‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 27 sur 127 · MORTS TRAINES SUR LA CLAIE · texte numérisé non relu

MORTS TRAINES SUR LA CLAIE

ministres leur avaient bien dit que nous ne voulions pas laisser lire la Bible, de peur qu'on ne vît la condamnation de nos superstitions et de nos idolâtries, et ils seront au désespoir (1). »

Selon Foucault, au commencement de 1686, il ne restait pas cinq cents religionnaires dans le Poitou. Mais comment étaient-ils convertis ceux qu'on appelait les nouveaux catholiques? Quelle était la sincérité de leur abjuration? On en eut des exemples continuels à leur lit de mort. Tous, ou le plus grand nombre, refusent de recevoir les sacrements à leur heure dernière, et il faut porter une ordonnance contre ceux qui meurent ainsi : on décide que le procès sera fait à leur cadavre, et qu'ils seront traînés sur la claie. On reconnut bientôt l'inefficacité de cette odieuse profanation de la mort, et l'ordonnance fut abandonnée, mais elle avait été appliquée à plusieurs reprises, en particulier par Foucault :

« Le 9 avril 1686, j'ai jugé au présidial de Poitiers et condamné à être tramé sur la claie le cadavre d'une femme du lieu de la Motte, qui, ayant abjuré l'hérésie depuis trois mois, a refusé, avant de mourir, étant en pleine

{Vj Cor respondauce générale de Fénelon, tome I, lettres des 7, 26 février et 8 mars 1686. Tout en louant la modération et les vues si justes de Fénelon, on voit avec regret, dans ces passages, une approbation peu déguisée de l'emploi de la force. Les dragons ont passé par là, et il ne s'en plaint pas.

connaissance et liberté d'esprit, de recevoir les sacrements, nonobstant les instances de son curé (1). »

Le 8 décembre de cette année, le roi envoie aux intendants et commandants de toutes les provinces des instructions de la plus haute importance. En effet, elles portent en elles-mêmes " la condamnation de tous les arrêts, de tous les édits, de toutes les rigueurs sous le poids desquelles les protestants gémissaient. Dans cette circulaire, qui devait être seulement connue des intendants et commandants, et qui, suivant Foucault, a le caractère d'un relâchement très-préjudiciable aux affaires de la religion, nous trouvons les dispositions suivantes :

Le roi a été frappé du « mauvais effet » que produisent les diverses manières dont on en use à l'égard des nouveaux convertis ; il enjoint aux intendants d'empêcher les assemblées et les prédications, et, s'il s'en fait, de les punir, suivant la rigueur des ordonnances; mais Sa Majesté ne juge point à propos que les ecclésiastiques employés pour prêcher les nouveaux convertis mêlent aucunes menaces à leurs exhortations, elle ne juge pas non plus à propos que l'on continue à tenir des inspecteurs à l'entrée des églises pour connaître ceux des nou-

(1) Mémoires^ p. 155,

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