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CHAPITRE III

Trois grandes divisions : 1° les tumeurs et les plaies. — Mlle Montagnonjiydropique : le Dr Chétail. — Pierre de Rudder, jambe cassée, instantanément soudée après 8 ans. — Marie Marcellin, tumeur volumineuse : le Dr Audibert. — 2° : les maladies organiques. — Mlle Coupel phtisique et le professeur Regnault, de Rennes. — Mlle de Laverrie et le Dr Jouon, de Nantes. — 3° troubles fonctionnels et maladies nerveuses.

— Chouat, paralysie. — Mlle Moreau et le Dr Petit, amaurose.

— James Tonbridge, mal de Pott. — Marie Souchet, ulcère de l'estomac.

Vergez avait choisi sept cas de guérisons qui lui semblaient encore bien caractériser, dans leur ensemble, les faits d'ordres divers que l'on observe à Lourdes.

A chaque page, dans les Annales, nous rencontrons des faits plus surprenants peut-être que ceux relevés par Vergez.

Au milieu des plaies, des tumeurs, de toutes les lésions matérielles, nous constatons des résultats qui échappent à toute interprétation scientilique. Ils sont non seulement supérieurs aux forces naturelles^ mais contraires à toutes les lois connues. Leur caractère surnaturel s'impose. Pour les interpréter il n'est besoin ni d'études préalables ni de connaissances spéciales ; ils

frappent les foules d'étonnement, et donnent à l'histoire de Lourdes le caractère le plus merveilleux.

Le Dr Chétail, de Saint-Étienne, soigne depuis 12 ans une jeune hydropique, M1Ie Montagnon. Il a pratiqué 11 ou 12 ponctions et retiré chaque fois 22 litres d'eau; efforts inutiles, le ventre se distend de nouveau après chaque ponction.

La jeune fille commence une neuvaine, met une compresse d'eau de Lourdes, s'endort presqu'aussitôt, et se réveille guérie. Son ventre, tout à l'heure si volumineux, si tendu, est absolument vide. Cependant il n'y a pas d'eau dans son lit, sur le plancher, et personne ne s'est aperçu de rien.

Qui me dira, écrit le Dr Chétail, où est passé, sans laisser aucune trace, ce volume considérable d'eau ? Et ce ventre et ces côtes qui reprennent leur place ; cet estomac refoulé qui retrouve sa position, ces douleurs terribles instantanément arrêtées, et tout cela pendant une nuit et un sommeil bienfaisant?

Je ne crois pas qu'il soit possible de rencontrer une guérison plus étonnante, plus en désaccord avec toutes les lois connues que celle de Pierre de Rudder, ouvrier belge. De Rudder a eu la jambe cassée il y a huit ans par la chute d'un arbre, et depuis huit ans il n'y a pas de soudure, la jambe dans son milieu est mobile dans tous les sens. Au fond d'une vaste plaie en suppuration, on

aperçoit les deux fragments de l'os cassé distants de trois centimètres.

Après quelques minutes de saisissement et de prières, Pierre se relève seul et suit les exercices du pèlerinage.

Sa jambe est guérie, les parties disjointes sont soudées, les plaies ont disparu. Un large sillon indique seul la place de la fracture. Ce fait mérite plus qu'une simple mention, nous le reprendrons pour lui donner le développement qu'il comporte.

Le Dr Audibert, chef de clinique des hôpitaux de Marseille, se trouve à Lourdes, en 1886, à l'arrivée de Marie Marcellin, qui vient demander la guérison d'une énorme tumeur ovarique.

Il nous décrit avec soin le volume, le siège de cette tumeur, et, quelques instants après, tout disparaît, tout s'efface. G'est sous ses yeux que la guérison s'opère, et il ne reste aucune trace de toutes les lésions qu'il vient de constater.

Ah! l'esprit a de la peine à se faire à la réalité de pareils récits, je comprends que les hommes qui, dans le cours ordinaire de leurs études cherchent à trouver la cause et l'enchaînement de tous les faits, ne puissent accepter sans transition le bouleversement de toute loi. Pour détruire ainsi des convictions arrêtées, il faut plus que le récit décoloré, incomplet

d'une guérison, récit transmis souvent par la bouche ou par la plume d'un homme incompétent : il faut voir par soi-même, étudier sérieusement, appliquer toutes les puissances de son raisonnement à l'analyse de ces observations.

Il est bien rare que l'on procède ainsi. Le Dr Talamon était le voisin, l'ami de la veuve Rizan; il devait connaître tous les détails de sa maladie, de sa guérison. Lorsque M. Lasserre se présente chez lui pour lui demander ses impressions :

« Il y a longtemps, dit le docteur, que cela s'est passé ; ma mémoire ne se souvient que d'une manière fort vague de ce dont vous me parlez, et puis je suis un vieux médecin. Je sais que les lois de la nature ne sont jamais bouleversées. Pour vous parler franchement, je ne crois pas à tous ces miracles.

— Mais enfin, lui dit M. Lasserre, la médecine est une science expérimentale, l'expérience est sa loi, et vous avez manqué à cette loi fondamentale qui vous ordonne d'affronter l'étude des faits pour en tirer des enseignements. Si vous étiez absolument convaincu de l'erreur commise et de la fausse interprétation que l'on donnait de la guérison de la veuve Rizan, pourquoi refuser d'en faire la preuve et de convaincre ainsi d'imposture un miracle qui mettait tout le pays en émoi?

— Je n'y avais pas songé, répondit le Dr Talamon,

mais peut-être, en me plaçant au point de vue que vous exprimez, eussé-je mieux fait d'examiner. »

Aveu tardif, que la plupart des médecins ne consentent même pas à faire, et qui nous montre avecquelle indifférence on reste d'ordinaire le témoin de ces guérisons soudaines et inexplicables.

Dans le second groupe, nous avons les maladies internes, les affections organiques.

Là les guérisons demandent une étude préalable, la connaissance approfondie du sujet; les médecins seuls peuvent nous renseigner avec certitude, et le temps doit confirmer les premiers résultats acquis.

Il n'y a pas ces changements à vue que l'on observe avec des plaies qui se ferment en un instant, des tumeurs qui disparaissent dans la piscine, des paralytiques qui se redressent, abandonnant leurs béquilles et marchant d'un pas assuré.

Cependant, lorsqu'un poitrinaire, consumé par la fièvre, arrive se soutenant à peine, ne pouvant supporter aucune nourriture; avec ces yeux caves, cette face amaigrie, cet aspect si caractéristique, et que dans ces conditions, il a le courage de se plonger dans l'eau glacée, on ne peut le suivre sans un étonnement mêlé d'effroi. Les médecins de Lourdes cherchent toujours à le détourner d'une tentative imprudente ; mais pourtant, s'il sort de la piscine transformé, avec des forces

et une énergie depuis longtemps perdue, si une vie nouvelle semble circuler en lui, n'est-ce pas une résurrection surprenante et bien capable de frapper d'étonnement tous les témoins de sa guérison? Et qu'on ne croie pas que ce tableau que nous traçons ici soit fail à plaisir. Il est pris sur nature et copié sur le vif. Ecoutez le Dr Régnault, professeur à l'école de Rennes, et le Dp Jouon, professeur à Nantes. Ce sont des maîtres autorisés, et personne ne peut suspecter leur témoignage.

« Mlle Coupel, nous dit le Dr Régnault, gardait le lit depuis trois ans ; elle avait des tubercules au sommet des deux poumons ; elle était arrivée au dernier degré de la faiblesse et de l'épuisement. Le lendemain de son pèlerinage à Lourdes, on put s'assurer, par un examen attentif de la poitrine, que tout état maladif avait disparu. »

M1Ie Emilie le Maignan de Laverrie a une pleurésie très grave ; des douleurs rhumatismales paralysent ses jambes, le cœur est très atteint; elle arrive à Lourdes dans le plus triste état; elle se plonge deux fois dans la piscine. Au point de vue médical, un bain froid avec une pleurésie, une maladie du cœur, des douleurs rhumatismales, c'était une folie. La guérison est instantanée, complète. « Cette guérison, dit le Dr Jouon, est une grâce insigne que la Sainte Vierge obtient quelquefois pour ses serviteurs dévoués, et, à ce titre, cette jeune fille était bien désignée pour une telle faveur. »

L'année dernière, je rencontrais pendant le pèlerinage national M. le Maignan de Laverrie, le père de l'heureuse miraculée. Après m'avoir rappelé dans ses principaux traits tous les détails de cette magnifique guérison, il me disait : Ma fille est aujourd'hui mariée, mère de famille; sa santé parfaitement affermie ne nous a jamais causé d'inquiétude. Dix ans se sont écoulés depuis cette époque, et le temps a donné sa consécration à un fait si remarquable sous tous les rapports.

Nous ne pouvons voir dans ce résultat, une amélioration momentanée, une coïncidence fortuite, une surprise faite à l'économie ; c'est une guérison définitive et complète, produite par un bain froid, contrairement à toutes les règles, à tous les principes admis.

Le troisième groupe est celui qui a servi de plateforme à toutes les objections, à toutes les critiques.

L'on ne cesse de dire et de répéter que les maladies nerveuses sont les seules dont la guérison a été obtenue à Lourdes, et que ces maladies sont également et facilement curables par les moyens dont la médecine dispose. C'est une double erreur.

Dans le groupe des affections nerveuses, on confond les lésions organiques les plus graves et les mieux constatées, et l'on suppose qu'il suffit d'un mot, d'un geste, d'un ordre, pour effacer toutes les manifestations de ce

genre. Gomment se fait-il alors que les malheureuses victimes de cette cruelle névrose passent la plus grande partie de leur vie dans les hôpitaux? comment se faitil alors que les soins persévérants des maîtres les plus habiles ne puissent apporter un soulagement à leurs souffrances ? Les médecins ne sont pas dupes de ces théories et ils savent parfaitement qu'il faut faire un triage, une étude séparée, de tous les cas qui se présentent, pour leur conserver leur véritable caractère ; ils savent que les maladies nerveuses forment un groupe bien complexe, composé d'éléments divers, et que ces maladies sont souvent des plus rebelles, des plus difficiles à guérir.

Mais le public, qui généralise volontiers et conclut vite, admet cette thèse en son entier, comme chose démontrée et consacrée par la science. Il n'admet ni discussion, ni examen.

Parmi les exemples de guérisons miraculeuses citées par Vergez, deux ont été particulièrement critiquées, celles de Catherine Ghouat et de Mlle Moreau.

Catherine Ghouat avait les doigts rétractés dans la main, et une si grande faiblesse qu'elle ne pouvait se livrer aux soins de son ménage. Cette raideur et cette faiblesse dataient de deux ans et étaient consécutives à une luxation. Elle plonge la main dans l'eau, et aussitôt ses doigts s'ouvrent, elle retrouve dans son bras la souplesse et la force perdues.

Mlle Moreau, âgée de 16 ans, fut atteinte, en janvier 1858, d'une amaurose. L'un des deux yeux paraissait tout à fait perdu; l'autre était très malade. Toutes les médications avaient échoué, et le Dr Bermont, oculiste distingué de Bordeaux, avait vainement essayé tous les traitements usités en pareil cas.

La jeune fille commence une neuvaine le 8 novembre, met une compresse imbibée d'eau de Lourdes sur ses yeux : le lendemain, à son réveil, la guérison était complète et la vision absolument normale. Ainsi l'objection est nettement formulée et pour lui conserver toute sa force, nous avons copié, dans l'ouvrage même de Bernheim, ces deux observations avec les termes mêmes dans lesquels elles sont reproduites.

Ces deux exemples nous montrent des troubles fonctionnels ou nerveux effacés en un instant par des applications d'eau de Lourdes, comme ils pourraient l'être par une impression très forte, par l'hypnotisme et la Suggestion.

Ces exemples peuvent-ils infirmer la démonstration que nous poursuivons et ne contiennent-ils pas un enseignement utile à dégager ?

C'est ce que nous allons étudier.

Pour infirmer notre thèse, pour détruire les bases sur lesquelles repose notre appréciation, il faudrait que tous les faits fussent calqués sur ce modèle.

Nous avons démontré le contraire.

Est-il bien certain que ces accidents pouvaient et devaient disparaître comme un trouble nerveux, superficiel ? Est-il même bien certain qu'il n'y avait là que de purs accidents hystériques sans aucun mélange de lésions, d'altérations matérielles ?

La paralysie de la veuve Ghouat était consécutive à une luxation de l'épaule ; elle datait de deux ans ; il y avait atrophie musculaire, et dans ces conditions, nous n'avons pas trop de tous nos moyens d'action, électricité, massages, douches, pour effacer ces paralysies traumatiques.

Mlle Moreau pouvait avoir une amaurose nerveuse, mais pour l'affirmer, il ne suffit pas d'une hypothèse, il faut juger d'après les éléments d'appréciation que nous possédons. Son médecin, le Dr Bermont, de Bordeaux, oculiste distingué, ne l'avait pas jugé ainsi, et nous voudrions, à 20 ans de distance, réformer le jugement de notre confrère; refaire l'histoire clinique de cette malade et la présenter sous un jour favorable à nos préoccupations et à nos doctrines. Tout cela nous paraît singulièrement téméraire.

Nous pouvons tout au plus raisonner par analogie et en raisonnant ainsi, nous disons que les symptômes observés chez Mlle Moreau pouvaient être sous la dépendance d'une lésion de la rétine.

Dans des conditions semblables, comme tempérament, comme âge et symptôme, le fils du Dr Petit,

professeur à Rennes, avait une maladie du fond de l'œil, une lésion du nerf optique avec transparence troublée, teinte diffuse bien constatée par Giraud- Teulon dont le nom fait autorité en ces matières.

Le Dr Giraud-Teulon avait dit au père de l'enfant : « Je n'ai jamais vu qu'on se remît bien vite de l'injection du tissu connectif des papilles optiques et je ne suis pas tranquille tant qu'elle se maintient. » Voilà une donnée bien précise, bien catégorique et cependant l'enfant porte sur ses yeux son mouchoir mouillé d'eau de Lourdes, et tout d'un coup, subitement, tout cesse, et les lésions et les troubles fonctionnels ! La vision redevient parfaite et l'enfant lit sans fatigue, sans effort, les caractères les plus fins, à la distance voulue. Il a pu reprendre et continuer ses études et il n'a jamais souffert d'aucune fatigue de la vue.

Si nous n'avions pas ici les affirmations si nettes du Dr Giraud-Teulon ; si le malade n'était pas le fils d'un médecin, qui a pu suivre jour par jour la marche de cette affection, en interpréter la nature et le point de départ; sans hésiter, on classerait cette observation dans le groupe des maladies nerveuses et on la jugerait indigne de retenir un instant l'attention.

A notre tour ne pourrions-nous pas dire avec quelque raison que, puisque chez le fils du Dr Petit et chez Mlle Moreau les symptômes sont identiques, les lésions peuvent l'être aussi?

N'est-il pas téméraire de se prononcer sans examen, de condamner à distance l'opinion d'un confrère mieux placé que nous pour donner à un fait sa véritable signification.

Pour nous, nous écartons impitoyablement tous les exemples douteux, ou susceptibles de recevoir par quelque côté une explication scientifique.

Nous préférons passer sous silence cent observations importantes, plutôt que d'en admettre une sans un fondement suffisant; qu'il n'y ait pas d'erreurs commises— je me garderai bien de le dire, je mettrai même quelque complaisance à les signaler quand elles se présenteront devant moi. Le médecin peut se tromper, et il se trompe souvent, malgré les meilleures intentions et avec toutes les précautions prises.

Mais le médecin n'est pas seul à se faire l'historien et le juge de ces événements. Les foules jugent aussi; et dans les foules il y a des hommes de toutes conditions, des chrétiens convaincus et des incrédules obstinés, chacun colore son récit de lueurs personnelles, présente les faits sous la forme la plus favorable à sa doctrine, laissant telle partie dans l'ombre et mettant en relief tout ce qui vient à l'appui de sa thèse. Pour éviter ces confusions, il faut remonter aux sources et s'appuyer sur le témoignage des hommes compétents.

On considère aussi les paralysies comme des troubles

fonctionnels, accidents transitoires de leur nature, et ne pouvant servir de preuves pour établir l'incurabilité d'une maladie. Et cependant il nous semble bien difficile d'interpréter suivant les lois naturelles l'observation suivante. — Le Dr Payan, d'Aix, membre correspondant de l'Académie de médecine, nous dit que Mlle Vachier, atteinte d'une paralysie des membres inférieurs, garde le lit depuis 17 ans. Elle a des eschares, des plaies profondes, une paralysie des sphincters avec toutes les infirmités qui en résultent ; et voilà qu'au sortir de la piscine, ses membres retrouvent le mouvement et la vie, ses plaies sont cicatricées, toutes ses fonctions sont rétablies dans des conditions normales.

Le Dr Thorens, protestant, médecin du bureau de bienfaisance; son collègue, Mac Greven, également protestant, nous racontent que leur client James Tonbridge est aussi paralysé des jambes. On le porte à Lourdes sur un brancard ; il a un mal de Pott avec des abcès, des plaies étendues, sa poitrine est profondément atteinte et une toux incessante indique l'usure organique qui s'est faite chez lui.

On le plonge mourant dans la piscine et il se relève, s'habille seul. — Il était arrivé couché dans un wagon et il repart portant son sac et sa couverture et marchant d'un pas ferme et décidé.

Pouvons-nous ne pas accorder une mention à toutes ces affections de l'estomac qui se présentent en si grand

nombre et dont la guérison subite a parfois le caractère d'une véritable résurrection?

Mlle Marie Souchet arrrive de Gochin (août. 85). Elle est atteinte depuis six ans d'une gastrite chronique à forme ulcéreuse ; elle a des vomissements de sang noir. Depuis deux ans, elle n'a pas quitté son lit et, pendant le trajet de Paris à Lourdes, elle est mourante.

En sortant de la piscine son appétit est revenu, ses forces se sont retrouvées. Toute la journée, elle suit les processions sans fatigue.

Elle est arrivée, réduite à cet état de maigreur extrême, conséquence d'une inanition prolongée et, au moment de son départ, deux jours après, elle paraît revenue à un degré normal d'embonpoint. Les médecins, les personnes qui l'accompagnent sont unanimes dans l'appréciation de ce fait. La nature ne procède jamais ainsi, ne répare pas en un jour les désordres produits par dix ou vingt ans de maladie et de souffrance.

Nous avons terminé l'étude des premières guérisons opérées sous les yeux des Drs Dozous et Vergez; ces guérisons ont souvent servi de thème à toutes les polémiques, à toutes les discussions, mais elles ont reçu la consécration du temps; elles appartiennent désormais à l'histoire. Ce n'est plus autour d'elles que s'agitent les opinions opposées.

On ne les discute plus au point de vue du fait, de ses

nuances, de ses détails. La plupart des malades, les principaux témoins ont disparu de la scène. On les juge par analogie, en les comparant aux observations récentes, en leur appliquant les théories et les doctrines que des courants nouveaux font surgir chaque jour autour de nous. i

Les faits qui vont suivre présentent plus d'intérêt. Nous allons retrouver les noms de médecins bien connus, de collègues qui furent nos condisciples, qui sont restés nos amis, ou devenus nos maîtres.

Nous retrouverons peut-être l'histoire de malades que nous avons soignés, et dont nous connaissons déjà l'observation dans ses principaux traits. Sous le contrôle d'hommes autorisés, avec des indications précises et nettes, nous allons pouvoir étudier, discuter tous ces faits, les soumettre à une critique rigoureuse et scientifique. Nous allons, j'en ai la confiance, pouvoir faire la lumière dans une question trop longtemps obscurcie à dessein, et autour de laquelle les malentendus sont accumulés.

Nous ne reproduirons pas ici toutes les observations dont les Annales nous ont conservé le récit. Nous ne pouvons que résumer les faits les plus importants, mettre sous les yeux des lecteurs les certificats des médecins qui n'ont pas craint de mêler leur nom à ces études, et de faire connaître sans réserve leurs opinions,

Nous ne pouvons faire qu'une analyse sommaire des

principales guérisons ; mais ce travail, fait par un médecin, peut offrir des garanties plus grandes. La lecture sera peut-être moins attrayante, le récit plus aride ; mais on reconnaîtra plus aisément dans ces guérisons le point de départ et l'empreinte d'une action surnaturelle.

Depuis longtemps, on demande de tous côtés une enquête sérieuse; c'est le vœu formellement exprimé à diverses reprises par notre Saint-Père le Pape Léon XIII. Nos adversaires nous reprochent à tort d'abandonner la solution de ces questions à l'enthousiasme des foules.

Vergez a consacré sa vie à l'étude de ces grands enseignements. A Lourdes, le Dr de Saint-Maclou, véritable bénédictin par la science et le travail, continue l'œuvre de son prédécesseur.

Des professeurs, des élèves de nos Facultés libres, des médecins catholiques de tous pays descendent dans l'arène. Nous ne faisons que marcher sur leur trace, et tous nos efforts réunis arriveront certainement à consacrer l'alliance de la science et de la religion.

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