‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 103 sur 127 · FÉLICITATIONS DU TAPE ININOCENT XI · texte numérisé non relu

FÉLICITATIONS DU TAPE ININOCENT XI

oratoires de TAcadcmie, un hémistiche dans le concert des poètes. Toute la gloire rejaillit sur Louis XïV : on lui éleva une statue à l'Hôtel de Ville (1689) avec cette inscription : Ludomco magnOy viclorl perpétua, Ecclesiae et regum d'ignitatis semper asserlori^ prœfectus et œdiles. Sur un bas-relief dû au ciseau de Coysevox, on voyait une figure avec des ailes de chauve-souris étendues sur les œuvres de Calvin et de Jean Huss. Cette statue fut fondue en HOO ; on en fit des canons qui annoncèrent, à Valmy, la chute irrévocable de la monarchie absolue. Ce grand concert de courtisans se complète par les félicitations que le pape Innocent XI adresse à Louis XIV, au nom de TEglise universelle : « Entre toutes les preuves que Votre Majesté a données de sa piété naturelle, il n'en est point de plus éclatante que le zèle vraiment digne du roi très-chrétien qui l'a portée à révoquer toutes les ordonnances rendues en faveur des hérétiques de votre royaume. » (Bref du 13 novembre 1685.)

Bossuet et Fléchier ne sont pas au bout de leurs périodes déclamatoires, La Bruyère, Madame de Sévigné , l'abbé de Rancé et Arnauld n'ont pas déposé la plume, le murmure des approbations académiques ne s'est pas évanoui, que le maréchal Vauban adresse un

mémoire à Louis XIV sur le Rappel des huguenots , L'honnête Vauban trace le tableau des pertes essuyées par la France depuis la révocation de l'édit de Nantes : désertion de quatre-vingts ou cent mille (1) personnes de toutes conditions, emportant plus de trente millions de numéraire; ruine de l'industrie et du commerce : départ de huit ou neuf mille matelots, les meilleurs du royaume, qui sont allés grossir les flottes ennemies, tel est, en gros, le bilan du désastre. Les protestants demeurés en France sont -ils, au moins, bons catholiques? Il n'en est pas un seul de sincèrement converti; la contrainte n'a produit que des hypocrites et des relaps. « Les rois, ajoute Vauban, sont bien maîtres des vies et des biens de leurs sujets, mais jamais de leurs opinions. » Il est à craindre que la continuation des rigueurs contre les religionnaires ne finisse par exciter des troubles dans le royaume. Quel a été l'effet de la force brutale jusqu'à cette heure ? D'inspirer une profonde horreur aux protestants et d'éveiller la compassion dans le cœur des bons catholiques. Autre danger : tant d'injustices recrutent des amis au prince d'Orange, au sein même du pays.

« Il ne faut point se flatter, poursuit Vauban avec sa mâle et patriotique franchise, le dedans

(1) Ce chififre est bien au-dessous de la vérité*

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