‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 9 sur 127 · ZÈLE DÉVOT DE MADAME DE MAINTENON · texte numérisé non relu

ZÈLE DÉVOT DE MADAME DE MAINTENON

chez elle à une dévotion qui parle toujours d'ellemême, s'étale et appelle des louanges. Avec cette fourberie et cette dévotion fortement mêlées d'ambition, elle arrive à se faire épouser en cachette par Louis XIV, entre l'archevêque de Harlay, qui bénit le mariage, et le valet Bontemps, qui sert la messe pour la circonstance. Ce mariage coûta cher aux protestants (1). Leurs lamentations s'élevaient inutilement vers le ciel, quand la petite-fille d' Agrippa d'Aubigné montait sur le trône de France.

Pendant qu'elle manœuvre en dessous pour expulser Madame de Montespan, la veuve Scarron étale à ciel ouvert son zèle convertisseur (2)

(1) « Elle eût voulu, je crois, pouvoir se reculer, ne pas parler. Pour une si grande résolution, d'une portée si vaste et si obscure, où le roi plus tard pouvait varier, elle eût mieux aimé dire modestement qu'elle n'était qu'une femme et ne se mêlait pas de choses si hautes. Mais les Jésuites ne pouvaient lui permettre de s'abstenir. Madame, mère du Régent, dit expressément qu'elle écrivit un Mémoire pour conseiller la révocation. Et le bon sens indique qu'il en dut être ainsi. Si elle ne leur eût donné un gage décisif, elle n'eût jamais obtenu le consentement k la chose si difficile, qui faisait son sort, le mariage. » (Miclie- \eX, Lo^i.is XIY et la révocation de Védit de Nantes,]). 29S.)

(2) « On ne voit que moi dans les églises conduisant quelque huguenot.» 27 septembre 1681. [Lettres, édition de M. Th. Lavallée.)

Il y a cependant des conversions dont elle ne se vante pas, celle-ci entre autres, que nous révèle une lettre de Seignelay à l'archevêque de Paris :

« Ce billet est pour vous donner avis que j'envoie k M. de la Reynie les ordres du roi pyur faire arrêter Madame d'Heucourt et la conduire à l'abbaye de Port-Royal. Cest Madame de Maintenon qni Va demandé au roi.» (Correspondance administrative, vol. IV, p. 392.)

et travaille à la fortune de son frère. Ce frère, capitaine des gardes, était une tête légère; il gaspillait son argent, jouait gros jeu et donnait beaucoup d'occupation à sa sœur. Mais celle-ci songe à tout. Elle lui écrit, le 27 septembre 1681 : a Vous ne pourriez mieux faire que d'acheter une terre en Poitou ; elles vont s'y donner par la désertion des huguenots. » Quelle belle occasion pour la petite-fille d' Agrippa d'Aubigné d'avoir un mot de pitié pour les pauvres persécutés ! Rien ; dans la ruine de ces familles, elle voit une bonne aubaine : son frère achètera une terre au rabais !

Elle mit les conversions à la mode, il fut de bon ton de s'intéresser au salut des âmes perdues dans l'hérésie ; c'était une fureur. « Tout est missionnaire présentement, écrit Madame de Sévigné; chacun croit avoir une mission, et surtout les magistrats et les gouverneurs de province, soulenus de quelques dragons. C'est la plus grande et la plus belle chose qui ait été imaginée et exécutée (1). »

Louvois lui-même, oui, Louvois, se mêle de la conversion d'un syndic de Strasbourg-, il veut, lui aussi, offrir un hérétique au Seigneur,

(1) Lettre au président de Moulce£|,u, 24 novembre 1685. (Edition Régnier, t. VII, p. 477.) On remarquera le charmant effet de ce petit membre de phrase, tout discret, et qui n'ose quasi pas venir : soutenus de quelques dragons.

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