BAPTÊME DES ENFANTS
gens de métier, les curés en auront soin; ils leur feront régulièrement le catéchisme, « d'une manière sensible et populaire ; » tous les mois ils tiendront les évoques au courant des progrès des néophytes. La dépense sera faite, d'une part, par les familles; de l'autre, par les biens confisqués aux fugitifs (1).
Un jurisconsulte rédigea un mémoire pour les enfants convertis, afin de les garantir des aliénations et des hypothèques de leurs pères et mères hérétiques (2). Ce savant homme loue en passant l'édit burlesque par lequel les enfants, dès l'âge de sept ans, sont déclarés capables de se prononcer sur les points de controverse qui divisaient un Claude et un Bossuet; le motif qu'il en donne c'est « qu'en effet, à cet âge, les enfants commencent à avoir l'usage de la raison. »
L'auteur d'un autre mémoire propose d'envoyer les filles des gentilshommes à Saint-Cyr, « cet heureux asile. » Madame de Maintenon pouvait-elle donc remplacer leurs mères?
Avant 1685, de rares ministres sont chargés de baptiser les enfants, dans les vingt-quatre heures de leur naissance. Les baptêmes doivent être faits dans la maison commune, ou dans une
(1) Mémoire sur les enfants des nouveaux convertis. Papiers Rulhiéres, vol. I.
(2) Papiers Rulhiéres, vol I.
chambre du lieu où se rend la justice, et, s'il n y en a point, chez le consul ou le marguillier, mais jamais dans la maison du ministre, et seulement en cas de nécessité pressante, dans la maison où les enfants sont nés.
Ces ministres sont tenus de choisir leur résidence dans des lieux éloignés des paroisses où ils ont exercé leur charge. Les intendants doivent choisir « les plus ignorants et les moins accrédités parmi les religionnaires, » afin qu'on ait moins de confiance en eux; il faut, en outre, leur faire savoir que les baptêmes seuls leur sont permis, et qu'ils doivent bien se garder d'aller chez les malades sous prétexte de les consoler (1).
Mais les ministres refusent de baptiser ailleurs que dans les lieux affectés au culte ; car, disentils, le baptême ne va pas sans la prédication. Une controverse s'engage sur ce point spécial ; on leur répond par des arguments tirés de Jurieu , de Casaubon et autres auteurs de la Réforme; s'ils ne se soumettent pas à ces autorités, on les menace du bannissement. Dans l'intervalle de ces discussions, beaucoup d'enfants meurent sans avoir été baptisés, ou bien les curés, accourus au dernier moment, les
(1) Extrait des registres du conseil d'Etat, Papiers RuLhièreSf vol. I.