‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 105 sur 127 · MÉMOIRE D UN DOCTEUR DE SORBONNE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE D UN DOCTEUR DE SORBONNE

sentiments. Il demande aussi qu'on mette fin aux violences inutilement exercées contre les religionnaires. « On croit même, dit-il, que par ces tempéraments de douceur tout pourra se tranquilliser au dedans, le commerce se rétablir, les esprits se rassurer, au lieu que si Ton attend plus longtemps, le mal augmentera (1). »

Ces paroles, dont la postérité a ratifié la sagesse, hardies pour leur temps, banales pour nous à force d'être vraies, vengent l'humanité, la justice et le bon sens outragés par tant d'aveuglement et de crimes. On se sent soulagé de sortir de l'épaisse cohue des courtisans et de se rencontrer face à face avec des hommes qui placent l'intérêt de la patrie au-dessus de l'envie de flatter le roi et de plaire au clergé. Mais la Providence réserve d'autres châtiments aux instruments de tant de calamités : Louvois meurt dans la disgrâce, Louis XIY descend dans la tombe au milieu des huées de son peuple, la monarchie se précipite vers sa ruine, l'immoralité déborde, de sourds murmures annoncent la tempête : le dix-huitième siècle entre comme un vengeur sur la scène de Thistoire.

(1) Mémoire cVun docteur de Sorbonne sur le rappel des huguenots, Pupiers lîulhières, vol. I.

Mort de Louvois (1691) racontée par Saint-Simon. — Etat déplorable de la France à la mort de Louis XIV (1715). Déclin de la monarchie; le testament du roi est cassé. — L'Eglise n'a pas plus gagné que la monarchie à la révocation. La persécution fait des sceptiques : Condillac, Mably, Beaumarchais , descendent de protestants, — Avertissement de Bayle. — Le clergé s'est déconsidéré « en animant les bourreaux. » — Les Lettres persanes ; les grandes voix du temps s'élèvent en faveur des protestants : Voltaire, Turgot, Malesherbes, Lafayette. — Tolérance du pouvoir, mais il y a des pasteurs conduits au supplice, des captives à la tour de Constance; l'affaire Calas. — Ordonnance de 1786. — La liberté des cultes proclamée par l'Assemblée constituante. — Un projet d'émigration pour soixante mille religionnaires ; négociations ouvertes entre Gibert et l'archevêque de Canterbury, Pourquoi le projet avorta. — Dispersion des protestants ; services rendus à la Prusse, à l'Angleterre, à la Suisse, k l'Amérique. — Les protestants et la Révolution française ; ils la saluent avec joie. Principes politiques des protestants : Hotman , Languet, Jurieu. Un mot du duc de Rohan. Restitution des propriétés aux familles protestantes par l'Assemblée nationale.

louvois meurt en 1691, d'une mort imprévue et tragique, au milieu de Tindifférence générale, plus odieuse au cœur d'un courtisan que les accents de la réprobation publique. Ce ministre a sacrifié au service de son maître les sentiments naturels au cœur de l'homme, Thumanité et la

Page 1