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CHAPITRE V

Guérison d'une de mes malades à Lourdes, au mois d'août 1889.

— Trente observations de maladies de poitrine. — Ces guérisons sont contraires à toutes les lois physiologiques.

— Cent médecins ont été témoins de ces modifications importantes.

Je trouve dans mes notes personnelles une observation qui pourrait prendre place à côté de la maladie et de la guérison de Sr Julienne.

Mlle C, âgée de 21 ans, a perdu son frère de la poitrine. Dans le courant de 1888, elle crache le sang. Tous les symptômes d'une maladie de poitrine se dessinent et s'accusent chaque jour. Je la vois à la fin de l'hiver 1889. Elle a de la toux, de l'essoufflement, du mouvement dans le pouls ; elle se nourrit mal, les crachements de sang se répètent à des intervalles plus rapprochés. Nous passons l'été dans ces conditions, tous les moyens sont impuissants pour arrêter l'évolution de la phtisie.

Au mois de janvier je conseille une saison à Cau-

terets ; la malade part le 1er août, le voyage est pénible,

Mlle CL a une abondante hémorrhagie dans la gare d'Agen.

Le Dr Rozier, de Cauterets, constate dans un certificat que je copie textuellement :

« A droite, en arrière, dans le tiers de la hauteur du » poumon, des râles sous-crépitants aux deux temps, un » souffle tubaire très intense et de la bronchophonie ; en » avant, sous la clavicule, souffle avec peu de râles.

» A gauche, l'auscultation indique les mêmes phe'no- » mènes, mais disposés en sens inverse. C'est dans les » régions sus et sous claviculaires que la voix retentit » le plus et que les râles sont plus abondants et plus » humides ».

-*«<? . LeDpRozier n'ose pas dans ces conditions conseiller

l'usage des eaux. La malade prend des bains de pied,

quelques cuillerées d'eau de Mauhourat et respire l'air

de la montagne.

En quittant Gauterets, la jeune fille s'arrête à Lourdes avec sa mère. C'était pendant le pèlerinage national; je me trouvais à Lourdes à ce moment-là et je revois ma cliente. Si je vais mieux me dit-elle, le mérite n'en revient pas aux eaux de Gauterets car je n'en ai pas bu. Le Dr Rozier m'avait écrit de son côté, me disant qu'en présence de la gravité des accidents, il n'avait pas voulu essayer d'une médication active, et que ses craintes étaient très grandes pour l'avenir.

La mère, justement préoccupée, paraît décidée à tous les sacrifices ; s'il le faut elle conduira sa fille passer l'hiver dans le midi.

Mais où aller et quel parti prendre ? 15 ou 20 médecins étaient réunis dans le bureau des constatations, je leur demande conseil. Us examinent ma malade, le

Dr de Saint-Maclou l'ausculte avec beaucoup de soin et il me dit que dans ces formes actives de phtisie, les climats du midi et du bord de la mer ont souvent des inconvénients, qu'il hésite à prononcer un nom. C'était aussi mon sentiment. J'engage Mlle G. à se reposer un mois ou deux avant de prendre une détermination définitive.

La jeune fille va prier à la Grotte et part par le train du soir, pour rentrer chez elle.

Voilà la première partie de son histoire. +*- Antécédents héréditaires directs, évolution bien constatée d'une maladie de poitrine, lésions avancées dans le sommet des deux poumons. Le médecin ordinaire, les médecins de Gauterets, les médecins réunis à Lourdes sont unanimes et également affirmatifs dans leur jugement.

Je revois MUe G. au mois d'octobre. Je ne trouve trace d'aucune lésion dans la poitrine ; souffle, râle, matité, tout a disparu. L'état général est transformé. Il y a une augmentation de poids de 8 ou 10 livres; l'appétit est revenu; le teint, les couleurs, tout indique une santé normale. Et cet heureux changement n'est pas une modification passagère, mais un résultat définitif, bien acquis. Depuis un an, ni les rigueurs de l'hiver, ni l'épidémie d'influenza n'ont pu l'ébranler ou le compromettre. Depuis cette époque, il n'y a eu ni toux, ni bronchite ; l'état général n'a pas faibli un seul instant.

Que s'est-il donc passé? et comment pouvons-nous interpréter ou comprendre cette guérison ?

Depuis son retour de Lourdes, cette malade avait éprouvé une amélioration sensible qui s'était affirmée chaque jour; il n'y avait pas eu une résurrection instantanée, un coup de théâtre, comme pour Sr Julienne; mais une reprise graduelle et continue. On ne peut en rapporter le bénéfice ni aux eaux de Cauterets qu'elle n'avait pas bues, ni à un traitement quelconque : elle n'avait pris aucun remède.

Une phtisie qui évolue, depuis 18 mois, avec cette violence, cette intensité sur un terrain bien préparé, qui s'accuse par des lésions avancées aux sommets des deux poumons, qui ébranle l'économie, et trouble toutes les fonctions, ne s'arrête pas d'ordinaire. S'il y a une amélioration, elle n'est ni complète, ni durable, les lésions acquises subsistent, on en trouve la trace en attendant qu'elles reprennent leur marche et qu'elles s'accusent par des désordres nouveaux.

Mlle G. est venue cette année à Lourdes. Pendant le pèlerinage national, elle s'est présentée de nouveau aux médecins qui l'avaient vue l'année dernière, et qui ont pu constater qu'elle était complètement guérie. Un de nos confrères qui la voyait pour la première fois, et qui entendait le récit de sa maladie, la description de tous les signes que l'auscultation nous avait révélés, me disait : Je n'admettrai jamais 6;ue cette personne que

je vois là, avec toutes les apparences d'une santé parfaite, soit cette phtisique, dont vous venez de nous faire la description.

Si je pouvais, lui répondis-je, faire renaître la maladie sous vos yeux, et l'effacer à mon gré, refaire en un instant et devant vous, le miracle qui s'est produit l'année dernière, je vous donnerais la preuve que vous souhaitez, et qui seule, dites-vous, pourrait vous convaincre. Ceci n'est pas en mon pouvoir; nous sommes des témoins et non pas des acteurs. Constatez l'état actuel et jugez du passé par les certificats et les affirmations que je mets sous vos yeux. Nous ne pouvons retenir le temps qui s'écoule, embrasser d'un seul regard toutes les pages d'une histoire ; nous ne pouvons que contrôler les preuves données, les témoignages reçus. Dans ce fait les garanties les plus sérieuses paraissent réunies.

Nous avons dit que Mlle G., en sortant du bureau des médecins, le 25 août 1889, était allée prier à la Grotte. Cette prière fut le seul acte extérieur visible, de son passage à Lourdes. Elle n'a pas pris de bain de piscine, elle n'est pas venue en pèlerinage, elle ne s'est pas mêlée à ces foules qui, par leurs supplications ininterrompues, nuit et jour, semblent faire violence au ciel. Non, elle s'est agenouillée devant la Grotte, elle a prié quelques instants, elle a demandé et obtenu sa guérison.

Un Père de l'Assomption, qui écoutait le récit de

Mlle C, voulut l'interroger à part, surprendre le secret des voies mystérieuses qui avaient pu mériter à cette âme si simple et si droite une aussi grande grâce. Mais il ne put en savoir davantage.

Tout se réduisait à cette réponse qui renfermait l'histoire de sa guérison : Depuis mon passage à Lourdes, depuis ma prière à la Grotte, j'ai constaté une amélioration progressive qui ne s'est pas démentie. Un mois après j'étais guérie, et jamais depuis un an je n'ai eu d'accident du côté de la poitrine.

Dans cette variété infinie de faits, on trouve ainsi la réponse à toutes les objections formulées contre les guérisons de Lourdes. Si, au milieu du bruit et de l'entraînement des foules, on peut parler de suggestion, que peut-on dire ici ? Quel rapprochement établir entre cette prière si simple et cette guérison, qui arrête brusquement le cours d'une maladie de poitrine qui semble des plus graves.

C'est en rapprochant des résultats amenés par des causes si diverses, c'est en étudiant les nuances, les notes qui différencient tous les faits, que l'on peut conserver à l'histoire de Lourdes, sa physionomie et son enseignement véritable.

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