brierre de Boismont, qui écrivait il y a quarante-cinq ans ; mais dans les ouvrages les plus récents, dans tous les auteurs spéciaux, que nous trouvons ces principes formulés avec une précision, un accord qui ne laissent place à aucun doute. Nous sommes liés par eux ; ils doivent servir de base à nos appréciations. C'est ainsi que nous savons que V hallucination n'est jamais que le souvenir d'une sensation déjà perçue. Elle ne peut donner la représentation exacte d'une chose inconnue. Vous ne pouvez voir Saint-Pierre de Rome si vous ne l'avez visité; si, par la peinture ou le dessin, son image n'a été gravée dans votre esprit. Vous ne pouvez reproduire un tableau de Meissonnier ou de Corot si jamais ces tableaux n'ont passé sous vos yeux.
L'hallucination ne crée ni n'invente rien; elle n'existe pas pour l'aveugle-né ou le sourd de naissance. Les yeux du premier, l'oreille du second ne peuvent reproduire un dessin ou répercuter un son. « J'ai cent fois, dit Christian, interrogé les malades qui voyaient
Dieu, la Vierge ou les saints. C'était invariablement sous la forme qu'ils avaient, soit dans les livres de religion, soit dans les tableaux et images qui décoraient l'église de leur village, que ces personnages leur apparaissaient. »
Suivant la culture intellectuelle du sujet, l'hallucination peut être plus ou moins compliquée. Raphaël ou Le Tasse mettent leur génie dans leurs compositions, et doivent retrouver dans leurs rêves les éclairs de ce génie; d'ordinaire, on ne rencontre pourtant chez les hallucinés rien de neuf, rien d'inédit; on est même frappé de la pauvreté d'imagination, de la stérilité d'invention que l'on remarque chez eux. (Nous trouvons ces indications dans le dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, dans un Mémoire signé Christian.)
Ces principes, absolument vrais, indiscutés, vont nous servir de règle pour apprécier les visions de Bernadette .
Voilà une petite fille de la campagne qui n'a de remarquable que son ignorance et sa simplicité. Un jour, une vision céleste lui apparaît. Si cette vision est une hallucination, elle sera la reproduction de quelque image peinte ou sculptée qui se sera gravée dans l'imagination de la pauvre bergère. Dans cette composition, nous devrons retrouver des notes en harmonie avec l'intelligence sans culture d'une enfant de 14 ans; il n'en est rien ! La grâce, la pureté, la sainteté, la dou-
ceur, une beauté surnaturelle sont admirablement exprimées dans l'image merveilleuse. Raphaël n'a rien conçu qui approche de ce chef-d'œuvre. Gomment supposer un instant que la ravissante Vierge de Lourdes soit une création artistique de la pauvre Bernadette ? — Dans l'hallucination, l'imagination n'a pas cette précision, cette sûreté de conception; ce sont des formes vaporeuses et changeantes. Ici, dès la première apparition, c'est un type parfait, immuable. Aucun trait ne variera désormais ; rien ne pourra modifier le souvenir ou l'empreinte laissée dans l'esprit de la voyante. Observons-la, du reste, en présence du sculpteur Fabisch ou de son historien Lasserre.
Fabisch, sculpteur distingué, avait accepté la mission difficile de faire revivre sur le marbre la beauté qui avait ravi Bernadette. Il vint à Lourdes, soucieux pour son œuvre. Il s'inquiétait du récit que lui ferait cette enfant ignorante; il craignait de ne trouver pour sa Vierge qu'un type vulgaire, avec des vêtements sans grâce et sans dignité. Toute création de cette jeune bergère devait être renfermée dans ces limites. Cette préoccupation dénotait chez l'artiste une connaissance approfondie de son art. La vue de Bernadette ne le rassura guère. Mais dès les premières questions, l'artiste fut délivré de toute sollicitude. Il demanda le mouvement et la pose de la Vierge quand elle disait : « Je suis l'Im-
maculée Conception ! » L'enfant fit ce geste du ciel qui a si souvent étonné et tant fait verser de larmes. — « Ce fut pour moi une révélation, écrit Fabisch ; ma statue était composée. Non, tant que je vivrai, je n'oublierai cette ravissante expression. J'ai vu en Italie et ailleurs les chefs-d'œuvre des plus grands maîtres, des Pérugin, des Raphaël, de ceux qui ont excellé à rendre les élans de l'amour divin et de l'extase. Dans aucun d'eux je n'ai trouvé tant de suavité et de ravissement. Chaque fois que j'ai demandé à Bernadette cette pose, toujours la même expression est venue changer, éclairer, transfigurer sa tête. »
Le sculpteur modifia son travail sur les observations de l'enfant jusqu'à ce qu'elle y reconnût la copie fidèle de l'Immaculée Conception. L'artiste éminent croyait posséder l'idéal divin qui avait posé vivant sous les yeux de Bernadette. Et quand la Vierge de marbre arriva à Lourdes, à sa vue l'enfant s'écria : « C'est bien beau, mais ce n'est pas « elle ». Oh non ! la différence est comme de la terre au ciel. »
Plusieurs années après, mécontente de ces représentations qui lui semblaient impuissantes à reproduire ce qu'elle avait vu, elle devait dire: « Si j'étais peintre, et assez habile pour retracer ce que j'ai dans l'esprit et dans la mémoire !» — Eh bien ! qu'aurait-elle fait ? — Si elle avait pu jeter sur la toile ou sculpter sur le marbre l'idéal de sa contemplation et de son souvenir,
elle aurait certainement exprimé une figure plus divinisée que celle que la main des hommes n'avait su rendre.
| Gomment la pensée de cette enfant aurait-elle pu s'élever ainsi d'un élan et d'un coup d'aile à la contemplation d'un idéal aussi pur, idéal que ne pouvait atteindre l'artiste le plus éminent, le plus exercé? Gomment, dans un moment d'hallucination et de rêve, aurait-elle vu ce que l'esprit de l'homme ne pouvait concevoir ; si elle n'avait pas vu de ses yeux ce que l'œil du génie lui-même ne sait point voir.
Avec son historien, son récit allait prendre une précision, une lucidité plus grandes. Il ne suffisait plus de retracer des poses, des attitudes ou des gestes ; il fallait reproduire par la parole toutes les expressions de la physionomie, peindre et exprimer d'un mot propre tous les détails des attitudes et des costumes ; il fallait mettre en harmonie les paroles et les gestes de la Vierge. Aussi pendant des semaines et des mois, Bernadette eut-elle à répondre aux mêmes questions, posées sous mille formes par l'esprit le plus investigateur. L'épreuve était rude pour une enfant si jeune, parlant à peine le français, ignorant tous les artifices du langage, n'ayant eu aucun contact avec le monde.
Comment aurait-elle pu, avec des hallucinations fugitives, garder le souvenir d'un type aussi constant et
aussi pur? Pendant ces interrogatoires, sous des assauts réitérés, elle avait des traits inattendus qui éclairaient son récit de lueurs surprenantes. Jamais elle n'a pris ses points de comparaison parmi les personnes ou les choses qui frappaient chaque jour ses regards. La Vierge avait toutes les apparences et toutes les formes humaines ; mais elle restait toujours un idéal plus parfait, plus pur que tous les modèles qu'elle voyait autour d'elle. La lumière qui l'environnait ne ressemblait pas aux lueurs de la terre. Auprès de sa robe virginale, toute blancheur était pâle et tout tissu grossier. Toutes les nuances du bleu ont passé sous son regard ; elle n'a pas retrouvé la teinte de la ceinture. La nacre et le cristal étaient moins transparents que les grains du chapelet, l'or de la chaîne tout autre et plus beau que notre or. Mais enfin, lui dit un jour Lasserre, la pressant plus vivement de ses questions, quel âge avait donc la Dame? Et Bernadette, le regardant de son regard si franc, si limpide, répond sans hésitation : « Mais la Dame, Monsieur, elle n'avait pas d'âge. » Parole profonde que l'historien traduit et développe en un magnifique langage : « Dans ses traits aux lignes divines se mêlaient en quelque sorte les beautés successives et isolées des quatre saisons de la vie humaine, l'innocente candeur de l'enfant, la pureté absolue de la vierge, la gravité tendre de la plus haute des maternités, une sagesse supérieure à celle de tous les siècles. »
De même qu'il avait dit : « Les vêtements d'une étoffe inconnue et tissés sans doute dans l'atelier mystérieux où s'habille le lys des vallées, étaient blancs comme la neige immaculée des montagnes et plus magnifiques en leur simplicité que le costume éclatant de Salomon dans sa gloire. »
Quelle disproportion n'y-a-t-il pas entre cette apparition merveilleuse, entre cette Vierge idéale que ni la sculpture ni la poésie ne peuvent reproduire, et cette enfant du peuple qui devient l'interprète devant laquelle se dévoile et se révèle une beauté qu'on n'a jamais entrevue. Même en faisant la plus large part à l'imagination, à toutes les causes de l'ordre physique, Bernadette pouvait-elle atteindre un pareil résultat? — Et pour proportionner l'effet à la cause, ne faut-il pas recourir à des agents distincts de la nature sensible? — Du reste, lorsque les apparitions ont pour témoins des enfants, ne faut-il pas chercher en dehors des témoins des garanties d'un autre ordre? C'est le personnage merveilleux lui-même, ses paroles, ses actes, son but qu'il faut soumettre à la critique. Et nous entrons alors dans un genre de preuves supérieur au témoin.
Les paroles de la Vierge à Bernadette, nettes et concises dans leur expression, ont été accomplies comme des ordres venus du ciel. Le nom de la Vierge transmis à Bernadette n'avait jamais été prononcé devant elle. Elle le répète pour le fixer dans sa mémoire, sans en
comprendre le sens. — Et cette source inconnue qui jaillit des profondeurs de la roche, qui donc a conduit vers elle la pensée et la main de l'enfant?
Enfin, le mouvement qui a suivi les apparitions est un mouvement inouï, inconnu depuis les Croisades. Il y a eu dans tous les temps des hallucinées et des visionnaires; il n'y a pas eu pareil retentissement. Gomme nous sommes loin du point de départ! Gomme la faiblesse de l'instrument fait mieux ressortir l'intervention d'une force supérieure !
Jamais les apparitions n'ont été soumises dans leur développement à l'action de Bernadette; elles se sont continuées suivant un plan arrêté d'avance, se sont supprimées deux fois, alors qu'elle les attendait. A la dix-huitième, tout a été fini, et Bernadette est rentrée dans la foule sans être favorisée d'aucun don particulier. Elle était le témoin du passé, mais sa mission était terminée, et c'est lorsque l'enfant s'efface que l'œuvre s affirme. Singulière hallucination que celle qui s'empare aussi brusquement de l'imagination d'une enfant, pour disparaître au bout de six semaines sans laisser aucune trace de son passage ; hallucination sans proportion avec l'imagination du sujet qui nous laisse le type idéal d'une Vierge inconnue jusqu'alors, et nous transmet des ordres qui remuent le monde entier.