‹ LourdesChapitre 17 sur 57 · VARICES ULCÉRÉES GUÉRIES INSTANTANÉMENT PAR · texte numérisé non relu

VARICES ULCÉRÉES GUÉRIES INSTANTANÉMENT PAR

l'application de l'eau DE LOURDES

Le fait que nous résumons ici est un des plus importants dont les Annales aient conservé le récit. Il est attesté par les trois médecins de Lavaur, les Drs Ségur, Rossignol, Bernet. Il est du reste d'une constatation assez facile pour que tout témoin puisse s'en porter garant.

Le Dr Bernet examine pour la première fois Macary (François), de Lavaur, en 1852. A la partie interne du genou et de la jambe gauche, se trouve un ulcère variqueux profond, avec engorgement considérable des tissus. Les veines dilatées le sont en outre en si grand nombre et à un si haut degré, que tous les moyens chirurgicaux sont contre-indiqués.

Dix-huit ans plus tard, le même docteur constate que le mauvais état de la jambe a beaucoup empiré. Il conseille un repos prolongé et absolu au lit.

Le 15 août 1871, le Dr Bernet trouve l'ulcère parfaitement cicatrisé. Il n'y a pas l'ombre d'un engorgement; les paquets variqueux ont entièrement disparu. À leur place on ne sent que des cordons petits, durs, vides de sang, roulant sous les doigts. La veine saphène a retrouvé sa direction et son volume normal. — Le certificat du Dp Bernet est assez important pour être reproduit dans son texte.

Macary (François), âgé de soixante ans, menuisier à Lavaur, membre de la Société de Saint-Louis, nous consulta, il y a environ vingt ans, pour des varices qui occupaient le creux poplité et la partie interne du genou et de la jambe gauches. — On observait alors vers le tiers inférieur de ce membre un ulcère variqueux à bords calleux, avec engorgement considérable et douloureux des tissus. Il existait en outre, en dehors et en dedans de la partie supérieure du mollet, deux larges et anciennes cicatrices qui n'avaient rien de commun avec l'affection qui nous occupe et qui étaient le résultat d'un coup de feu reçu par le malade, vingt ans auparavant. Les veines dilatées l'étaient en si grand nombre et à un si haut degré, que, pour nous, les moyens chirurgicaux que l'on oppose à cette maladie étaient formellement contre-indiqués.

Macary nous parut donc voué à une infirmité perpétuelle ; et nous ne conseillâmes que les moyens palliatifs, que, du reste, avaient déjà conseillés plusieurs de nos confrères.

Dix-huit ans plus tard, il y a deux ans, Macary se représenta à notre consultation. Le mauvais état de sa jambe avait beaucoup empiré. — Nous lui confirmâmes notre premier pronostic, et lui déclarâmes qu'il était urgent, pour amener l'ulcère à la cicatrisation, de se soumettre,

comme unique moyen, au repos absolu et prolongé au lit, et à l'application de pansements me'thodiques.

Aujourd'hui 15 août 1871, Macary se pre'sente pour la troisième fois. — L'ulcère est parfaitement cicatrise'. — Aucun appareil ne comprime la jambe, et pourtant il n'existe pas l'ombre d'un engorgement. — Ce qui nous frappe surtout, c'est que les paquets variqueux- ont entièrement disparu; qu'à leur place la palpation fait percevoir des cordons petits, durs, vides de sang et roulant sous les doigts. La veine saphène interne a sa direction et son volume normal. — L'examen le plus attentif ne fait découvrir aucune trace d'opération chirurgicale.

Nous concluons que la science est impuissante à expliquer ce fait. Les auteurs sont tous d'accord sur ces points que les varices abandonnées à elles-mêmes sont incurables; qu'elles ne guérissent pas par les moyens palliatifs, et encore moins spontanément; qu'elles vont sans cesse en s'aggravant; et qu'enfin on ne peut espérer la cure radicale, en faisant courir de graves dangers aux malades, que par l'application de procédés chirurgicaux. — Ainsi, le fait affirmé par Macary ne serait pas prouvé par des témoignages authentiques pris en dehors de lui, qu'il n'en resterait pas moins pour nous un fait des plus extraordinaires, et, tranchons le mot, un fait surnaturel.

En foi de quoi nous signons le contenu du présent rapport.

A Lavaur, ce 15 août 1831.

Bernet, docteur-médecin de la Faculté de Paris.

Cette cure radicale s'est produite dans l'espace d'une nuit, sous la seule influence de l'application de compresses imbibées d'eau de Lourdes. Écoutons le malade raconter lui-même sa guérison:

« Quand j'eus entre les mains cette eau bénie, je ms

hâtai de me traîner à ma chambre. Là je me mets à genoux et je fais à la Vierge une prière courte, mais fervente. J'ôte mes guêtres, mes bandages. Versant l'eau dans le creux de la main, j'en lave mes deux jambes, je bois l'eau qui reste dans le flacon, je me mets au lit, et je m'endors.

» Vers minuit, je me réveille; je ne sens plus aux jambes aucune douleur; je les touche de mes deux mains, les varices avaient disparu.

» Ma femme était dans une pièce voisine communiquant par une porte. — Femme, lui criai-je, je suis guéri. — Tu deviens fou; allons, dors...

» Un sommeil, comme je n'en avais pas goûté depuis longtemps, s'empara de moi.

» Le lendemain, à mon réveil, je m'empresse de regarder mes jambes ; varices, ulcères, tout avait disparu; la peau était plus lisse que celle de mes deux mains, comme vous les voyez tout à l'heure. »

Tout surprend également dans cette observation ; la guérison de varices absolument incurables, par les moyens ordinaires, et que l'on ne peut attaquer par les procédés chirurgicaux, sans faire courir au malade les plus grands dangers ; l'aspect et la direction de la veine saphène entièrement retrouvés, de cette veine qui, pendant vingt ans, a baigné dans le pus et dont on ne rencontre jamais les traces dans ces conditions» Les trois médecins sont unanimes pour déclarer que les

annales de la science ne mentionnent aucun cas de guérison semblable. Le DrBernet ajoute que ce fait est véritablement un fait surnaturel. Qui pourrait d'ailleurs contester ou interpréter une cure pareille? — Personne, assurément.

— Je me trompe. — Je lis dans l'examen médical du Dr Diday : « Cet autre est guéri de varices de la jambe ; mais à la place qu'occupaient les veines dilatées, il reste de petits cordons durs, solides. C'est donc par le mécanisme régulier, chirurgical, usité dans l'oblitération des veines que la Sainte Vierge a agi; la main a été divine, je l'accorde, mais le vestige est tout humain. » — J'en demande pardon à mon confrère, mais le procédé chirurgical dont il parle n'est ni régulier, ni usité. J'ai des varices et je n'y laisserais pas toucher par ce joli procédé; dans ma carrière déjà longue, je ne me suis jamais permis pareille tentative sur mes clients.

Pour obtenir l'oblitération des veines, il faut provoquer une phlébite, affection des plus graves, qui peut être mortelle, qui s'accompagne d'inflammations profondes, douloureuses. Mais, en vérité, je ne vois rien de commun entre une guérison qui s'opère dans quelques instants, pendant un sommeil bienfaisant, et un traitement qui durera des semaines ou des mois, et nécessitera l'intervention d'un chirurgien entreprenant. Lorsqu'il s'agit d'une affection matérielle, visible, qui tombe sous les sens, les objections que l'on élève se

retournent contre leurs auteurs quand elles ne sont pas fondées, et accusent plus de parti-pris que de sincérité. M. Diday a eu tort d'attaquer pareil sujet et de traiter d'une main si légère les certificats de ses trois collègues. Ce sont, en effet, ces derniers qui ont bien raison de dire que l'on ne peut guérir les varices qu'en faisant courir au malade les plus graves dangers et, par l'application des procédés chirurgicaux les plus délicats et les moins usités.

Les médecins, dans ces derniers temps, ont contesté toutes les guérisons de paralysies relevées à Lourdes, les classant indistinctement dans le groupe des paralysies nerveuses. Il serait difficile de ranger sous ce chef la guérison de M. Hanquet, survenue le 27 novembre 1890.

Les docteurs Termonia et Daveux reconnaissent formellement que leur client était atteint d'un ramollissement de la moelle épinière ; ils en trouvent la preuve dans la paralysie complète de la sensibilité et du mouvement, dans un dépérissement progressif qui allait jusqu'au marasme, dans cet ensemble de symptômes qui indiquaient clairement qu'il ne s'agissait pas d'un trouble fonctionnel, mais d'une lésion organique qui avait son retentissement sur l'économie entière. Dans ces conditions, la guérison qui suivit les lotions faites avec l'eau de Lourdes, s'est opérée dans l'espace d'une

minute et demie. Et chose bien importante à noter, non seulement la paralysie a disparu, mais il n'y a pas eu de convalescence; et le malade a passé sans transition d'un état de marasme à une santé parfaite. Bien plus, la peau qui était rouge, érysipélateuse au niveau du siège, a retrouvé instantanément son aspect normal.

Un pareil fait ne se discute pas. On peut le rejeter, mais l'expliquer d'une façon naturelle, c'est impossible. Pour le rejeter, il faudrait admettre que les huit ou dix médecins qui ont soigné le malade ont menti sciemment et d'un commun accord, que les certificats qui accompagnent cette relation sont absolument faux, que tous les témoignages qui viennent à l'appui de ce fait ont été fournis par de faux témoins. Où serait le mobile et le but poursuivis? Aurait-on jamais vu aussi parfaite entente pour commettre une mauvaise action?

Laissons de côté ces hypothèses ridicules. Concluons avec les D" Termonia et Davreux :

« C'est un fait inouï dans l'histoire des maladies de la moelle; Hanquet était perdu, sans ressources, et n'a dû sa guérison qu'à l'eau de Lourdes, employée à la fois en boisson et en frictions. »

Dans les quatre premiers volumes des Annales, nous trouvons le récit d'un grand nombre de guérisons qui pourraient prendre place à côté des faits que nous venons de citer. Mais nous ne voulons pas recommencer

un travail déjà fait. Nous avons lu les certificats et relevé les noms d'une vingtaine de médecins bien connus. Parmi eux, trois anciens internes de Paris, un agrégé de Montpellier, un professeur de Rennes, un médecin important de la marine.

Ce n'est pas sans émotion que j'ai lu une lettre du Dr Béraud, mon ancien camarade d'internat, enlevé bien jeune à la science et à ses amis. Il écrit d'Amélie-îes-Bains : « J'avais depuis dix-sept jours, une hémoptisie épouvantable ; depuis le commencement d'une neuvaine à Notre-Dame de Lourdes, je n'ai plus craché de sang. » Le Dr Béraud n'était certainement pas guéri. Mais un rayon bien doux était venu ensoleiller sa vie et lui permettre de reprendre force et courage dans le cours de sa cruelle maladie. De pareils exemples ne sont pas rares dans les Annales de Lourdes. Ils sortent évidemment du cadre de nos études, mais ils n'en méritent pas moins une mention spéciale.

D'ailleurs ce n'est pas le scalpel de l'anatomiste ou la science du médecin qui pourra découvrir, interpréter tout ce qu'il y a de consolation et d'espérance au pied de cette Grotte. Que d'âmes blessées trouvent là un baume salutaire qui cicatrise leurs plaies !

En relisant les Annales de 1870 et 1871, j'ai parcourt l'histoire de ces terribles mois, j'ai senti battre 1( cœur de la France chrétienne, j'ai retrouvé l'écho des plus généreux sentiments

Un officier de turcos écrit du champ de bataille : « J'ai pris part au combat de Wissembourg, à celui de Reischoffen, puis à l'affreuse bataille de Sedan. Des soixante-cinq officiers de mon régiment, il en reste six. C'est un vrai miracle que j'aie échappé à la mort. Nous étions dans un bas-fond, les balles tombaient sur nous comme la grêle, et les éclats d'obus pleuvaient; je ne saurais assez proclamer la toute-puissance, la bonté de Notre-Dame de Lourdes qui m'a protégé, m'a sauvé. »

Un cuirassier de Reischoffen écrit aussi : « Je suis encore en vie, remerciez-en le bon Dieu. Notre régiment est massacré ou prisonnier. Notre escadron était de 130 hommes, nous nous retrouvons 13. J'ai eu deux chevaux tués sous moi. Mon portefeuille a été traversé par une balle qui s'est arrêtée devant l'image de Notre- Dame de Lourdes. Remettez le portefeuille à la chapelle et demandez une messe pour remercier la bonne Vierge. »

Un commandant d'infanterie envoie sa croix d'honneur, gagnée sur le champ de bataille, et demande qu'on l'attache au-dessous de la statue de la Vierge, en reconnaissance des grâces qu'il a reçues.

Au début de la guerre, on voit des soldats venir séparément ou par groupes, s'agenouiller devant la Grotte, demander la force, le courage qui doit les soutenir au plus fort du danger.

C'est au sortir d'une retraite à la Grotte que le comte

Henri de Verthamon s'arrache des bras de sa mère, de sa femme, de ses deux enfants, et court s'enrôler sous le drapeau des zouaves pontificaux. Dans son testament il met le repos de son âme sous les suffrages de Notre- Dame de Lourdes et se dévoue pour la patrie avec la même joie qu'il s'était dévoué pour l'Église. Le général de Sonis nous a laissé entrevoir que l'Immaculée Conception de la Grotte vint ravir les yeux de son âme pendant ses longues et mortelles heures de la nuit du 2 décembre, alors qu'il gisait sur le champ de bataille, la cuisse fracassée, perdant tout son sang, couvert de neige comme d'un linceul glacé, au milieu des gémissements et du râle des blessés, des mourants.

Ces exemples nous montrent une fois de plus d'où coule la source des grandes abnégations, et quels Français peut produire la foi catholique et l'amour de la Vierge Immaculée. Vainement, en parcourant ces pages, j'ai voulu me renfermer dans mon rôle de médecin et distraire mon esprit de toute pensée étrangère ; je n'ai pu retenir un cri d'admiration en voyant la sève puissante qui déborde encore dans notre pays et qui vient par mille canaux se déverser à Lourdes. Mais qui donc a osé dire « qu'il fallait neutraliser les influences qui, s'irradiant des centres de pèlerinage, arrêtent l'essor des esprits libres, que de tous les miracles on ne peut espérer un effet moralisateur et que l'intelligence humaine, dans un avenir prochain, placera son bonheur

exclusivement dans les conquêtes de la raison? » Ce n'est certainement pas un soldat sur un champ de bataille. Ce culte de la raison eût été pour lui, à Reischoffen ou dans la nuit de Patay, un bien mince et bien inutile bagage.

Hélas l c'est encore un médecin (Diday, examen médical, page 82) Diday, qui nous demande, pour admettre les guérisons ou les miracles de Lourdes, une preuve choisie par lui et qui s'impose par l'évidence des résultats. Si vous avez, dit-il, hérité du pouvoir qui toucha Constantin, qui fléchit Attila, il est temps d'en faire œuvre.

La France est mutilée, rendez-lui ses provinces perdues.

Je ne sais s'il est permis de traiter pareil sujet d'une plume légère; mais je sais que ceux qui résoudront cette question auront placé plus haut leurs ambitions et leurs pensées. Le culte de la raison ne sera pas leur plus ferme appui.

Je sais que nos meilleurs soldats auront retrempe leur âme sous le souffle des inspirations chrétiennes. Dans cet échange continuel qui se fait à Lourdes entre les prières de la terre et les grâces du ciel; dans ce regard de miséricorde que la Vierge semble abaisser de préférence sur la France, je trouve le secret de notre force et de nos espérances, le gage assuré du relèvement de mon pays.

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