UNE PAGE DE FÉNELON
dans ce diocèse de Poitiers, où ils trouvent de la confusion et de l'impunité (1). »
Fénelon, envoyé en mission dans cette province (1686), écrivit à Seignelay la lettre suivante :
« Je crois devoir me hâter de vous rendre compte de la mauvaise disposition où j'ai trouvé les peuples de ce lieu. La plupart disent hautement qu'ils s'en iront dès que le temps sera plus assuré pour la navigation. Je prends la liberté, Monsieur, de vous représenter que la garde des lieux par où ils peuvent passer a besoin d'être augmentée. Il me semble aussi que l'autorité du roi doit ne se relâcher en rien, car notre arrivée dans ce pays, jointe aux bruits de guerre qui viennent sans cesse de Hollande, fait croire à ces peuples qu'on les craint et qu'on les ménage... Leur conscience est toute bouleversée, et les plus raisonnables voient bien où tout cela va naturellement; mais l'engagement du parti, la mauvaise honte, l'habitude et les lettres de Hollande, qui leur donnent des espérances horribles, tout cela les tient en suspens et comme hors d'eux- mêmes. Une instruction douce et suivie, la chute de leurs espérances folles et la douceur de vie qu'on leur donnera chez eux
(1) Mémoire concernant Vétat du Poitou^ manuscrit de la Bi'nlioth. imp. Fonds Saint-Germain, n" 95G.
dans un temps où l'on gardera exactement les côtes, achèvera de les calmer...
« Je sais que dans les lie:^x où les missionnaires et les troupes sont ensemble, les nouveaux convertis vont en foule à la communion. Si peu qn'on les presse, on leur fera faire des sacrilèges innombrables. Pour nous, Monsieur, nous croirions attirer sur nous une horrible malédiction, si nous nous contentions de faire à la hâte une œuvre superficielle qui éblouirait de loin. Nous ne pouvons que redoubler nos instructions, qui invitent les peuples à venir chercher les sacrements avec un cœur catholique, et que les donner à ceux qui viennent les chercher après s'être soumis sans réserve. »
Et ailleurs :
ce Les peuples nourris dans l'hérésie ne se gagnent que par la parole. Un curé qui saura expliquer l'Evangile affectueusement, et entrer dans la confiance des familles, fera toujours ce qu'il voudra. Sans cela, l'autorité pastorale, qui est la plus naturelle et la plus efficace, demeurera toujours avilie avec scandale... Si on n'établit pas au plus tôt de bonnes écoles pour les deux sexes, on sera toujours à recommencer. Il faudrait aussi répandre des Nouveaux Testaments avec profusion... Si on leur ôte leurs livres sans leur en donner, ils diront que les