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CHAPITRE X

l'histoire de lourdes écrite par les médecins

Les théories et les faits. — Trois cents certificats de guérison. — Motifs d'incrédulité, motifs de certitude. — Les malades de la Salpêtrière. -~ Moyens de contrôle.

Avec les Annales dont la publication remonte à 1868, nous venons de parcourir, jour par jour, les procèsverbaux des principales guérisons de Lourdes. Que de matériaux accumulés dans ce recueil qui comprenc déjà 32 volumes i Nous avons relevé 250 certificats délivrés par des médecins différents, qui, sans entente préalable, sont venus rendre témoignage de ce qu'ils avaient vu et observé.

Dans ces certificats, nous retrouvons l'observation entière et détaillée de la maladie. Les médecins les plus connus ont été souvent appelés en consultation ils se sont prononcés et sur la nature de ces affections diverses et sur leur incurabilité.

Ce n'est pas seulement 250, mais plus de mill( médecins qui deviennent indirectement les témoins el les juges des miracles de Lourdes. Ces médecins sonl les plus importants, par leur science, leur position officielle, leur notoriété. De plus, ils sont d'ordinaire, pai

leurs opinions ou leurs doctrines, les ennemis du surnaturel et du miracle.

Dans ces conditions, la démonstration devrait être acquise, il faudrait admettre dans des circonstances données, l'intervention d'une force surnaturelle.

Il est loin d'en être ainsi :

Les médecins, au récit de ces guérisons, ont détourné la tête avec un sourire d'incrédulité et de dédain ; ils ont rejeté en bloc et sans examen toutes les observations qui leur étaient soumises.

Pour les incrédules, le miracle est à la fois l'impossible et l'absurde ; pour un groupe important de médecins catholiques, la question du miracle est à peu près insoluble au point de vue médical, ou du moins les faits présentés comme miraculeux n'offrent pas d'ordinaire les garanties voulues. Mais la question ainsi comprise reste dans le domaine théorique. Or, il y a loin souvent des faits aux théories.

Les faits sont ce qu'ils sont, on ne peut rien contre eux. Chercher à les violenter serait téméraire; autant vaudrait entreprendre de changer la nature des choses. Il y a ensuite les théories, œuvres de l'esprit, par lesquelles le savant cherche à interpréter les faits que l'observation a recueillis, à en tirer des conséquences, à formuler les lois qui les produisent.

Lorsque Littré, dans son cabinet, prononçait ses sentences contre le surnaturel, Littré, qui n'était médecin

que de nom, parlait en philosophe. Or, il faut bien le reconnaître, nous sommes des philosophes souvent médiocres et de mauvais théologiens. Mais sur le terrain de l'observation et dans l'appréciation scientifique des maladies, notre compétence est indéniable.

Ainsi nos confrères qui par analogie jugent de haut ou de loin d'une façon sommaire, sans examen suffisant, tous les faits qui leur sont soumis, s'exposent à des confusions regrettables.

Il vient un moment où tous, sans acception de doctrine, matérialistes, positivistes, spiritualistes, nous sommes mis en demeure de nous prononcer en nous renfermant dans les limites d'un problème bien circonscrit. Il nous faut alors descendre des hauteurs de la théorie ou de la doctrine, entrer résolument dans l'étude et dans la discussion de chaque guérison.

Si l'on nous parle d'une plaie instantanément fermée, d'une tumeur organique qu'un seul bain a fait disparaître, nous ne pouvons répondre en opposant l'exemple d'un trouble fonctionnel, d'un accident nerveux qu'une impression passagère peut guérir ou effacer.

Lorsque des médecins également recommandables par leur savoir et leur honorabilité, lorsque des savants d'une pratique et d'une expérience consommées, nous disent qu'une tumeur blanche, ancienne, compliquée de plaies, de fistules, a guéri en quelques instants; qu'une luxation suivie d'ankylose s'est réduite sponta-

nément; qu'un poitrinaire avancé a retrouvé sans transition une santé parfaite ; il faut d'abord étudier, discuter les exemples qui nous sont soumis. On peut chercher à les interpréter, à les faire rentrer dans les grandes lois de l'observation scientifique; mais on ne peut les mettre en doute, les récuser de parti-pris.

Le témoignage de nos confrères, dans des questions qui relèvent de leur pratique habituelle, est irrécusable. Ils ont parfaitement qualité pour se prononcer en cette matière.

On ne leur demande pas de remonter jusqu'à la cause de ces phénomènes, de parler de miracle ou d'intervention surnaturelle, il suffit qu'ils reconnaissent que les règles de notre art ont été violées et que toute interprétation physiologique est insuffisante pour expliquer les résultats obtenus.

Cette opposition entre le médecin qui juge, d'un esprit préconçu, des faits dont il n'a pas été le témoin, et celui qui, en présence d'un malade, objet habituel de son observation, cherche vainement ses points de repère, s'arrête étonné, interdit, et ne peut trouver l'explication de phénomènes nouveaux, inattendus, en contradiction avec toutes les données de la science, cette opposition, disons-nous, n'a pas été suffisamment mise en relief. Elle est toute à l'avantage du second ; celui-ci, en effet, est bien sur son terrain avec tous les éléments nécessaires d'information, et son esprit est

libre de toute préoccupation étrangère. 'Le premier, au contraire, insuffisamment instruit, cherche d'avance une conclusion conforme à ses doctrines.

Cette opposition n'a jamais été plus accentuée qu dans l'étude et la discussion des guérisons de Lourdes.

Tous les médecins qui ont jugé ces guérisons d'après leurs systèmes et leurs tendances matérialistes, les ont condamnées sans examen. Tous ceux qui se sont trouvés mêlés à ces événements, comme témoins et comme rapporteurs, ont oublié théories et doctrines, et les ont raconté en narrateurs fidèles, avec une entière bonne foi.

Sans doute les faits observés à Lourdes par centaines ou par milliers, sont en contradiction avec toutes les données de la science médicale. Ils paraissent n'être qu'un défi jeté à la raison ; ils accusent un bouleversement complet des forces de la nature ou, du moins, l'intervention d'une force supérieure. Mais pouvonsnous, à cause de cela, rejeter tous ces faits sam jugement et sans examen, prononcer les grands mots de superstition ou d'ignorance, ou faire entrer ei ligne, comme condamnation suprême, l'hypnotisme et la suggestion ?

Voilà que depuis trente ans, depuis Vergez, professeur de la Faculté de Montpellier, inspecteur des eaux de Barèges, jusqu'à Fabre, de Marseille, nous relevons les noms de deux cent cinquante à trois cents médecins, considérables par leur notoriété et leurs travaux, qui se portent garants des faits observés à Lourdes. Dans des certificats détaillés et dans des conclusions sévèrement déduites, ils reconnaissent l'exactitude de ces guérisons et déclarent ne pouvoir les expliquer d'une façon rationnelle et scientifique.

On le voit ; la question s'élargit et prend des proportions inattendues.

Lorsque Vergez, mis en présence des premières gué-

risons constatées à Lourdes, venait déclarer que de tels

phénomènes dépassaient la portée de l'esprit humain,

sa parole avait une autorité indiscutable et méritait d'être prise en considération.

Un professeur de faculté, un inspecteur de Barèges, un homme versé dans l'étude des maladies chroniques, universellement apprécié par son savoir et son caractère, nous dit que de tels phénomènes dépassent la portée de son esprit. Au lieu d'accorder créance à ses affirmations, faut-il croire qu'un voile est tombé brusquement devant ses yeux, et qu'il n'a plus aucune compétence pour juger les faits de sa pratique habituelle ?

Le Dr Buchanan, professeur à l'Université de Glascow, a visité Lourdes, et a résumé les impressions

de son voyage dans le journal de médecine anglais, The Lancet.

Il croit qu'un grand nombre de guérisons doivent être attribuées à la confiance qui produit, dit-il, un effet merveilleux dans certaines maladies indépendantes de toute lésion organique. C'est la théorie delà suggestion ; mais il se garde bien d'en abuser. Il n'affirme pas que tous les faits de Lourdes appartiennent à cett* catégorie; il déclare au contraire que, du moment où parmi ces faits, on trouverait réellement des guérisons de caries, d'ulcères, etc., en d'autres termes, de lésions matérielles, il renoncerait à les expliquer. La division du Dr Buchanan doit être acceptée par tout médecin sérieux et impartial.

Il a raison de se refuser à voir des miracles dans certaines guérisons de maladies nerveuses, quand 01 peut les expliquer naturellement.

Nous admettons aussi que l'imagination est capabk de causer des effets surprenants ; mais il faut se garder, si l'on ne veut faire injure à la science et au bon sens, d'en faire un agent de reconstitution capable d'effacer en une seconde des lésions organiques bien démontrées.

Sur ce terrain, l'accord est facile. Le Dr Buchanan est de bonne foi, et s'il poussait plus loin son enquête sui les guérisons de Lourdes, il trouverait l'occasion d'appliquer le second terme de son raisonnement. Il ne dirait pas comme le Dr Scherer, dans un article sur la

science et le miracle: « Personne n'a le droit, en me parlant d'une guérison inexplicable, de m'enfermer dans ce dilemme, ou révoquer en doute la sincérité du témoin, ou fournir une explication du prodige qu'il rapporte. » Étrange manière de raisonner et qui dénote plus de parti-pris que de logique.

Le Dr Constantin James nous avait dit : « J'ai visité Lourdes, avec le même esprit d'observation et la même réserve que j'ai apportés dans toutes mes excursions aux stations balnéaires. Or, pour ne parler que des faits qui me sont personnels, je veux dire qui se rattachent à ma clientèle propre, j'affirme avoir vu des malades en revenir guéris, alors que mes confrères et moi avions jugé leur état complètement au-dessus des ressources de la nature et de l'art. »

Du reste, si l'on peut étudier, discuter chaque cas, faire quelques recherches sur des points secondaires, il faut reconnaître que ces guérisons par leur nombre, qui va chaque jour croissant, constituent un véritable prodige.

Comment se fait-il pourtant que ces guérisons aient rencontré jusqu'ici une aussi vive, une aussi constante opposition? Comment se fait-il qu'avec les garanties qui les entourent, avec les noms de deux cents, de trois cents médecins qui s'en portent garants, elles n'aient pu s'imposer à l'attention, à l'examen des corps savants ?

io

C'est que l'homme ne croit que ce qu'il veut croire* Pour croire, il faut ne pas fermer obstinément son esprit à un enseignement.

On n'a jamais voulu croire que les faits de Lourdes fussent dignes des discussions de nos académies ou de nos écoles. Dirai-je que Lourdes est un mot compromettant, qu'on ne prononce qu'avec réserve dans certains milieux? Pourtant les médecins sont souvent moins sévères dans l'étude oul'analyse de certains sujets.

Nous ne voulons pas dire qu'ils soient restés étrangers aux grands événements qui, depuis plus de trente ans, se répètent autour de la Grotte. Jamais question n'a préoccupé davantage le monde savant, n'a provoqué plus de recherches, plus de travaux; jamais enquête n'a été conduite avec plus de précision, plus de rigueur, ne s'est appuyée sur le contrôle de noms plus autorisés?

Nous avons voulu indiquer dans ce travail, à quels camps appartiennent les adversaires et les partisans de Lourdes.

Les premiers jugent en philosophes, les second jugent et apprécient des faits dont ils sont témoins. L'avantage est du côté de ces derniers. Leur compétence est indiscutable. Aussi, voyons-nous souvent le même médecin, sceptique, incrédule ou railleur, vaincu par l'évidence des faits, reconnaître que les lois de son art sont renversées et violées, et que sa raison est impuissante à expliquer les résultats constatés.

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