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COMMENT ON CONSTATE UN MIRACLE

La femme à l'aiguille, Célestine Dubois. — Médecins consultés sur cette guérison. . — Rapport de la Commission nommée parl'évêque de Troyes. — Discussion des médecins. — Il est difficile de voir des miracles. — Comment on conduit une enquête.

Avec des éléments de contrôle aussi nombreux, aussi bien coordonnés, il devrait être facile d'interpréter les nombreuses guérisons qui se produisent à Lourdes ; il devrait être facile de constater un miracle.

A la fin d'une de ces journées de pèlerinage où les malades assiègent la clinique, en présence de toutes ces modifications instantanées opérées sur les affections les plus diverses, on devrait pouvoir retenir un exemple au-dessus de toute incertitude et de toute objection.

Il n'en est pas ainsi. — Les nombreux pèlerins qui viennent à Lourdes avec le désir de voir des miracles sont le plus souvent déçus dans leurs espérances. Le spectacle même de ces foules enthousiastes peut faire naître de singuliers doutes dans l'esprit d'un incrédule — que dis-je, d'un incrédule! — je ne l'étais certainement pas, lorsque j'assistais, il y a plusieurs années au

pèlerinage national. Mais je n'avais pas vu de miracles et je cherchais vainement à en voir.

Que pouvais-je apprendre ou retenir au milieu de ces notes disparates, de ces qualifications peu scientifiques? Je ne connaissais pas le malade avant son arrivée; je recueillais parfois quelques détails de sa bouche; mais quelles conclusions retirer d'une information aussi incomplète? Il faut entrer dans le bureau des médecins, refaire jour par jour l'histoire de ce malade, jeter ainsi les premiers jalons d'une observation, qu'une enquête ultérieure viendra compléter, consolider, ou mettre à néant.

C'est le 20 août 1886 que j'ai vu, pour la première fois, une guérison surnaturelle absolument inexplicable au point de vue scientifique. Le fait était très simple et pouvait facilement être interprété.

Une femme, Célestine Dubois, avait depuis 7 ans un fragment d'aiguille brisé dans la paume de la main. Il en résultait des souffrances continuelles. La main était gonflée; les doigts contractés et fortement repliés. On avait fait des tentatives pour extraire ce corps étranger. On avait fait des incisions, dilaté la plaie pendant deux ou trois semaines. Tous les efforts étaient restés sans résultat.

Elle venait de plonger sa main dans la piscine et, au bout de quelques minutes, cette aiguille subitement dégagée avait parcouru, avec la rapidité dlune flèche,

un trajet d'environ 8 centimètres. Elle était venue sortir à l'extrémité du pouce.

Cette rainure instantanément creusée formait un sillon rouge, profond à son origine, absolument sousépidermique dans la dernière partie de sa course. Ce trajet, minutieusement étudié à la loupe, présentait un orifice de sortie et pas de porte d'entrée. Par quel mécanisme l'aiguille, profondément implantée, depuis

7 ans, dans les tissus fibreux de la main, avait-elle pu se dégager, voyager avec une telle rapidité sous la peau, sans arrêt, sans obstacle, en se creusant un sillon de

8 centimètres?

Ce fait était absolument inexplicable. II devait laisser dans mon esprit une empreinte ineffaçable.

Je le racontais à quelques jours de là à un de mes confrères, je lui demandais s'il trouvait une explication possible. Je l'embarrassais ; il cherchait vainement une raison à côté: « Après tout, me dit-il, ne cherchons pas plus longtemps, pourquoi parler de surnaturel? Le bon Dieu ne se dérangerait pas pour une aiguille. »

Le trait était heureux ; mais il ne résolvait par mes doutes. — Cette guérison fit du bruit.

1 II était alors question d'une fourchette', que le Dr Labbé venait d'enlever de l'estomac d'un de ses clients ; le XIX* Siècle trouva matière à un rapprochement ingénieux. « Nous avions l'homme à la fourchette dit-il, nous avons la femme à l'aiguille. »

Voilà tout ce qui me fut donné pour la solution de

mon problème. Ce fait a été l'objet d'une longue enquête. Les médecins interrogés ont publié un rapport consciencieux, et nous avons une observation fort intéressante, qui a été insérée dans les Annales de Lourdes. Nous allons reproduire cette observation, avec les commentaires dont elle a été l'objet. Dans ces commentaires, nous verrons que l'on a discuté les hypothèses les plus improbables, afin de démontrer l'impossibilité absolue de toute supercherie.

La Commission n'avait pas à prononcer de jugement sur le caractère miraculeux de la guérison de Mlle Dubois ; mais il résulte clairement de son rapport que le miracle ne peut être révoqué en doute. Ce sera l'impression de tous ceux qui liront ce récit de bonne foi.

RAPPORT DE LA COMMISSION D'ENQUETE, INSTITUÉE PAR MONSEI- GNEUR l'ÉVÊQUE DE TROYES, A L'EFFET D'INFORMER SUR LE FAIT DE LA GUÉRISON A LOURDES DE Mlle DUBOIS.

I. Mlle Célestine Dubois est née à Paris, le 20 juillet 1850. Elle est venue à Troyes à l'âge de 16 ans, pour entrer au service de M. Hériot, alors caissier à la succursale de la Banque de France, et, depuis vingt ans, elle est toujours restée dans cette même maison. Elle est parente de Mme Hériot. Ses maîtres demeurent rue Notre-Dame, 74, à Troyes.

II. Le 6 octobre 1879, Célestine Dubois faisait un savonnage. Une aiguille, qui était probablement dans le corsage qu'elle savonnait, lui entra dans la main gauche et s'enfonça

dans l'éminence thénar, à la racine du pouce, d'avant en arrière et du dedans au dehors. Mme Hériot, qui était avec Célestine à la cuisine, l'entendant se récrier, s'empressa d'essayer de retirer l'aiguille, qui s'était enfoncée tout droit et qui tenait si fortement qu'elle eut grand peine à l'arracher. Elle put cependant la saisir par la partie saillante, qui était encore assez longue ; mais l'aiguille se cassa entre ses doigts, et elle n'en put retirer que la moitié. L'autre moitié resta dans la main de Célestine.

III. Le jour même, Célestine alla deux fois chez M. le Dr Viardin, qui était absent. Elle y retourna le lendemain; la main était un peu gonflée ; mais on ne voyait plus trace de piqûre, et M. Viardin, ne sentant pas de corps étranger, ne erut pas devoir pratiquer d'incision exploratrice.

Quelques jours après, et plusieurs fois dans l'année qui suivit l'accident, Célestine s'adressa à plusieurs docteurs de Troyes et d'ailleurs, qui constatèrent la présence d'un corps étranger, mais qui ne jugèrent pas à propos de recourir à une opération.

Cependant, deux ans après son accident, sur le conseil des Sœurs de la Charité, Célestine alla voir M. le Dr Hervey. Celui-ci sentit l'aiguille ; mais il ne voulut pas tenter une opération qu'il regardait comme assez délicate.

Sur ses instances, M. Hervey, ayant parfaitement constaté la présence d'un corps étranger, pratiqua une incision. L'aiguille n'ayant pu être extraite dès la première fois, il entretint l'incision avec une racine de gentiane et, pendant cinq ou six semaines, il tenta plusieurs fois l'extraction sans y réussir, et même sans pouvoir faire faire à l'aiguille aucun mouvement de bascule. Pendant tout ce temps, M. Hervey sentit toujours l'aiguille soit à la main, soit avec les pinces, et il constata que c'était un corps métallique. La présence de l'aiguille ne fait pour lui aucun doute.

M. le Dr Hervey a, du reste, délivré à Célestine, le 26 août 1886,i le certificat suivant: « J'ai soigné M1,e Gelés-

tine Dubois pour une aiguille entrée dans les chairs, il y a sept ans. Dans plusieurs explorations, je l'ai sentie, sans pouvoir l'extraire.

Troyes, le 26 août 1886.

Hervey. »

D'autres personnes ont constaté, à maintes reprises, la pre'sence de cette aiguille, par exemple, Sr Emilie, fille de la Charité, cloître Saint-Étienne, à Troyes, et M. et Mme Hériot.

IV. Pendant près de sept ans que cet état se prolongea, Célestine Dubois souffrait beaucoup, quoique d'une façon intermittente.

Quand on lui pressait la main, pour sentir l'aiguille, Célestine poussait des cris, en disant de ne pas presser si fort.

Comme il lui était souvent difficile de s'habiller, il fallut lui faire faire un vêtement exprès, afin qu'elle pût introduire plus aisément dans la manche sa main gonflée. Elle travaillait avec beaucoup de peine.

V. La souffrance prolongée, et l'inutilité des tentatives faites pour extraire l'aiguille, décidèrent Célestine, en 1886, à recourir à Notre-Dame de Lourdes.

M. Hériot affirme que, la veille ou l'avant-veille du départ de Célestine pour Lourdes, en 1886, il sentit encore parfaitement l'aiguille, toujours à la même place. Sr Emilie affirme également, conformément à la déclaration de Célestine, que, dans la quinzaine qui précéda le voyage de Lourdes, elle vit plusieurs fois la main malade, et que, chaque fois, elle sentit la présence de l'aiguille. Elle essaya même, deux jours avant le départ, de la faire sortir, en coupant l'épiderme avec des ciseaux, comme elle l'avait déjà fait précédemment.

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