‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 10 sur 127 · M. DE VILLETTE, MADAME DE GAYLUS · texte numérisé non relu

M. DE VILLETTE, MADAME DE GAYLUS

et cela, par la controverse la plus simple du monde : Voulez-vous vous convertir? Je vous donne 6,000 livres de pension. Vous ne voulez pas? Je vous destitue !

Madame de Maintenon eut à cœur de convertir ses parents. Son cousin, M. de Villette, avait deux fils; mais ni pour lui-même, ni pour ses enfants, il ne voulait entendre parler de conversion. Madame de Maintenon le pressait sans cesse et de toutes manières (1); mais elle avait beau faire luire à ses yeux l'espoir d'une récompense ; il demeurait inflexible. Pour en avoir raison, elle dut imaginer de Tenvoyer en mission pour des mers lointaines (il était dans la marine); sitôt qu'il fut parti, elle fit enlever son second fils. Son confesseur se chargea du reste. Première victoire.

De sa seconde femme, M. de Villette avait une fille, qui devint dans la suite Madame de Gaylus. Madame de Maintenon fit pour elle comme pour le jeune garçon. Une amie enlève la jeune fille à sa mère et l'emmène à Paris. Madame de Caylus raconte cet épisode de sa jeunesse dans ses Souvenirs, livre plein de grâce et de naturel. « Je pleurai d'abord beaucoup, dit-elle, mais je

(1) Elle lui écrivait des plaisanteries du genre dévot: «Je souhaiterais que vous lussiez plus heureux dans ce monde ici, et moins huguenot pour l'autre. » Juin 1670.

trouvai le lendemain la messe du roi si belle que je consentis à me faire catholique, à condition que je l'entendrais tous les jours et qu'on me garantirait du fouet. C'est là toute la controverse qu'on employa, et la seule abjuration que je fis (1). »

Au retour de ses voyages, M. de Villette ne put contenir son indignation et sa douleur. Madame de Maintenon lui fit cette réponse : a Je me suis servie de votre absence comme du seul temps où j'en pourrai venir à bout. »

M. de Yillette s'apaisa, avec le temps, et se convertit à son tour.

La main qui exécute ce que le clergé demande sans relâche, ce que Madame de Maintenon approuve et conseille, est celle de Louvois. Louvois n'était pas dévot; tant s'en faut; il se raillait sous cape de Seignelay en qui s'accusaient des intermittences de piété (2) ; quant à lui, il n'avait d'autre dévotion que celle de sa faveur; son crédit passait avant tout. En frappant les huguenots, on se rendait agréable au roi et à Madame de Maintenon ; il frappa les huguenots. N'y avait-il pas d'ailleurs dans l'attitude qu'il prit à leur égard l'arrière-pensée de faire pièce à Colbert, favorable, comme on sait,

(1) Souvenirs de Madame de Caylifs.

(2) Camille Rousset, Histoh^e de Loia-ois.

QUE VEUT LOUVOÎS? ^i

aux protestants? Peut-être. Mais la raison déterminante qui amena Louvois dans ces affaires religieuses, si étrangères à son domaine propre, semble avoir été le désir de se rendre utile et de maintenir sa fortune en plaisant à la cour. Certain souvenir pesait sur son cœur ; on raconte qu'il s'était jeté aux pieds de Louis XIV pour le supplier de renoncer à son mariage avec la veuve de Scarron, et que, tirant son épée, il lui avait dit : Tuez-moi plutôt que de me forcer à voir une pareille infamie (1) î Beau zèle, dont le souvenir devint de plus en plus amer, au fur et à mesure que l'astre de Madame de Maintenon jetait plus d'éclat. Pour réparer cette faute, il ne laissa échapper aucune occasion. Par les magnificences de Versailles et de Marly, il caressa l'amour de Louis XIV pour le faste et les grands travaux ; par la ruine de l'hérésie, il flattait sa vanité, en lui ouvrant la perspective de l'unité religieuse du royaume. Le temps et les moyens, la paix de Nimègue les lui fournit. (c M. de Louvois, dit Madame de Caylus, eut peur, voyant la paix faite, de laisser trop d'avantage sur lui aux ministres, et surtout à M. Colbert et à M. de Seignelay, son fils, et il voulut, à quelque prix que ce fût, mêler du militaire à un projet qui ne devait être fondé

(1) Mémoires de Saint-Simon.

que sur la charité et la douceur. Des évêques gagnés par lui, abusèrent de ces paroles de l'Evangile : Contrains-les d'entrer, et soutinrent qu'il fallait user de violence quand la douceur ne suffisait pas; puisque, après tout, si cette violence ne faisait pas de bons catholiques dans le temps présent, elle ferait au moins que les enfants des pères qu'on aurait ainsi forcés le deviendraient de bonne foi (1). »

C'était au dix-septième siècle l'opinion commune que l'emploi de la violence était venu de son fait ; cette violence était dans son caractère naturellement dur, peu scrupuleux sur les moyens, avide de succès et capable de tout oser en cas de résistance. Voici un autre écho des rumeurs de l'opinion du temps sur cette affaire : « Le public a cru que c'était M. de Louvois qui avait le plus conseillé au roi d'exterminer les restes d'un parti odieux, et d'ajouter au titre de conquérant celui de destructeur de l'hérésie; saisissant ainsi cette occasion de soutenir son crédit dans la paix comme dans la guerre, en faisant servir les troupes même d'instrument à la religion dont le roi était rempli. Mais si ce ne fut pas ce ministre qui lui fit prendre cette résolution; s'il y résista même, comme d'autres l'ont dit, et s'il est vrai qu'elle fut inspirée par l'archevêque

(1) Souvenirs de Madame de Caylus^

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