ACCUEIL FAIT AUX DÉPUTÉS
Louvois à Foucault, 8 novembre 1685.
« Je vous fais ce mot pour vous donner avis que les trois gentilshommes, qui étaient venus en députation de la part de la noblesse de la R. P. R. de Poitou, ont été arrêtés hier par ordre du roi et conduits prisonniers à la Bastille (1). »
Même accueil aux députés de TAngoumois :
Louvois à M. de Gourgues, 11 novembre 1685,
« J'ai cru devoir vous donner part que les sieurs de Louchimbert, frères, gentilshommes de la province d'Angoumois de la R. P. R., étant venus jusqu'ici faire des remontrance au roi, Sa Majesté a ordonné qu'ils fussent envoyés à la Bastille (2). »
A défaut de députés, les protestants adressent des placets au monarque. Voici la singulière réponse de Louvois :
A M, Dasfeld, 27 octobre 1685.
« Je vous adresse une lettre des gentilshommes de la R. P. R. du Poitou et le placet qui
(1) Archives de la guerre. Dépôt général, 1685.
l'accompagne afin que vous leur déclariez que je n'ai point voulu rendre compte au roi de ce qu'il contient, de peur de leur procurer un châtitiment considérable, et qu'il est bon qu'ils s'abstiennent d'une pareille conduite àVavenir (1). »
Quelle audace de pareilles lettres donnaient aux commandants et intendants ! Avant la révocation, les choses se passaient de même. Le marquis de Venours et un gentilhomme du nom de Lestortières viennent trouver Louvois et lui remettent des procès-verbaux et des documents dont ils garantissent l'authenticité sur leur tête. Louvois plaisante d'abord, mais, voyant que les deux députés lui parlent très-sérieusement, il prend les pièces et promet de les communiquer au roi. Peu de jours après, les députés retournent à Fontainebleau, et voici la réponse qui leur est donnée ; « Messieurs, leur dit Louvois, j'ai rougi de honte d'avoir rapporté votre requête au Roi, parce que Sa Majesté m'a dit qu'elle était bien informée qu'elle est pleine de faits supposés (2). » Les deux députés se retirent la mort dans l'âme, non sans avoir reçu l'ordre de ne plus se présenter à Fontainebleau.
Peut-on s'étonner ensuite quand on lit ce fragment d'une lettre du curé de Soubise à un
(2) Elie Benoît, Histoire de Védit de Nantes, p. 479. Delft. 1695.