AIGREUR DE FOUCAULT CONTRE LOUVOIS
M, de Louvois ne se faisait pas scrupule de se mettre. »
Des quatre prisonniers saisis à la suite de l'assemblée tenue à Pouzauges, Bigot, ministre, fut condamné à être pendu, deux furent condamnés aux galères, le quatrième banni à perpétuité; Louvois, informé de ce jugement, le trouve trop indulgent ; il aurait voulu la mort des quatre prisonniers. Le dépit de Foucault se fait encore jour à ce propos. « Je n'ai pas cru, lui dit-il, que ce fût par ordre du roi qu'il m'ait taxé de trop de douceur, et suis persuadé que cest de son propre mouvement quil a tiré ce reproche; )> et, déversant jusqu'au bout le fiel qu'il a sur le cœur : « Je lui ai encore marqué qu'il ne fallait pas chercher ailleurs la cause de cette licence que dans les lettres pastorales que les ministres sortis du royaume écrivaient aux nouveaux convertis, mais il était beaucoup moins touché de V intérêt de la religion que du profit immense que lui apportait le port des lettres étrangères j et le prétexte dont il se servait était de dire quil fallait bien se garder de violer le dépôt des lettres, beaucoup plus sacré pour lui que celui de la religion (1). »
Ces lignes acerbes laissent voir dans son énormité la vanité de l'intendant Foucault; il est extrêmement piqué que ses conseils n'aient pas
(1) Mémoires, p. 116.
été suivis ; il en veut à Louvois de ne pas se rendre aux lumières d'un homme dont le roi a lu les relations avec un plaisir si vif, qu'il les a mises de côté pour les relire. Mais il faut savoir gré à Louvois d'avoir respecté le secret des lettres à une époque où le violer était chose assez fréquente, et dans un moment où tous les intendants lui donnaient le même conseil que Foucault. Les intendants pensaient que les nouveaux convertis étaient détournés de leurs devoirs de catholiques par les seules lettres pastorales qui leur arrivaient de l'étranger.
Que ces lettres fussent ou non la cause du relâchement observé chez les nouveaux convertis, il est certain qu'en cette année (1687) on vit, à ne plus s'y tromper, que les conversions n'étaient pas sincères et que les assemblées nocturnes des religionnaires devenaient et plus fréquentes et plus hardies. Sujet de colère pour Louvois. Les ordres qu'il donne sont d'une sévérité outrée.
A quel degré d'horreur pour le catholicisme les dragons et les ecclésiastiques missionnaires avaient amené les esprits, on en peut juger par des faits rapportés par Foucault, celui-ci, entre autres, éloquent dans sa brièveté :
« Au mois de juin 1687, la veuve d'un ministre de Ghâtellerault s'étant cachée dans la
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maison d'un de ses proches pour éviter d'être recherchée pour la religion, les officiers de Châtellerault en ayant eu avis, se sont transportés dans cette maison, et sur le bruit qu'elle entendit, elle s'en alla jeter dans un puits, d'oii elle fut retirée et conduite aux filles repenties de Poitiers. »
Ni les dragons, ni les couvents, ni les galères, ni le supplice inventé par Foucault ne soumettent les religionnaires.
Nous touchons à l'année 1688; une nouvelle et grande émigration va refluer sur les frontières , libres et ouvertes cette fois -, à l'intérieur, sur tous les points du royaume, dans les Cévennes, le Languedoc, le Yivarais, le Dauphiné, le Poitou, les assemblées recommencent; les chants retentissent dans les bois, et si la fusillade les interrompt, ce n'est qu'une interruption de courte durée. A quoi donc ont servi huit années de rigueurs, de procès et de surveillance active, sans parler des sommes distribuées? A deux choses : à montrer que la conscience se dérobe à l'empire de la force brutale, et qu'un tyran échoue à la vouloir régenter; en second lieu, que Louis XIV, Louvois, Madame de Maintenon , Letellier, le père Lachaise, les intendants et les évêques avaient de singuHères illusions sur la foi des protestants et
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la fermeté de leurs croyances. Ils jugeaient trop ce petit peuple par leur propre entourage, qui ne croyait à rien, vivait entre la corruption et la dévotion, sans autre culte que l'intérêt. On estimait que les protestants abjureraient avec la même bonne grâce que ces grands seigneurs affamés de places et de faveurs : qu'un marquis de Dangeau, plat courtisan, qui note dans son Journal les grandes infortunes de ses anciens coreligionnaires, sans un mot de pitié ; qu'une jMaintenon, plus occupée de plaire à Louis XIV qu'à Dieu. On vc it combien cette erreur fut grande, funeste à l'Etat, funeste à la religion elle-même. En 1688, il n'y avait plus en Poitou un millier de nouveaux convertis allant à la messe; ils allaient tous aux assemblées, bien que ce fût un terrible danger, ainsi que l'atteste ce dernier fragment des Mémoires de Foucault, par lequel nous terminerons le chapitre concernant le Poitou :
« Le 22 février 1688, il s'est fait des assemblées de religionnaires dans le haut Poitou, du côté de Saint-Maixent, en plusieurs endroits, au nombre de deux mille, mille cinq cents, et mille en même temps. Je reçus même à Poitiers un billet non signé par lequel on me donnait avis, de leur part, de ces assemblées. Ils publiaient hautement qu'ils viendraient faire l'exercice de