‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 20 sur 127 · MARILLAC EST REPRIS. A · texte numérisé non relu

MARILLAC EST REPRIS. A

qui lui mande qu'il n'a qu'à pousser les choses aussi loin qu'il voudra, et qu'il fera tout autoriser à la cour; il fait' voir aussi des lettres de cachet qui lui ont été envoyées, à ce qu'il dit, avec le nom en blanc, pour le remplir comme il lui plaira (1). »

Le subdélégué de Marillac parcourt les campagnes avec des charrettes, sur lesquelles on emporte ce que les cavaliers n'ont pas gaspillé; les bœufs, le bétail, le blé, sont vendus aux enchères, sur les places, pour la vingtième partie de leur valeur. Le subdélégué « en donne de bonnes quittances. »

Cependant les plaintes affluent à la cour; ce ne sont plus des gémissements isolés, mais un concert de lamentations. Louvois, arraché à son rêve, est surpris comme un homme qu'on réveille brusquement. Au commencement de mai, il écrit à l'intendant : « Je vous envoie un mémoire qui a été présenté au roi par un député des habitants de la R. P. R. de la ville de Châtellerault, par lequel Sa IMajesté a vu avec surprise la conduite que vous avez souffert que les compagnies de cavalerie qui ont logé audit Châtellerault aient tenue en votre présence, comme aussi l'insulte que le nommé Huchard a faite auxdits religion-

(1) Louvois expédiait beaucoup de ces lettres.

naires, dans le temps qu'ils étaient assemblés dans leur temple.

«... Son intention (du roi) est aussi que vous vous absteniez de menacer les gens de ladite religion qui ne voudront pas se convertir, ne convenant point à son service qu'un homme de votre caractère tienne des discours si éloignés de l'exécution des édits dont les religionnaires jouissent dans le royaume... Son intention est que vous fassiez en sorte que les religionnaires n'aient aucun prétexte légitime de se plaindre, qu'ils soient violentés ou menacés, quand ils ne veulent pas changer de religion (1). »

Malgré cet avertissement, Marillac persiste dans la voie de violence où il s'est engagé. Le représentant des Eglises réformées, Ruvigny, porte les plaintes de ses coreligionnaires auprès du roi. Nouvelle mercuriale de Louvois, 26 août 1681 :

« Monsieur, je vous envoie des mémoires qui ont été donnés au roi par M. de Ruvigny, lequel a assuré à Sa Majesté que ceux qui les ont apportés veulent se soumettre à toutes sortes de châtiments, s'ils ne prouvent pas ce qui y est exposé; et comme il n'y a rien de si contraire aux intentions de Sa Majesté que les violences qui y sont énoncées, elle m'a ordonné de vous les adresser

(1) D. G., 654 his, 2 mai 1681.

TJN VIEILLARD MALTRAITÉ. ">!

et de vous recommander de prendre telles mesures qu'elles cessent absolument, désirant même que vous fassiez faire des exemples des cavaliers qui les ont commises, si vous pouvez en avoir des preuves (l). »

Des témoins oculaires , passés à Tétranger, sous l'empire d'une terreur légitime, racontent à leurs frères d'exil, à leurs hôtes empressés, les sombres tragédies auxquelles la main de Dieu vient de les arracher. Benoît recueille jour par jour ces récits ; Jurieu les écrit sous le feu de la première émotion :

« Il ne se peut rien de plus triste, si ce n'est ce qui arriva, il y a peu de mois, à la Ville-Dieu, village du Poitou. Le curé et le marguiUier entrèrent chez un vieillard malade; ils chassèrent d'auprès de lui les enfants, avec des menaces terribles que s'ils s'approchaient de la maison, on les ferait pendre. Ces pauvres gens, intimidés par les autres persécutions qu'ils avaient déjà souffertes, se retirèrent dans les bois et n'osèrent revenir. Pendant leur absence et durant plusieurs jours , ces persécuteurs assiégèrent ce pauvre malade. Il eut assez de bon sens et de courage pour résister à leurs tentations. Enfin, voyant qu'ils ne le pouvaient gagner, ils l'abandonnèrent. Ce pauvre homme, demeuré sans secours, mou-

rut de misère, et l'on trouva qu'il s'était mangé les mains (1). »

Les mêmes horreurs viennent sous la plume de Benoît :

« Ils attachaient des croix à la bouche de leurs mousquetons pour les faire baiser par force, et quand on leur résistait, ils poussaient la croix entre le visage ou dans l'estomac de ces misérables. Ils n'épargnaient non plus les enfants que les personnes avancées, et, sans compassion de leur âge, ils les chargeaient de coups de bâton, ou de plat d'épée, ou de la crosse de leurs mousquetons... Ces scélérats affectaient de faire des cruautés aux femmes. Ils les battaient à coups de fouet ; ils leur donnaient des coups de canne sur le visage pour les défigurer; ils les traînaient par les cheveux dans la boue et sur les pierres (2). »

Le gouverneur Yieville, en arrivant de Paris, reçoit des plaintes de religionnaires maltraités. Sur les reproches qu'on lui fit des violences de ses gardes, il répond à ceux qui lui demandent ce qu'il appelle donc violence, que ce mot convient aux actions des soldats, quand ils brûlent les pieds de leurs hôtes.

Le 19 septembre de la même année, Ruvigny

(1) Les derniers efforts de V in^iocence affligée^ La Haye, 1682.

(2) Histoire de Védit de Nantes, IV, 479. Deift, 1695.

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