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CHAPITRE IX

1883 à 1885. — Notre-Dame de Lourdes en Belgique. — A Constantinople. — Principales guérisons. — Mlle A. Blondel. — M1Ie de Pontbriant. — Le Dr Lagasse et Lucie Fauré. — Mlle Pourchet, muette.

En 1883, les pèlerins belges obtiennent les premières et les plus importantes guérisons.

Le Dr Schmitz, médecin d'Anvers, a minutieusement examiné l'état de santé de l'abbé Buurmans, il a constaté combien cet état différait de celui dans lequel l'abbé se trouvait le 27 janvier 1882, trois jours avant son départ pour Lourdes.

En effet, la respiration courte, incomplète, fatigante, la quasi impossibilité de parler même à voix faible, la toux perpétuelle, l'expectoration fréquente surtout le matin, l'intolérance absolue pour toute nourriture, les spasmes de l'estomac et de l'œsophage, les palpitations de cœur, l'œdème des pieds, l'affaissement général, la maigreur extrême ; tout cela a disparu pour faire place à une respiration tranquille, sans toux ni expectoration, à une parole claire et facile, à une faim prononcée, au jeu régulier de l'estomac, à des digestions normales, au calme du cœur, au sentiment d'un bien-être général et de vigueur renaissante. L'œdème lui-même a subi-

tement disparu. Et depuis, l'embonpoint revient manifeste.

En un mot, la santé a tout à coup remplacé une maladie sérieuse, qui remontait à plusieurs années.

Ce retour instantané et complet à la vie normale s'est fait, sans aucune intervention médicamenteuse, à la suite d'un acte de foi en la puissance de la Vierge Marie, après trois immersions successives dans l'eau de la Grotte de Lourdes.

« C'est le caractère d'instantanéité et de perfection de la guérison, surtout la disparition définitive, immédiate et entière de troubles, tels que l'œdème et l'expectoration datant de loin, qui impriment à cette cure un cachet particulier et extraordinaire, et qui doivent faire dire que, si elle persiste complète, elle est due à une puissance supérieure. »

Anvers, le 19 mars 4882.

Dr D. Schmitz.

L'abbé Buurmans était arrivé à Lourdes le 1er février, semblable à un agonisant. Il dut se mettre au lit ; le lendemain était la fête de la Purification. Le pauvre patient se traîne à la Basilique ; recueillant toutes ses forces, il descend à la Grotte, y prie quelque temps et entre enfin dans la piscine. Plein d'une foi énergique, il se plonge dans l'eau jusqu'à trois fois. La troisième fois, sa poitrine se dilate, il respire à l'aise ;

toute douleur, toute enflure a disparu, il est guéri: son visage est transformé, ses forces reviennent avec une rapidité étonnante. Le retour de l'abbé fut un véritable triomphe.

A Paris, le curé de Notre-Dame des Victoires s'informa à deux reprises de tous les détails de la guérison

En Belgique, Tournai et Anvers lui ménagèrent la plus touchante et la plus pieuse des réceptions. Le cardinal de Malines reçut l'abbé Buurmans comme un fils, et lui manifesta sa joie de ce que cette faveur eût été accordée à un prêtre de son diocèse.

Avec la guérison de Fabbé Buurmans, nous pourrions citer celle de Joseph Rebry qui, paralysé depuis plusieurs mois, laisse ses béquilles à la grotte d'Oostacker; la guérison de Julie Dehaut qui était atteinte d'une luxation de l'épaule droite, d'une paralysie incomplète des bras, et qui retrouve à Lourdes le libre jeu de son articulation. Le docteur Léon Marique, de Selaine, nous dit qu'il n'hésite pas, en présence de ce fait, à reconnaître le miracle opéré à Lourdes par l'intercession de la Très Sainte Vierge.

Le docteur Van Dromas, de Bruges, dans un certificat daté du 16 octobre 1882, déclare que Joseph Viane, âgé de 21 ans, a présenté pendant 4 ans des ulcères résultant de carie des os du bassin, et des plaies à

la partie supérieure de la cuisse. Après un voyage à Lourdes et après un bain dans la piscine, Viane a vu se fermer toutes ses plaies dans l'espace de 48 heures.

Cette guérison s'étant effectuée dans un espace de temps trop court pour pouvoir être attribuée aux efforts de la nature, nous croyons devoir y signaler l'intervention d'une cause surnaturelle ; car jamais des ulcérations symptomatiques d'une carie des os ne peuvent s'effacer avec cette promptitude.

Le certificat a été délivré 4 mois après le pèlerinage, et, depuis cette époque, la guérison s'est maintenue complète et radicale.

De pareilles guérisons, opérées en quelques heures, sont en effet au-dessus des forces de la nature et des ressources d* l'art. "

La Belgique a certainement droit à des faveurs, à des grâces particulières. Le culte de Notre-Dame de Lourdes n'est nulle part ailleurs plus populaire. Les pèlerinages belges sont remarqués entre tous ; c'est par milliers que les Belges viennent chaque année à Lourdes. Il se fait en Belgique un effort général pour y rendre la Vierge de la Grotte présente. La piété des Belges tend à se l'approprier, à la naturaliser en quelque sorte dans leur pays.

Le culte extérieur fait explosion de toutes parts. Quelquefois c'est le prêtre, plus souvent le peuple luimême qui prend l'initiative.

En 1870, le Père Meurisse, de la Compagnie de Jésus, expose à Liège, pendant le mois de mai, une image représentant la îre apparition. Bientôt l'image est remplacée par un tableau, le tableau par une statue, et enfin une grotte semblable à celle de Lourdes vient abriter la statue et devient le centre d'un pèlerinage.

Ce qui se fait à Liège a lieu en mille endroits : partout l'Immaculée Conception est offerte à l'espérance, aux prières de tout un peuple; partout ses images sont publiquement exposées.

Le sanctuaire le plus célèbre est celui d'Oostaker, bourg des environs de Gand, inconnu naguère, célèbre maintenant, et que l'on ne désigne que sous le nom de Lourdes. Il y a un concours assidu de pèlerins, « d'ardentes prières, des cierges qui brûlent, des bruits de miracles, une mystérieuse attraction des âmes. »

On a organisé, comme à Lourdes, des pèlerinages de toute cette région. En 1879, on en a compté 120, en 1880, 146; en 1881, 182 pèlerinages ont conduit 23 000 personnes. A certains moments, on peut compter à la Grotte d'Oostaker, 6 à 8000 visiteurs par jour, et l'on a vu des processions aux flambeaux de 500 personnes. Enfin, des guérisons nombreuses, étonnantes, s'opèrent souvent dans ce sanctuaire.

Ainsi, la Belgique s'est mis à la tête de ce mouvement qui devait propager le culte de Notre-Dame de Lourdes dans le monde entier. C'est cette Belgique que tant

d'affinités unissent à nous, qui a dû lutter comme nou pour la défense de ses libertés religieuses, et qui, pai les efforts unis de tous les catholiques, a mérité de retenir son gouvernement sur la pente révolutionnaire où se laissent entraîner les gouvernements de l'Europe

Sans doute la Vierge de Lourdes, en étendant la maii sur ce pays, lui a accordé des bénédictions, spéciale* qu'elle tient encore en réserve pour nous, parce que peut-être nous ne les avons pas suffisamment méritées

Mais ce ne sont pas seulement les pays catholiques qui ont vu germer et grandir dans leur sein le culte de Notre-Dame de Lourdes.

Si en Italie, en Espagne, en Autriche, on retrouve la Vierge de Lourdes ; si on la place au foyer dômes tique, dans les chapelles, dans les églises, dans le cathédrales, partout; si on lui élève des autels ou des grottes ; si on célèbre ses fêtes ou ses anniversaires, les nations infidèles ne sont pas moins favorisées. Sur les pas de nos missionnaires, la Vierge de Lourdes a pri possession de l'Inde, de la Chine, de l'Amérique, de l'Océanie, du centre même de l'Afrique.

Le culte public de Notre-Dame de Lourdes à Gons tantinople date de 1881. Les incessantes guérisons opérées dans la chapelle des Pères Géorgiens amènen une multitude énorme de pèlerins.

Des centaines de cierges brûlent sans cesse devan

l'autel, et chaque jour les Pères Géorgiens font gratuitement des distributions d'eau de Lourdes. La dévotion à la Vierge de la Grotte s'étend bien au-delà de Gonstantinople et dépasse les frontières de l'empire ottoman ; de Médine, de la grande Mosquée, on demande l'eau de Lourdes pour l'envoyer à la Mecque. Médine et la Mecque se faisant envoyer l'eau et l'huile sanctifiée par la Vierge Immaculée, quel aveu significatif!

Du reste, malgré les anathèmes du Coran, des Turcs de toute condition, souvent du rang le plus élevé, vont prier devant la statue de la Vierge. Les pèlerins sont divers comme la population de Gonstantinople et de l'empire ottoman. A côté de la femme de l'ambassadeur français, on voit la veuve d'un pacha, d'un ancien ministre, la sœur d'un grand vizir, qui viennent s'agenouiller et prier ensemble. On y voit des schismatiques, des juifs, des musulmans, des arméniens hérétiques. Un pacha nommé à un très haut emploi va faire sa visite à Notre-Dame de Lourdes, avant de prendre possession de son poste.

C'est un musulman, Mustapha, fournisseur des palais, qui semble avoir été l'objet des préférences de la Sainte Vierge. Après neuf mois de cruelles souffrances, il avait complètement perdu son œil droit. Dix-huit jours s'étaient écoulés lorsqu'une dame vêtue de blanc lui apparaît pendant son sommeil et lui dit: « Je suis la Vierge vénérée dans la chapelle des Pères Géorgiens ;

je t'ordonne d'aller immédiatement m'y adresser tes prières et tes actions de grâces. « À son réveil, Mustapha se trouvait radicalement guéri ; il ne connaissait pas la chapelle, mais, abandonnant aussitôt ses affaires, il prend le chemin de fer et arrive àFéri-Keuï,où il entend la messe et raconte sa guérison au Père supérieur.

Son affirmation paraissant insuffisante, on lui demanda des preuves et des témoins; quelques jours après, Mustapha revient avec plusieurs musulmans de ses amis. Tous certifient la maladie, la perte de l'œil, la guérison instantanée. Ces déclarations sont faites en présence d'un melkite, qui dresse un procès-verbal, signé et scellé par tous. Sans doute, nous n'avons pas là les certificats de médecins connus, les diagnostics précis, les mots techniques, l'observation détaillée de la maladie. Mais nous sommes en Turquie, en présence d'un musulman religieux, dans une bonne situation de fortune ; son témoignage et celui de ses amis indiquent une conviction sincère et profonde.

Du reste, devant le nombre toujours croissant des guérisons miraculeuses, Mgr Vanutelli a nommé une commission qui examine canoniquement les faits, qui interroge les miraculés, puis écoute les dépositions des témoins. Cette commission a envoyé à Rome les procèsverbaux de ses délibérations. Les murs de la chapelle sont déjà couverts d'ex-voto

Le choix du milieu où s'opèrent ces guérisons mer-

veilleuses est, pour un observateur attentif, un profond sujet d'admiration. Nulle part ailleurs, la cause catholique ne peut avoir besoin d'un plus puissant appui ; là, en effet, toutes les hérésies semblent s'être donné rendez-vous, et se confondent avec la nationalité de ces peuples.

Notre-Dame de Lourdes paraît avoir commencé la rénovation religieuse de l'Orient. Les Turcs, témoins I pour la première fois de tant de grâces unies à une i puissance surhumaine, s'inclinent avec respect et reconnaissent la supériorité du culte catholique ; ils voient la Vierge faire des prodiges qu'ils ne pensent même pas à demander à Mahomet, leur prophète, dans ses villes saintes.

Tandis que le culte de Notre-Dame de Lourdes se répand et se propage ainsi dans le monde, chaque année les pèlerinages se multiplient sur les bords du Gave, les guérisons deviennent plus nombreuses, plus éclatantes.

Le Pèlerinage national de 1884 enregistre pendant trois jours 62 procès-verbaux sous les yeux de cinq médecins qui assistent à l'examen de tous les malades. Durant le retour, on constate de nouveaux faits qui viennent augmenter de beaucoup le chiffre des guérisons ou des améliorations notables.

Cette année même, M. le comte de Mun conduit les

Cercles catholiques d'ouvriers et deux mille cinq cents hommes, avec leur 169 bannières, viennent derrière lui se ranger autour de la Grotte.

Sur ces bannières on lit des noms bien connus : Belleville, Saint- Antoine, Batignolles; noms qui réveillent des souvenirs divers et des espérances auxquelles on n'ose encore s'abandonner. Ces ouvriers sont bien la véritable représentation de la France chrétienne ! Ils communièrent tous ensemble à la Grotte ; car ils étaient venus rompre le pain de la grande famille, le pain de l'amitié, de la force et de l'espérance.

Depuis 1884, les guérisons sont étudiées avec un soin plus grand si c'est possible, avec une sévérité qui pourra défier toute critique. Un médecin attaché au service des malades analyse, contrôle tous les faits qui se présentent. Il apporte dans cette grande enquête une méthode et une règle qui pourront servir de modèle à tous ceux qui voudront marcher sur ses traces. Il n'est pas toujours facile de marquer la limite qui sépare les forces matérielles des forces surnaturelles. Les médecins sont le plus souvent étrangers à ces études ; ils auraient besoin de faire une sorte de stage à Lourdes, pendant les grands pèlerinages, pour préparer leur esprit à ces enseignements.

D'ordinaire, ils sont moins sévères que les théologiens et ils admettent trop aisément la violation des lois de la nature.

Nous en trouverons souvent la preuve dans l'analyse des divers faits que nous allons citer.

La relation de la maladie de Mlle Blondel a été écrite parle Dr Amalric, ancien interne des hôpitaux de Paris. Nous la résumons dans ses principaux détails.

A l'âge de 24 ans, MUe Blondel ressentit pendant l'hiver des crises de laryngo-trachéite qui furent modifiées par des saisons successives à Amélie, à Gauterets et au Mont-Dore. Dix ans après, une poussée rhumatoïde gagna la moelle et détermina une paralysie des membres inférieurs.

Pendant cinq ans on essaya vainement tous les traitements : l'électricité sous toutes les formes, les révulsifs de tous genres. Mlle Blondel fit deux saisons à Lamalou sans résultat. Le Dr Maurice Raynaud, médecin à la Charité, lui fit faire en 1878 une cure d'hydrothérapie à Auteuil. Elle consulta Gharcot, partit pour Bourbonne-les-Bains et fit une seconde saison d'hydrothérapie en Suisse. En 1879, troisième saison à Lamalou. C'est à cette époque qu'elle fit un premier pèlerinage à Lourdes, fut plongée deux fois dans la piscine, mais sans aucun résultat.

Ce traitement si varié, si énergique, si luxueux, n'avait donné aucun bénéfice. Les muscles étaient atrophiés, la peau terne, décolorée; les pieds se laissaient tomber à droite et à gauche sans aucune résistance.

Devant un résultat si négatif, Mlle Blondel suspend tout traitement. Elle se rend de nouveau à Lourdes, le 12 juillet 1882, dans l'état que nous venons de raconter, état qui date de six ans et qu'aucun traitement n'a pu modifier. Plongée dans la piscine, après quelques moments elle se sentit guérie. Elle put instantanémenl sortir, se tenir debout, s'asseoir, marcher, la sensibilité avait regagné tous les tissus.

Nous croyons, dit le Dr Amalric, que la guérison de cette paralysie si complète, dont Mlle Blondel était atteinte depuis plus de six ans, qui avait résisté aux traitements les plus rationnels et les plus énergiques, guérison si facilement, si instantanément obtenue par la simple immersion dans l'eau de la Grotte, est un fait merveilleux, absolument en dehors des moyens de la science médicale, et ne pouvant ressortir que du domaine surnaturel.

Un médecin de Toulouse, le Dr Ghamayou, a voulu joindre son attestation à celle du Dr Amalric; elle est absolument conçue dans les mêmes termes.

Le Dr Guy, d'Albi, écrivant à MUe Blondel, le 25 juillet 1882, lui dit aussi :

Plus on y réfléchit, plus on est forcé d'avouer que la spontanéité de cette guérison dans la Grotte de Lourdes, s'impose à l'esprit comme un fait inexplicable.

Tous les médecins qui ont soigné Mlle Blondel concluent sans réserve à une guérison surnaturelle.

Le médecin de Lourdes est moins affirmatif, il fait des réserves. L'Église, dit-il, est souvent en pareille matière plus difficile que les médecins : elle exige une surabondance de preuves qui rend un doute raisonnable absolument impossible. Il faut que la personne ramenée subitement à la santé le soit d'une façon complète. Or, Mlle Blondel, dans une déclaration faite à Lourdes, le 12 juillet, a écrit: A part la faiblesse naturelle après une si longue maladie, je puis dire que je suis redevenue comme autrefois.

Il y a donc une lacune qui ne nous permet pas, dit le Docteur de la Grotte, d'apporter dans ce fait une conclusion absolue. Appréciation sévère, mais pleine de sagesse, et qui nous montre quelles garanties de tout ordre on exige avant de prononcer le mot de « miracle. »

Nous ne pouvons rappeler ici, même en les résumant, toutes les guérisons qui ont été publiées pendant ces trois années.

Parmi les principales, nous pourrions citer celle de Mlle Louise Brin, que le Dr Damour apprécie en ces termes: « Poitrinaire avancée, elle gardait le lit depuis deux ans et ne prenait presque rien ; les deux sommets de la poitrine étaient atteints parles tubercules » ; c'est dans ces conditions qu'elle entreprit le voyage de Lourdes, et le 30 août 1882, en sortant de la piscine, elle fut subitement et radicalement guérie. Le docteur ne trouva rien aux poumons, pas même trace de bron-

cnite, et déclara que cette guérison rentrait dans les faits d'ordre surnaturel.

Le Dr Barbé-Guillard, de Dinan, adressait Mlle de Pontbriant au Dr Galézousky, en lui disant qu'elle avait perdu l'œil gauche et que l'œil droit, atteint à son tour, ne pouvait plus distinguer la lumière des ténèbres. Le Dr Delor, le Dr Bréhier, après avoir examiné cette malade à l'opthalmoscope, avaient également constaté la cécité, à la date du 14 août 1882. Le mal leur paraissait sans remède, et cependant les mêmes docteurs constatent, le 19 septembre suivant, la guérison complète de Mlle de Pontbriant qui, le 30 août 1882, en sortant de la piscine, a retrouvé le parfait usage de ses deux yeux. « Il faudrait être atteint, dit le Dr Vergez, d'une grande mauvaise foi pour refuser à cette guérison le caractère miraculeux et pour se dispenser de la placer dans un ordre de faits supérieur aux puissances de la nature. »

C'est le Dr Lagasse qui nous dit que Mlle Lucie Fauré* âgée de 28 ans, est atteinte d'une double luxation de la hanche, datant de la naissance, et qui donne à sa démarche une attitude particulière; le corps est rejeté à chaque pas d'une hanche sur l'autre ; tous les médecins ont considéré cette affection comme incurable, et cependant, au mois d'août 1882, elle passe à peine quelques instants dans la piscine de Lourdes, et elle en sort

transformée; elle marche, droite, sans souffrance et sans fatigue. Le Dr Lagasse termine l'exposé de ce fait par les considérations suivantes, que nous sommes heureux de pouvoir reproduire :

Tout le monde, à Puylaurens, dit-il, ne considère pas ce fait de la même manière. Plusieurs, ne voulant pas se souvenir de l'état d'infirmité de Mlle Lucie Fauré, se dispensent de tout examen et de toute comparaison avec l'état de guérison actuel, nient l'évidence et ne répondent à une affirmation motivée que par une raillerie plus ou moins spirituelle qui les dispense de cet examen, ridicule à leurs yeux. D'autres, et c'est le grand nombre, devant un fait si patent, reconnaissent une guérison miraculeuse. Pour les humbles, comme pour les savants de bonne foi, une chose si extraordinaire ne s'explique par aucun moyen naturel. Il a fallu pour l'accomplir une intervention mystérieuse et surnaturelle. Le fait a existé ; il se continue ; il est visible pour tout le monde et chaque jour. Je ne veux pas nier l'évidence; je vois, je crois.

Ces réflexions du Dr Lagasse sont bien souvent d'une application pratique, car c'est ainsi d'ordinaire que se partagent les opinions et les avis sur les guérisons de Lourdes.

Le Dr Terrier, de Paris, nous dit que sa cuisinière est atteinte depuis cinq ans d'une hernie qu'aucun bandage ne peut contenir et qui la rend à peu près impropre à son service ; elle est complètement guérie dans la piscine de Lourdes, le 8 septembre 1884, et le

docteur constate dans un certificat très affirmatif toutes les phases de cette guérison.

La guérison de Sœur Eugénie est une des plus importantes de l'année 1883.

Elle a été très sérieusement étudiée et discutée ; nous ne saurions, en la résumant, lui conserver son caractère; elle pourrait prendre place dans un recueil scientifique, et elle fournit matière à des considérations du plus haut intérêt.

Une dernière observation nous semble accentuer encore l'opposition que nous relevons entre les guérisons de Lourdes et les guérisons qui sont du domaine de notre observation usuelle.

Mlle Pourchet est muette depuis l'âge de 7 ans. A cette époque une maladie détermina un mutisme complet et la paralysie d'une partie du corps. La paralysie disparut, mais la parole ne revint pas. Cette femme n'a jamais prononcé une syllabe, elle n'a jamais pu dire oui ou non. Elle a 52 ans; voilà par conséquent près d'un demi-siècle que cette infirmité existe. Non seulement une lésion primitive a dû altérer les racines des nerfs qui président à la parole, mais une atrophie consécutive à cette longue inaction a dû amener la dégénérescence des fibres nerveuses, et finalement, qu'elle soit primitive ou acquise, il y a une altération organique.

Le 30 septembre 1883, elle était en prière à la Grotte,

lorsqu'un premier cri s'échappa de sa poitrine ; saisie d'une émotion indicible, elle s'affaisse sur elle-même. Une de ses voisines lui dit : Vous êtes malade? Non, répond-elle. C'est le premier mot qui sort de sa bouche fermée depuis 45 ans. Bientôt elle prononce : Je vous salue Marie. C'étaient les accents de la reconnaissance et de l'amour. A partir du 30 septembre, sa langue se délie de plus en plus et elle retrouve cette faculté du langage si lente à se développer chez l'enfant et qui, dans l'espace de quelques mois, atteint chez elle le dernier degré de la perfection. Sans doute l'instantanéité de la guérison n'existe pas ici, puisque Mlle Pourchet n'a retrouvé que progressivement l'usage plein et entier de la parole; mais, en pareille circonstance, ce qui constitue le miracle, c'est la guérison elle-même et non pas le mode de guérison,

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