‹ LourdesChapitre 21 sur 57 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

1876. — Carie costale ; le Dr Cochet, d'Avranches. — Paraplégie; Dr Payan, d'Aix, membre de l'Académie de médecine. — Lucie Fraiture ; plaie lymphatique. — Dr Sarret.

En 1876, nous trouvons le premier pèlerinage national dirigé par le comité de Paris, sous l'inspiration des Pères de l'Assomption. Ce pèlerinage conduit déjà mille pèlerins et quarante malades ; pendant sa durée, les jours et les nuits sont consacrés à la prière ; la pensée délicate et touchante d'associer les pauvres, les infirmes à toutes les consolations de Lourdes, attire sur cette œuvre des grâces et des bénédictions sans nombre. Dans le cours de cette même année, vingt mille hommes viennent en pèlerinage de la Bigorre, et deux mille cinq cents du Périgord. Ces grands mouvements, inconnus depuis les croisades, excitent dans notre siècle l'admiration et la surprise.

Le Dr Cochet nous dit qu'il a soigné, pendant 8 ans, l'abbé Guilmin pour une carie des dernières côtes, dont il était atteint depuis plusieurs années. De nombreux trajets fistuleux donnaient issue à une abondante suppuration. L'état du malade lui parut, dit-il, tellement grave, que non seulement il ne conservait aucun espoir

de guérison, mais encore il le considérait comme voué à une mort certaine dans un avenir rapproché. Le Dr Cochet ajoute :

Le 6 mars 1876, il se présente chez moi et m'annonce qu'il est radicalement guéri ; en effet, les plaies fistuleuses qui sillonnaient la région malade sont fermées et Ton ne trouve plus sur les os affectés qu'une tuméfaction sans caractère morbide. La lésion locale est donc parfaitement guérie; en outre, M. l'abbé Guilmin jouit d'une parfaite santé.

Vivement intéressé, je lui demande le récit de cette étonnante guérison. M. Guilmin me raconte que, après plus de trente années de souffrances, épuisé par une abondante suppuration, à bout de forces et touchant déjà à la vieillesse (il avait 67 ans), l'inspiration lui vint de faire une neuvaine à Notre-Dame de Lourdes, et à la fin de cette neuvaine, il se sentit tout à coup soulagé de ses longues souffrances, tellement soulagé qu'il put, le jour même, faire un voyage de quarante kilomètres. Ce soulagement subit ne fut accompagné de la sortie d'aucun fragment d'os carié.

Je déclare hautement, dit le Dr Cochet, et dans la sincérité de ma conscience, que cette guérison, survenue dans de telles conditions, ne trouve pas son explication dans les données de la science, et qu'elle n'est en rien conforme aux lois de la pathologie.

Avranches, le 6 mars 1876.

Docteur Cochet.

Le Dr Fleury, de Ducey, qui a suivi jour par jour tous les progrès de la maladie de M. l'abbé Guilmin, confirme la déclaration de son confrère.

Ce fait est très important. Une carie des côtes est une lésion facile à constater, lésion qui s'efface parfois avec le temps, lorsque toutes les parties malades ont été éliminées. Mais une carie dont le début remonte à trente ans, une carie chez un vieillard de 67 ans, ne peut guérir en un instant. On n'observe pas de résurrections spontanées, qui rendent une santé florissante à un malheureux voué à une mort prochaine. Enfin les certificats si explicites des D" Cochet et Fleury, donnent au fait toute l'authenticité désirable.

Nous soussigné, Fleury Emile, docteur-médecin de la faculté de Paris, certifions que, pendant onze ans (de 1862 à 1873), nous avons donné nos soins à M. l'abbé Guilmin, pour des abcès multiples, situés sur le côté gauche de la poitrine,

En 1872, au mois de juillet, M. l'abbé Guilmin, épuisé par une suppuration abondante et continuelle, se trouve réduit à une faiblesse extrême : nous perdîmes tout espoir de guérison, et nous lui délivrâmes un certificat d'incurabilité.

Cet état d'épuisement, de marasme, persista jusqu'au mois d'août 1873. Nous regardions notre malade comme voué à une mort prochaine. Ce fut alors que M. l'abbé Guilmin fit une neuvaine à Notre-Dame de Lourdes. Et aussitôt nous constatâmes un mieux sensible dans l'état général de notre malade ; la suppuration diminua progressivement, et ne tarda pas à cesser complètement.

Depuis deux ans, toutes les plaies sont cicatrisées; la guérison se maintient, et M. l'abbé Guilmin jouit d'une excellente santé.

En foi de quoi nous avons délivré le présent certifie* que nous déclarons conforme à la vérité.

Ducey, ce 6 mars 1876.

Fleury, d.-m.

Le DrPayan, d'Aix, membre correspondant de l'Académie de médecine, et le Dr Prévat, de Lamalou, nous] racontent la maladie et la guérison de MUe Marie VachierJ survenue à Lourdes, le 1er novembre 1876. A la suitej d'une fièvre typhoïde, Mlle Vachier avait été atteinte; d'une paralysie des membres inférieurs ; elle était clouée] sur son lit depuis plus de 17 ans. A la paraplégie étaient venues s'ajouter des eschares, des plaies étendues.

Et voilà qu'au sortir de la piscine ses jambes retrou- ; vent le mouvement et la vie, ses plaies sont cicatrisées, toutes ses fonctions sont rétablies. Le Dr Payan ajoute; avec conviction : La prière et les immersions dans la piscine ont été les agents mystérieux de cette guérison qui ne s'est point démentie depuis un an qu'elle a été obtenue.

Lucie Fraitdre et le Dr Sarret

J'ai vu à Lourdes Mlle Lucie Praiture, dont l'histoire est bien curieuse: je l'ai examinée, il y a trois ans* avec beaucoup d'intérêt. Son médecin était le Dr Sarret, médecin de l'assemblée nationale et d'un bureau de bienfaisance. Le Dr Sarret ne croit pas au miracle : aussi nous dit-il, pour laisser le champ libre à toutes

les interprétations, qu'il croit devoir s'abstenir de tout commentaire sur ce fait. Cependant c'est un homme de bonne foi et il a voulu publier lui-même en détail cette observation qui lui avait paru si extraordinaire.

Lucie, d'un tempérament lymphatique, eut, à la suite d'érysipèles répétés, une plaie sur le devant de la poitrine qui prit les caractères d'un ulcère fongueux. Cette plaie large, profonde, était entourée de ganglions engorgés.

Pendant 5 ans tous les traitements restent sans effet. Désespéré, dit le Dr Sarret, de ne pouvoir guérir cette malade, je ne la voyais qu'à des intervalles éloignés: Au mois de mai, on m'avait appelé pour arrêter une hémorrhagie déclarée spontanément à la surface de la plaie.

Le 30 juillet, Lucie me fut présentée par la Supérieure de la communauté; à son aspect, je fus frappé de son air radieux, de sa bonne mine; je la fis découvrir et je constatai sur le devant de la poitrine, au lieu jadis occupé par la plaie, une belle cicatrice, d'un blanc nacré, de onze centimètres de long, sur six de large ; il n'y avait plus ni tuméfaction, ni empâtement, et tout ganglion engorgé dans l'aisselle ou sous la clavicule avait disparu. La guérison ne s'est pas démentie depuis. Lucie avait été subitement guérie, le 21 juillet 1873, devant la Grotte, après avoir versé un verre d'eau de Lourdes sur la plaie.

Le Dp Sarret était, avons-nous dit, incrédule. A la suite de son rapport, très complet et très bien fait, il ne veut pas conclure. Je ne puis, dit-il, terminer cette curieuse observation sans ajouter que, malgré toute ma confiance dans la sincérité de Mlle Lucie, mon peu de crédulité en matière de miracles me fait regretter de n'avoir pas constaté, lors du départ pour Lourdes, l'état de cette malade. Réserve vaine et qui dissimule mal une conclusion qui s'impose. Le Dr Sarret d'ailleurs n'a jamais pu effacer l'impression profonde que ce fait avait laissée dans son esprit

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