‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 18 sur 127 · MICHEL DE MARILLAC · texte numérisé non relu

MICHEL DE MARILLAC

le nord, ravage la Normandie, la Picardie, étonffe les germes de réforme en Bretagne, passe à Metz, à Sedan; atteint par Lyon, le pays de Gex et se replie enfin sur les provinces du centre. Mais là son œuvre est faite en un clin d'œil. Elle n'a qu'à se montrer pour que tout plie.

Il n'en fut pas de même dans le Poitou et dans le Midi. Le Poitou, cette belle province, à la prospérité de laquelle les protestants contribuaient dans une large mesure par leur agriculture et leurs fabriques de toiles et de laines, avait alors pour intendant IMichel de Marillac, créature de Louvois, homme d'action, qui n'avait qu'un rêve : relever le lustre de sa famille déchue depuis Louis XIIL En lui était l'espoir de sa maison; il montra qu'un homme peut flétrir à jamais son nom, en voulant le réhabiliter à tout prix.

Toutefois, avant 1660, Marillac jouit d'une bonne renommée; on l'estime pour sa modération, et, selon toute apparence, cette estime est méritée, car elle est commune aux protestants et aux catholiques. Sur ces entrefaites, Marillac est informé de l'intention où est la cour d'extirper l'hérésie du royaume ; il mesure de la pensée la carrière qui s'ouvre à son ambition et s'y jette à corps perdu. Grande fut l'épouvante des protestants poitevins.

Ils n'avaient pas vu sans effroi pour leur avenir la démolition de leurs temples et l'interdiction du culte. Un arrêt du 6 août 1665 avait condamné à tomber sous le marteau tous ces édifices où ils ne demandaient qu'à prier, mais l'exécution souffrit un retard. Le lieutenant général et le procureur, étant venus à Exoudun pour abattre le temple, trouvent deux ou trois mille paysans attroupés : c'était des huguenots. Le temple ne fut pas démoli pour cette fois, il le fut, en 1667, par l'intendant (1).

Marillac paraît vers 1680. On le voit faisant des tournées pastorales en compagnie de l'évêque et recevant les abjurations avec la gravité d'un apôtre. Il se prend au sérieux dans ce rôle de missionnaire. Quiconque abjure est exempté de la taille et du logement des gens de guerre. L'intendant tient dans sa main une bourse remplie de l'argent des évêques et de Pellisson, donne 6 livres par tête, et va de village en village et de bourgade en bourgade, à la quête des consciences.

Mais les conversions ne sont pas abondantes; avec ses six livres, il ne prend que des fripons qui se donneraient à moins. Alors Marillac tire tout à coup de son cerveau un système nouveau ; ce

(1) A. Lièvre, Histoire des Eglises protestantes et des protestants dit Poitou. 3 vol. 1858.

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