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VI. Le départ de Troyes eut lieu le mardi 17 août

Pendant le voyage, Célestine souffrait beaucoup, elle po vait à peine se servir de sa main, et plusieurs des personne qui firent avec elle le voyage, ou qui la virent à Poitiers, confirment ce témoignage.

YII. Le pèlerinage arriva à Lourdes le vendredi matin, 20 août ; Célestine se rendit directement à la Grotte.

Dans l'après-midi, sur le conseil de Mme Vivien-Bertrand, de Troyes, elle se rendit à la piscine. Elle y laissa sa main pendant le temps d'un Ave Maria, mais la douleur ne se j calma point.

Peu de temps après, vers quatre heures et quart de l'après-midi, Mlle Recoing, de Troyes, rencontra Célestine. La main, toujours contractée, refusait de s'ouvrir. Elles allèrent ensemble à la piscine et entrèrent dans un petit cabinet, parfaitement éclairé, dit Mlle Recoing, appelé la piscine des petits bains, dans lequel il y avait un baquet plein d'eau très froide.

Célestine plongea sa main dans l'eau; mais immédiatement elle la retira, en jetant les hauts cris. Mlle Recoing lui saisit le poignet et lui replongea la main dans l'eau, où elle la tint à peu près deux minutes. Célestine continuait de crier: son visage était couvert de larmes et de sueur. Mlle Recoing lui retira la main ; les doigts étaient presque entièrement ouverts ; le pouce seul restait encore à moitié fermé. Aussitôt Mlle Recoing chercha à voir si elle apercevrait l'aiguille; mais, quoiqu'elle regardât bien au jour et très attentivement la main de Célestine, elle ne put rien découvrir.

Une seconde fois, elle plongea dans l'eau la main de Célestine et l'y tint à peu près l'espace d'une minute» Célestine continuait de souffrir et de crier, ses yeux étaient inondés de larmes, ce qui explique comment elle n'a rien vu de la marche progressive de l'aiguille. Quand, après une minute, Mlle Recoing lui retira la main, qui était alors parfaitement ouverte, l'aiguille apparut, dans presque toute

sa longueur, sous l'épiderme de la phalangette du pouce. Elle était un peu en biais, la pointe ne sortait pas encore, et la peau était plus épaisse au-dessus du gros bout qu'au dessus de la pointe, comme si l'aiguille sortait des profondeurs des chairs. A ce moment, l'aiguille était encore assez loin de l'endroit où elle sortit ensuite.

Une troisième fois, Mlle Recoing plongea dans l'eau la main de Célestine. Au bout d'une demi-minute, elle la retira et elle vit, tout à l'extrémité du pouce, l'aiguille qui sortait d'environ un centimètre. Elle la retira sans aucun effort.

Tout cela s'était passé dans l'espace d'environ quatre minutes.

D'après la déposition de Mlle Recoing, une dame qui était entrée dans le cabinet, sans qu'on l'eût remarquée, aurait dit qu'elle avait été témoin de tout ce qui s'était passé, qu'elle avait vu d'abord l'aiguille sous la peau et qu'ensuite elle l'avait vue sortir. Cette personne, à qui Mlle Recoing n'a pas demandé son nom et qui était restée longtemps inconnue, est Mlle Antoinette Cornet, membre du Comité de Notre-Dame de Salut, alors directrice de la piscine des petits bains, demeurant à Paris, 22, rue du Cherche-Midi.

« Après que Mlle Dubois se fut mise dans le bain, écrit à la date du 20 mai 1887 Mlle Cornet, l'aiguille a changé de place et a remonté dans la phalange du doigt. Ce fait nous a beaucoup émues toutes les trois. Nous nous sommes mises à prier et j'ai dit à la jeune fille de replacer sa main dans l'eau. Alors l'aiguille a continué à remonter toute seule, comme si quelqu'un la tenait, quoique personne ne la touchât. Quand cet objet s'est trouvé presque entièrement hors du doigt, la compagne de Mlle Dubois l'a pris pour qu'il ne tombât pas par terre.

VIII. « Aussitôt que l'aiguille fut sortie, dit Mlle Recoing, M1U Dubois me dit qu'elle ne souffrait plus. Elle remuait

les doigts avec une grande facilité. Je lui pressai la main pour voir s'il sortirait du sang ou de l'humeur ; mais il ne sortit absolument rien. »

Après avoir été' à la Grotte et à la basilique, Mlle Dubois et Mlle Recoing furent conduites par les Pères de l'Assomption, directeurs du pèlerinage, au Bureau des constatations médicales. Les médecins constatèrent l'existence d'une trace rouge, depuis le point d'entrée de l'aiguille jusqu'à la naissance du pouce et, sur une longueur d'environ deux centimètres et demi, depuis l'union de la phalange et de la phalangette jusqu'à l'extrémité de la pulpe, un soulèvement de l'épiderme. D'après leur observation, la raie noire de la phalangette était coupée par un petit intervalle, comme si l'aiguille, après être sortie delà peau sous l'épiderme, était rentrée sous l'épiderme pour sortir un peu plus loin.

Voici du reste le récit que j'adressais à la Commission le 7 septembre 1887.

« Nous étions quatre médecins dans le bureau, lorsqu (Mlle Dubois) vint nous présenter sa main, le Dr d'Hombr de Milhaud, un agrégé de la Faculté libre de Lille, le Dr de Saint-Maclou et moi. Un examen minutieux, longtemps continué à l'œil nu et à la loupe, nous permit de suivre exactement le trajet de l'aiguille. Ce trajet, parfaitement visible dans une étendue de six centimètres, se compose de deux parties : 1° une traînée rougeâtre sous la peau, qui, partant de la base de la phalange, va jusqu'à son extrémité ; 2° une ligne rouge sous-épidermique, qui occupe les deux tiers de la phalangette. Cette ligne est interrompue en un point par un petit pont sain. Ce pont semble correspondre à un pli cutané, déterminé par la ilexion du doigt. L'aiguille n'a pu suivre ce sillon dans son fond et a sauté d'un bord à l'autre. »

A leur grande surprise, dit encore Mlle Dubois, les médecins ne purent, en pressant le pouce, faire sourdre la

moindre goutte de sang. Cette pression ne causait à Célestine aucune douleur.

IX. Depuis son retour de Lourdes, Célestine ne souffre plus du tout, elle se sert parfaitement de sa main et elle fait tout son ouvrage.

X. Depuis le 20 août, la trace de l'aiguille, constatée à Lourdes par Mlle Recoing et par les médecins, n'a pas entièrement disparu.

Cette trace se composait de deux parties : 1° la traînée rougeâtre sous la peau, qui, partant de la base de la phalange, allait jusqu'à son extrémité supérieure ; 2° le soulèvement épidermique brunâtre, qui occupe la phalangette.

M. le Dr Coqueret et M. le Dr Hervey, que Célestine alla voir quelque temps après son retour de Lourdes, ont été surpris tous deux de voir l'état de son pouce. M. Coqueret dit que, d'ordinaire, les aiguilles, en sortant, laissent plutôt une trace de piqûre qu'une éraflure, comme celle qui existe sur le pouce de Célestine, et cette trace ne persiste jamais après l'extraction de l'aiguille. M. Hervey, de son côté, fait remarquer que jamais un corps étranger, en sortant de la main, ne suivrait une ligne courbe ; il ajoute que, lorsqu'il a vu la main de Célestine, la cicatrice n'avait pas l'apparence qu'elle a aujourd'hui ; l'épiderme n'était pas fendu ; et il ne serait pas surpris que Célestine l'entretînt exprès ; car il lui paraît impossible que, naturellement, cette cicatrice ait pu persister si longtemps. « La persistance de cette cicatrice, depuis un an, je le disais dans mon rapport, est véritablement en dehors de ce que nous observons d'ordinaire. Nous' ne chercherons pas à l'expliquer. Devons-nous admettre qu'elle est entretenue et ravivée tous les trois ou quatre jours? La chose n'est guère possible. La cicatrice changerait d'aspect, s'enflammerait. »

Sur la proposition de M. le Dr Viardin, la Commission a décidé de couvrir, pendant quelques jours, la plaie ou

cicatrice qui restait sur le pouce de Mlle Dubois, afin d( la préserver du contact de Pair et de toutes les influences extérieures, pour qu'il fût possible de se rendre compte de la manière dont la cicatrice se comporterait et de l'apparence qu'elle présenterait.

En conséquence, le mardi 20 décembre 1886, en présence de M. l'abbé Nioré, M. le [Dr Viardin a placé d'abord, sur toute l'étendue de la cicatrice, un taffetas vert, appelé pro tective ; pour le fixer, il mit plusieurs tours de bande de baudruche ; par dessus, un taffetas caoutchouté nomme mackintosch ; enfin, pour fixer le tout, de la gaze phé niquée, qui a été recouverte d'une couche de collodion. Le pansement fut surveillé pendant huit jours, par M. le Dr Viardin. Tout était resté en place.

Le mardi 28 décembre, la Commission s'est réunie che Mgr Robin, et M. le Dr Viardin a enlevé le pansement. Le gonflement de la main était très prononcé. On remarqua que le pansement était très sali. Sur l'observation qui lui en fut faite, Mlle Dubois répondit que c'était peut-être la suppuration du pouce, où elle croyait avoir un abcès. Arrivé à la couche de baudruche, on remarqua que la baudruche était complètement ramollie. Toute la peau du pouce était blanche, comme macérée ; comme si elle avait été quelque temps trempée dans l'eau ou baignée de sueur. La cicatrice paraissait enfoncée, plus profonde; après en avoir pratiqué le nettoyage, on constata que la cicatrice était devenue rosée et que, dans la partie inférieure, la trace brunâtre en avait en partie disparu. Mais depuis lors, la cicatrice a toujours persisté avec les mêmes caractères.

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