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CHAPITRE VII

Les médecins protestants constatent les guérisons de Lourdes. — Une poitrinaire, par le Dr Regnault, de Rennes. — Une maladie de cœur et un cancer, par le Dr Jouon, de Nantes.

Ce ne sont pas seulement des médecins catholiques qui, à l'exemple du Dr Vergez, viennent reconnaître, dans ces guérisons extraordinaires, l'empreinte d'une force surnaturelle.

Le Dr Vizerie, protestant, chirurgien -major du 10me cuirassiers, en garnison à Niort, déclare avoir examiné à l'hôpital, Caroline Esserteau qui était atteinte d'une affection chronique de la moelle épinière, et se soutenait à peine avec des béquilles; il la retrouve complètement guérie, marchant et courant, ses membres ayant repris leur volume normal. « Cette guérison insigne me paraît, dit-il, un effet de cette foi qui transporte les montagnes. »

Les Drs Thorens, protestant, médecin du bureau de Bienfaisance, et Mac Geven, également protestant, constatent la guérison de James Tonbridge.

Ce dernier était atteint du mal de Pott, avec des abcès et des plaies étendues ; dans ses longues souffrances, sa poitrine avait été atteinte à son tour, et une toux incessante indiquait l'usure organique qui se faisait

chez lui et semblait devoir aboutir à une fin prochaine. Arrivé à Lourdes le 20 août 1879, il est porté sur un brancard, à la Grotte d'abord, à la piscine ensuite. Là, il sent comme une flamme qui traverse son corps ; une force extraordinaire le pénètre ; il se relève, s'habille seul et marche sans appui. Tonbridge était arrivé, couché dans son wagon, incapable de faire un mouvement, et il repart portant son sac et sa couverture, marchant d'un pas ferme et décidé. A sa vue, sa femme s'évanouit, et les personnes qui l'avaient vu partir mourant et qui le revoyaient libre, bien portant, couraient après lui dans toute l'avenue de la Reine-Hortense, pour s'assurer qu'elles n'étaient pas victimes d'une illusion.

Un membre du pèlerinage, qui décrit la relation de cette guérison, nous dit :

Quelques mois après, au retour de la campagne, j'allai avec Mme H., demander des nouvelles de Tonbridge. Sa femme était seule avec ses enfants, bien habillés, sautant autour d'elle avec joie. Cet intérieur respirait le bonheur et l'aisance. La femme de Tonbridge reconnut Mme H. « Ah ! Madame, s'écria-t-elle, vous souvenez-vous que je ne voulais pas le laisser partir? Gomme vous fûtes bonne ! vous lui donnâtes votre place au wagon!... — Et Tonbridge, demandai-je, où estil ? — Il est placé. Il est maître d'hôtel, avenue Friedland, 36. »

Nous allâmes le demander. Il était six heures du soir ; il faisait un froid de loup. Tonbridge arriva en courant, tête nue, en grande tenue de maître d'hôtel. « Le reconnaissez-vous, dis-je à Mme H. ? — C'est à ne pas y croire, répondit-elle. »

Quelques jours après, je demandai à Tonbridge de me raconter sa guérison. Il me dit :

« Le lendemain de mon arrivée à Lourdes, le matin, deux Pères vinrent me chercher à l'hospice. J'entendis la messe à la Grotte et je communiai. Ils m'amenèrent ensuite à la piscine et m'y plongèrent par trois fois, me tenant comme un petit enfant. J'éprouvai dans tout mon être une sensation inexprimable de douleur et de joie tout à la fois. Il me semblait que j'allais ou mourir ou guérir. Au dehors, on priait à voix haute ; je me joignais de cœur à ces prières sans pouvoir articuler aucun son ; j'étais comme paralysé. Tout à coup, je sens comme une flamme qui me traverse le corps ; une force extraordinaire me pénètre ; me dégageant des mains qui me tenaient, je me plonge dans la piscine pour la quatrième fois.

» J'en sortis guéri; je me tenais debout; je m'habillai seul ; je marchai sans appui, mais si bouleversé que je ne pouvais encore dire un seul mot. Les Pères m'offrirent du vin pour me fortifier et me remettre. Je refusai tout, et marchant seul, j'allai immédiatement à la Grotte.

» Je restai là longtemps à prier ; il me semblait que

l'image de la Sainte Vierge me souriait. Il me semblait aussi que je n'étais plus de ce monde. Maintenant encore, tout cela me paraît comme un rêve. Mais la réalité, c'est ma guérison complète.

» Quand je revins à Paris, ceux qui m'avaient vu emporter mourant et qui me revoyaient marchant et bien portant, couraient après moi dans toute l'avenue de la Reine-Hortense. J'allai à la chapelle de Saint-Joseph faire mon action de grâces. Il me semblait que l'image de la Sainte Vierge me souriait toujours.

— Et les médecins, lui dis-je ? — M. le Dr Thorens, protestant, médecin du bureau de Bienfaisance, qui m'avait donné un certificat, m'a dit : « Vous êtes guéri, tant mieux pour vous. » Il a été toujours très bon pour moi.

» M. le Dr Mac Geven, un autre protestant, s'est aussi montré très heureux de ma guérison.

» Un autre médecin (1) a paru très étonné et très mécontent. Il m'a demandé ce qu'on m'avait fait; je lui ai dit : « C'est la Sainte Vierge qui m'a guéri. — Ce n'est pas possible ! s'est-il écrié ; il n'y a pas de miracles ; ce sont des sottises. Avouez qu'on vous a fait prendre quelque médicament. — Vous savez bien, lui dis-je, que je ne prenais plus aucun remède. C'est la Sainte Vierge qui m'a guéri en un instant. — Vous

ii) Nous taisons ici son nom.

êtes un imposteur, s'est-il écrié; ce n'est pas possible, allez vous promener avec votre Sainte Vierge. » Et furieux, il m'a mis à la porte. j

» Je pleurai d'être ainsi traité et d'entendre parler ainsi. Il y avait là plusieurs personnes ; l'une d'elles, un ministre protestant, s'avança vers moi. Après m'avoir interrogé avec soin il me dit : « Votre foi vous a sauvé. »

Les médecins incrédules, ennemis du surnaturel et du miracle, sont forcés de reconnaître, avec le Dr Bernheim, de Nancy, que toutes les observations de Lourdes ont été recueillies avec sincérité, contrôlées par des hommes honorables ; ils admettent la réalité des faits ; ils cherchent à les expliquer par des phénomènes de suggestion religieuse. Mais, dans les exemples qu'ils citent, ils écartent avec soin toutes les guérisons de maladies organiques, de tumeurs ou de plaies.

Ils ne citeraient point l'observation suivante, recueillie par le Dr Regnaud, professeur à l'école de médecine de Rennes :

J'ai soigné Mlle Coupel, nous dit le Dr Regnaud, et j'ai constaté chez elle l'existence de tubercules au sommet des deux poumons. J'ai revu Mlle Coupel à son retour de Lourdes, et tout, dans son état extérieur, semblait indiquer une santé parfaitement satisfaisante. Je l'ai vue une seconde fois deux mois après ; elle avait gagné en poids, dix livres, et, à l'auscultation, il n'y avait plus ni râle ni souffle. Cette jeune fille me parut aussi bien que possible.

Le Dr Aubry, de Mohon, qui était le médecin ordinaire de Mlle Coupel, nous dit qu'elle gardait le lit depuis trois ans et demi, et qu'elle était arrivée au dernier degré de la faiblesse et de l'épuisement. Le lendemain de son pèlerinage à Lourdes, il put s'assurer, par un examen attentif, que tout état maladif avait entièrement diparu.

La guérison de Mlle Emilie le Meignan de la Verrie, constatée par le Dr Jouon, professeur de l'école de Nantes, échappe également à toute explication scientifique.

Nous l'avons résumée dans la première partie de notre travail.

Le Dr Jouon constate encore la guérison d'un cancer de la lèvre, chez la veuve Fromond. Ce cancer, qui s'était reproduit après une première opération, avait résisté à toutes les cautérisations faites par le Dr Malherbe et le Dr Az. Après quelques lotions d'eau de Lourdes, toute trace de mal avait disparu, et la lèvre, ayant retrouvé sa souplesse, pouvait se mouvoir librement sans la moindre gêne. Avant le départ pour Lourdes, le Dr O'Neill déclarait que cette malade était atteinte d'un cancer de la lèvre inférieure et devait être admise à l'hospice.

Au retour, le Dp Jouon constate très méthodiquement qu'il n'y a plus dans la lèvre rien qui indique qu'elle eût été atteinte d'un cancer.

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