‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 29 sur 127 · HÉROÏSME DES FEMMES · texte numérisé non relu

HÉROÏSME DES FEMMES

Les religionnaires sentent que le temps des extrêmes rigueurs est passé ; ils respirent, et se hasardent à faire des assemblées, rares encore et discrètement tenues. Foucault en est instruit : « Ayant mandé, dit-il, à M. de Louvois qu'il s'était fait une assemblée de nouveaux convertis du côté de Pouzauges, il m'a écrit, le 24 janvier 1687, que, si le fait se trouve véritable, je fasse promptement un châtiment si sévère de ceux qui se seront assemblés, que l'exemple qui en sera fait retienne les autres. »

Un fait constant dans l'histoire de ces tristes persécutions, c'est qu'en général les femmes offrent plus de résistance aux dragons que les hommes. Le mari cède toujours avant l'épouse. On a sur cette opiniâtreté héroïque des lettres intéressantes de Louvois (1).

Quand une femme huguenote était connue pour aller de maison en maison exhorter les

(1) A M, de Larray. — « Je crois vous avoir déjà mandé que le roi approuvait que vous fissiez garder dans leurs maisons les femmes religionnaires qui se mêlent de dogmatiser et de faire des diligences pour empêcher les conversions. »

Les femmes de la généralité de Bordeaux relevaient le courage de leurs coreligionnaires, allaient de maison en maison exhorter les défaillants et retiraient des fugitifs chez elles. Boulïlers s'en plaint à Louvois, qui lui donne les mêmes ordres qu'à M. de Larray.

Ordre à la troupe de « faire veiller à leur conduite:» s'il y en a quelqu'une qui se mêle de dogmatiser et de s'opposer aux conversions, que Boufflers la fasse enfermer chez elle et garder à ses dépens.

nouveaux convertis et ceux qui ne Tétaient pas encore, on la faisait enfermer dans sa maison, et à sa porte on plaçait deux soldats. Le plus souvent, elles étaient envoyées en prison, ou dans des couvents, ce qui revient au même.

« Au mois de janvier 1687, écrit Foucault, j'ai fait partir, suivant les ordres du roi, dix-huit femmes religionnaires pour le diocèse de Beauvais, où elles doivent être mises dans des couvents. J'ai mandé à M. de Louvois qu'il en partirait encore dix-huit incessamment pour le diocèse d'Amiens, et qu'il y en avait encore douze à éloigner. »

On se rappelle les lettres sévères de Louvois à Foucault, dans des circonstances oii celui-ci avait poussé trop loin les rigueurs. Foucault avait sur le cœur ces vertes réprimandes; quand l'occasion se présente, il ne manque pas de donner un coup de griffe au ministre.

« M. de Louvois m'avait mandé qu'il fallait faire démolir les maisons des religionnaires qui s'étaient assemblés près Pouzauges ; mais je lui ai marqué que la déclaration du mois de juillet 1686 portait bien la peine de mort, mais non pas la démolition des maisons, et qu'il n'était pas permis aux juges d'ajouter des peines à celles portées par les lois, au-dessus desquelles

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