TOUT EST PERMIS AUX DRAGONS
sieur d'Asfeld n'est plus dans ladite province, j'ai cru vous devoir donner part de l'ordre que j'ai reçu de Sa Majesté de faire arrêter lesdits gentilshommes dès qu'ils paraîtront à la suite. »
On est encore mieux à la Bastille que dans ses terres. En effet, Louvois, dont la colère et l'irritation grossissent de jour en jour, écrit à Foucault ce qui suit :
« Le roi m'a commandé de vous faire savoir que son intention est que les dragons du régiment d'Asfeld, qui sont chez les gentilshommes de la R. P. R. du bas Poitou, y demeurent jusqu'à ce qu'ils soient convertis, et qu'au lieu d'y vivre avec le hon ordre qu'ils ont fait jusqu'à présent, Von leur laisse faire le plus de désordres quil se pourra pour punir cette noblesse de sa désobéissance. »
Louvois ne se possédait plus de rage, depuis qu'il voyait que la révocation de l'édit de Nantes n'empêchait pas qu'il n'y eût en France un grand nombre de protestants. Mais Foucault n'avait pas besoin d'ordres si sévères pour les traiter avec la dernière rigueur.
L'intendant écrit au jour le jour la triste histoire des protestants du Poitou.
« 11 y a eu deux cent onze gentilshommes qui se sont convertis depuis le 20 novembre jusqu'au 20 décembre.
« Le 27 décembre 1()85, M. de Louvois m'a mandé de faire mettre en prison les religionnaires chez lesquels il n'y aurait plus de quoi nourrir les dragons. »
Quand on a franchi 1685, un double et curieux phénomène se présente et attire toute l'attention des intendants et de Louvois; c'est, à l'intérieur, le grand mouvement d'émigration qui porte les religionnaires vers l'étranger ; de l'extérieur, c'est la rentrée en France des ministres chassés par la révocation, revenant exhorter leurs frères à la persévérance et soutenir ceux qui faiblissent.
ce Le roi ayant été informé que les ministres qui sont sortis du royaume, en exécution de l'édit du mois d'octobre dernier, ont résolu d'y revenir, déguisés en marchands et en cavaliers, pour séduire les nouveaux convertis, que ceux qui servaient de ministres dans une province doivent aller dans une autre qui soit fort éloignée. Sa Majesté désire que je n'oublie rien pour en découvrir quelqu'un, pour en faire une punition c[ui prévienne leur mauvais dessein (1). »
Les ministres rentraient déguisés en mendiants, en pèlerins, en officiers, en soldats et en
(1) Mémoires, p. 149.