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ANTHROPOLOGIE

Aujourd'hui il est acquis que toutes les religions ont été créées par les hommes.

MM. Broca, de Mortillet, Karl Voght (sic), Herbert Spencer, etc. etc., anthropologues, l'ont établi d'une façon irréfutable.

Il ne reste plus aux prêtres catholiques, protestants, israélites et autres, qu'à se renfermer dans l'enseignement de la morale ou dans l'étude de V austère religion du devoir formulée par Castelar.

Les Professeurs d'Anthropologie.

861. Paris, imprimerie P. Dubreuil, 18 et 18 bis, rue des Martyrs.

Avec des points de départ si différents, une entente ou même une discussion paraît difficile ; cependant, à côté des questions de doctrine, il y a toujours, nous l'avons dit, les faits qui s'imposent dans toute leur rigueur et n'admettent pas de divergences. Le Dr Voisin en a fait à ses dépens l'expérience cruelle. Comment se faitil que dans des questions si graves, qui touchent par tant de côtés à la dignité de l'homme, qui soulèvent de si nombreux, de si difficiles problèmes, comment se fait-il que nos éducateurs et nos guides ne veuillent les

entendre que d'un esprit distrait et d'une oreille inattentive? Nous voyons ces mêmes maîtres apporter chaque jour dans l'étude de nos sciences et dans leurs applications une précision, une méthode, une conscience admirable. Et si une lumière plus haute semble vouloir éclairer les limites du monde matériel, ils refusent de relever la tête. Ils se sont enfermés dans un cercle tracé par eux et dont on ne peut les faire sortir.

C'est ainsi que des hommes éminents, oubliant leur mission, refusent de soumettre à leur analyse des faits, des événements sur lesquels ils laissent s'engager des confusions regrettables. Mais si l'on traitait ainsi devant eux les questions médicales, avec quelle énergie ne nous rappelleraient-ils pas au respect de nos traditions et de nos procédés scientifiques. Pourquoi faut-il que ces grands esprits aient ainsi des défaillances voulues et des résistances insurmontables ?

Nous devons reconnaître pourtant qu'il s'est fait dans ces derniers temps un mouvement considérable parmi nous. Chaque année, nous voyons de plus nombreux confrères, secouant le joug de préjugés surannés, venir étudier, observer par eux-mêmes ces intéressantes questions. Aujourd'hui on ne pourrait plus impunément traiter Bernadette de folle et la placer dans un asile d'aliénés. On ne pourrait découper dans un traité de maladies mentales des phrases détachées, pour les mettre en regard de sa biographie et conclure au'elle

devait être hallucinée parce qu'elle a gardé les troupeaux et habité la campagne.

Aujourd'hui un grand souffle d'indépendance a passé sur nous. Chacun peut, en ces matières, se faire une opinion personnelle. Chacun peut soutenir et défendre ses convictions. Les aveugles de parti-pris ne sont plus de saison et ne font plus école.

Aujourd'hui, — nous l'établirons dans le cours de cette étude, — plus de deux cents médecins ayant en mains tous les éléments d'information se sont prononcés sur ces questions avec une entière indépendance et une compétence indiscutable.

L'histoire de Bernadette, sa vie, sa mission providentielle, le bruit qui s'est fait autour de son nom, tout confond, tout surprend dans ce récit merveilleux qui sort des conditions de la vie réelle.

Son exemple pourtant n'est pas sans précédent dans notre histoire.

« Il y a plus de 3 siècles, une jeune fille âgée de 16 ans, ne sachant de son propre aveu ni A ni B, occupée dès son bas âge, à coudre, à filer, à mener paître son troupeau, affirme qu'elle est envoyée de Dieu pour sauver le royaume de France. Son affirmation ne rencontre que l'incrédulité dans sa famille, le dédain parmi les hommes d'épée, la défiance chez les gens i'ôglise. Elle triomphe de tout... Étrangère à l'art de

la guerre, auquel elle n'entend rien, elle fait lever le siège d'une grande ville à des généraux expérimentés, elle fait reculer une armée toujours victorieuse jusque-là. Elle ramène enfin la victoire sous nos drapeaux.

Quelques années après, il ne restait plus un étranger sur le sol de la patrie, la France était libre, indépendante, et de cette lutte de tout un siècle il ne restait que le souvenir d'un drame gigantesque dénoué par la main d'une enfant (1). »

Gomme Jeanne d'Arc, Bernadette, à peine âgée de 14 ans, ignorante, timide, sans aucune instruction, occupée jusque-là à la garde des troupeaux, devient la messagère choisie par Dieu pour faire entendre au monde les plus graves enseignements. Elle nous convie à la pénitence, à la prière; elle proclame le dogme à peine connu del'Immaculée-Gonception. Elle soulève des élans de foi dignes des premiers âges de l'Église ; elle couvre la terre de Lourdes d'une végétation d'édifices sacrés et de maisons religieuses. Il n'y a pas un peuple dans l'univers qui ne connaisse, ne bénisse et n'implore la Vierge dont elle nous a laissé la ravissante image.

Michelet, en écrivant la vie de Jeanne d'Arc, fait une réflexion bien profonde :

Ce qui m'a le plus frappé chez cette jeune fille, c'est son rare bon sens.

(1) Discours de Mgr Turinaz, êvêque de Nafiey.

Alors que tout le monde avait perdu la tête, que le roi doutait de lui-même et de sa mission, que les généraux n'avaient plus confiance, Jeanne remit toutes choses en place ; elle rendit le courage à l'armée, l'espérance au roi et trouva pour chacun le langage qui lui convenait.

La timide enfant de Lourdes, en présence des savants et des incrédules, avait aussi des éclairs de bon sens qui réduisaient au silence tous ses contradicteurs.

Ni Jeanne, ni Bernadette ne purent s'imposer à la foi comme à l'admiration de leurs contemporains.

Les simples se rendirent vite; ces surprenantes apparitions leur semblaient venues du ciel; tant de pureté unie à tant de simplicité les subjuguait. Mais les grands personnages, les docteurs se tenaient sur la réserve, les théologiens eux-mêmes délibérèrent longtemps.

Pour expliquer leurs deux vies on aura beau multiplier les hypothèses, il y aura toujours du merveilleux dans leur histoire.

Le curé de Domrémy, cité en témoignage dans le procès de révision, disait en parlant de Jeanne : « Je ne connus jamais sa pareille. »

L'abbé Peyramale, curé de Lourdes, a dépensé toutes les énergies de sa vie, toute la puissance de son âme, à défendre et à protéger son humble bergère.

Voilà donc deux bergères qui jouent un rôle bien

surprenant dans notre histoire. L'une délivre la France et termine la guerre de cent ans ; l'autre, au milieu d'une société qui semble vouloir retourner au paganisme, qui nie le Christ et ses Apôtres, qui depuis un siècle divinise la raison, l'autre, disons-nous, fait fléchir le genou à tout un monde et semble mettre le ciel en communication directe avec la terre.

Jeanne meurt sur le bûcher, méconnue, trahie, mais après plus de trois siècles sa mémoire excite parmi nous un enthousiasme général et tout un peuple se retourne vers elle : son nom devient un cri d'espérance, et le souvenir de cette gloire nationale se réveille à la fois dans tous les esprits.

Bernadette a connu l'épreuve : les murmures de la contradiction, les sarcasmes de l'impiété sont arrivés jusqu'à elle, mais l'outrage ne l'a pas abattue. La science l'a combattue par tous les moyens, on a déclaré qu'elle était menteuse, folle, hallucinée, mais les médecins qui l'ont connue ont proclamé sa sagesse et sa raison; ils ont rendu un public hommage à toutes ses qualités : modestie, simplicité, désintéressement. De son vivant elle a vu ses prédictions réalisées, comme des ordres venus du ciel. Elle a vu les foules se presser sur les bords du Gave, et les guérisons les plus éclatantes nous ont donné la preuve de sa mission surnaturelle. C'est une page bien surprenante pour notre âge que celle qui s'écrit depuis plus de trente ans à Lourdes !

Il faut remonter jusqu'à l'histoire du peuple de Dieu pour trouver des pages comparables à celle-là.

Jeanne d'Arc, Bernadette nous rappellent les grandes figures des femmes de la Bible : messagères choisies par Dieu pour manifester plus ouvertement sa puissance, pour converser plus familièrement avec nous, pour nous transmettre ses ordres ou ses enseignements :

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