‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 11 sur 127 · UN ÉCLAIR VIENT DE MARILLAC · texte numérisé non relu

UN ÉCLAIR VIENT DE MARILLAC

de Paris et par le père de Lachaise, il eut au moins la principale part à Texécution, et il faut l'excuser s'il n'a pas cru devoir être plus scrupuleux sur ce point, qu'un archevêque et un confesseur (1). »

Toutefois, malgré cette vive démangeaison de se mettre en scène, Louvois ne savait par quel biais entrer de plain-pied, lui, ministre de la guerre, dans une affaire purement religieuse; cela regardait Cliâteauneuf et laVrillière. Etaitil possible de les reléguer dans l'ombre et s'emparer de leur office ? Un éclair vint du Poitou, de l'intendant Marillac, qui, le premier, donna charge d'âmes à ses troupes. La fortune de Louvois était faite; il eut conscience aussitôt de l'importance extraordinaire que les missions bottées allaient lui donner, et, sans plus tarder, il se mit à l'œuvre. Clergé, dragons, intendants missionnaires bottés et non bottés, tout tourne dès lors autour de lui dans une pitoyable confusion. Louvois est l'âme du gouvernement de 1680 à 1689.

La tactique qu'il suit à l'égard des religionnaires n'est pas méditée, concertée de longue main ; c'est plutôt une tactique au jour le jour.

(1) Discours sur la vie et la mort de M. DagiiesseaK^ dans les Œuvres de son fils le chancelier d'Aguesseau, vol. XIII, p. 51. Paris, 1789,

brusque, imprévue, variable et variée suivant les pays et suivant les classes des religionnaires (1), c'est un flux et reflux d'ordres souvent contradictoires bien que dictés en vue d'un but bien déterminé. Il est cependant deux mouvements à noter au milieu de cette sorte de chaos. Avant 1685, Louvois est relativement modéré; il est loin de lâcher la bride à ses intendants; il les reprend, il les tance, s'il juge qu'ils vont trop loin; ainsi pour Marillac, qu'il révoque; ainsi

(1) Louvois fait plusieurs catégories de religionnaires : Dans la première entrent le menu peuple, les artisans, les bourgeois et les ministres; avec ceux-là, pas de ménagements. Dans la seconde, les marchands, les manufacturiers; prendre garde; ne pas les pousser à bout, parce que leur commerce est utile à l'Etat. La troisième classe est celle des gentilshommes ; les ménager, ne pas loger des troupes chez eux, surtout s'ils ont rendu des services au pays. Avec eux, on prendra des détours; on vérifiera si leurs titres de noblesse sont en règle : piège tendu à leur vanité; on devra s'enquérir des démêlés qu'ils pourraient avoir avec leurs voisins, et on leur donnera tort.

Restent les officiers de la religion protestante ; ici, procéder avec prudence; peu d'avancement d'abord, plus tard (1686) plus du tout. Il faut se convertir. En 1687, on se relâche. Le 12 février de cette année, Louvois écrit aux intendants de ne pas faire passer la procession du saint-sacrement devant les postes où se trouveront les officiers suisses et étrangers.

« Il reste à vous informer, dit-il, de l'intention du roi h l'égard des postes devant lesquels le saint-sacrement passera, lorsqu'on le portera aux malades. Sa Majesté trouvera bon qu'en ce cas, il n'y ait que les catholiques qui sortent pour prendre les armes et se mettent à genoux; que si tout ce qui sera dans le corps de garde se trouvait hérétique, l'intention de Sa Majesté est que ledit corps de garde ne prenne pas les armes, et que tout ce qu'il y aura des officiers ou soldats hérétiques sur le chemin du saint-sacrement, qui ne pouvaient point l'éviter sans scandale, s'arrêtent, lorsqu'il passei^a, et demeurent en posture de respect, c'est-à-dire debout et chapeau bas. »

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