LES MINISTRES REVIENNENT
vendeurs d'images et de chapelets; ils trouvaient des guides pour les conduire, les annoncer, et des hôtes pour les recevoir. Bâville, en Languedoc, en fit arrêter deux près d'Alais; Tun, déguisé en mendiant, fit le sourd, l'autre avait un habit d'ermite. Ces hardis prédicateurs de l'Evangile, qui savaient que la mort les attendait s'ils étaient pris, marchaient la nuit, habitaient les forêts, les cavernes, ne couchaient jamais deux nuits au même endroit, et tenaient, loin des habitations, des assemblées où l'on accourait de huit ou dix lieues à la ronde.
Quant au flot des émigrants, il grossit beaucoup de la fin de 1085 à la fin de 1686. En vain faisait-on garder les frontières ; en vain publiaiton que les puissances étrangères refusaient un asile aux fugitifs; que plus de dix mille étaient morts en Angleterre de Tintempérie du climat, des fatigues du voyage, de misère et de faim ; que le plus grand nombre ne demandait qu'à revenir en France et promettait d'abjurer; ces bruits trouvaient peu de créance (1).
Ceux qui étaient pris voulant fuir étaient envoyés sur les galères, condamnés à ramer comme de véritables forçats, assis sur le même banc que des criminels.
(1) ïiu]h\ères, Eclairciss''tifenf.'< historiiji<ef{ sur les causes de la révocation de Vèdit de Xroites, 1. 201.
Foucault faisait garder les côtes de l'Océan et continuait de travailler à la conversion des religionnaires de la province. Un des obstacles qui le frappent le plus vivement, c'est l'ignorance et l'inconduite des curés :
« J'ai mandé à M. de Louvois qu'un obstacle considérable aux conversions dans plusieurs paroisses était la vie scandaleuse des curés (1). »
Coibert, chargé d'une mission dans le Poitou vers 1663, avait émis la même opinion sur le clergé de ce pays, mais en termes plus durs. « Ceux, dit-il, qui devraient soulager l'évêque de Poitiers dans son infirmité manquent sans doute de zèle et de courage, et laissent régner le désordre et la licence dans ce diocèse, où Ton n'a point fait de visites depuis plus de quarante ans. De là vient la débauche et l'ignorance des ecclésiastiques, parmi lesquels la paillardise et l'inceste sont fort communs. Pour faire court, l'évêché de Poitiers est une sentine de mauvais prêtres, lesquels étant tous chassés par les évêques circonvoisins, qui veillent soigneusement à leurs troupeaux, viennent se réfugier
(1) Méinoires, p. 152. Et un peu plus loin, revenant sur ce sujet : « Les nouveaux convertis ayant toujours peine à s'approcher des sacrements, en ont moins à entendre la prédication, mais la plupart des curés n'ont pas de talent pour les prêcher convenablement, »