‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 104 sur 127 · CONSEILS PATRIOTIQUES DE VAUBAN · texte numérisé non relu

CONSEILS PATRIOTIQUES DE VAUBAN

du royaume est ruiné; tout souffre, tout pâtit, tout gémit... Si personne ne crie, c'est que le roi est craint et révéré... C'est pourquoi présentement que le roi est dans la pleine jouissance de ses droits et que personne n'est en état de lui rien proposer en faveur des religionnaires, il semble que c'est le vrai système d'user de justice envers eux... J'avoue bien qu'il est dur à un grand prince de se rétracter des choses qu'il a faites, mais enfin le roi sait mieux que personne que, dans toutes les affaires de ce monde qui ont delà suite, ce qui est bon dans un temps l'est rarement dans l'autre. .. Présentement qu'on peut dire l'entreprise impossible et d'une continuation très-dangereuse. Sa Majesté ne doit faire aucune difficulté de se rétracter, et j'ose même dire qu'il y aurait de la témérité à s'y opiniâtrer davantage et de ne pas céder au temps dans une conjoncture aussi fâcheuse, puisque ce serait mépriser mal à propos les règles du bon sens et de la politique, qui veulent que les grands hommes s'y accommodent et sachent plier leur conduite selon les différents changements qui arrivent dans les Etats. »

Le roi doit passer par-dessus les considérations frivoles de la vanité ou de l'orgueil blessé et déclarer que, s'étant aperçu a\ec douleur du mauvais succès des conversions, « il rétablit

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Téclit de Nantes purement et simplement. » Il résultera de cette déclaration :

Que les protestants pouvant enfin respirer en avertiront leurs parents et leurs amis en exil, et ceux-ci se hâteront de revenir en France ;

Que le roi « mettra le poignard dans le sein du prince d'Orange ; »

Qu'il recouvrera une foule de sujets perdus (1).

Nous voilà loin du langage des Fléchier et des Bossuet ! Qui disait vrai, des évêques ou du maréchal , ce grand patriote , comme l'appelle Saint-Simon ? Dans une addition faite à son mémoire trois ans après, Vauban disait encore ces paroles, si bien confirmées depuis : « Le soutien des conversions forcées ne peut être d'aucune utilité au royaume, pas même à la religion catholique, qui n'en sera que plus négligée. La persévérance des conversions nourrit une foule d'ennemis cachés très-dangereux. »

Vauban exprimait dans ces paroles l'opinion de tous les hommes de son temps que n aveuglaient ni le fanatisme religieux, ni le désir immodéré de trouver beau tout ce qui était voulu par le roi. Un contemporain, docteur de Sorbonne, rédigeait un mémoire inspiré des mêmes

(1) Mémoire sur le rappel des huguenots^ 1689. Papiers Rulhières.

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