‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 3 sur 127 · TÉMOIGNAGES RENDUS AUX RÉFORMÉS · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES RENDUS AUX RÉFORMÉS

roi en faveur de ses coreligionnaires, Louis XIV répond qu'il est résolu à maintenir les édits: « J'y suis engagé, dit-il, par ma parole royale et par la reconnaissance que j'ai des preuves qu ils m'ont données de leur fidélité pendant les derniers mouvements, où ils ont pris les armes pour mon service et se sont opposés avec vigueur aux mauvais desseins qu'un parti de rébellion avait formés dans mes Etats, contre mon autorité. » Plus tard, dans ses Mémoires^ Louis XIV récapitule les dangers dont son trône était environné à son avènement; il ne mentionne pas les réformés.

Un inconnu, un contemporain qui fut à même de parcourir les mémoires et rapports adressés au secrétaire d'Etat et au père Lacbaise sur les dispositions des religionnaires, leurs discours, leurs faits et gestes, résume ce qu'il sait en ces termes : « Dans aucun de ces Etats, ils ne sont accusés d'intrigues, d'aucune mauvaise disposition contre le gouvernement, mais de ce que leur cimetière est trop voisin de celui des catholiques, de ce qu'ils chantent les psaumes à voix trop haute, et autres semblables accusations » (1 ) . Pourquoi donc, à dater de 1660, voit-on adopter à l'égard des protestants une politique nouvelle, contraire aux déclarations solennelles des

(1) Papier.^ Ridhiri'cs,\iA. I. Bil)liothèqur impéii.de.

princes, à la foi jurée et aux édits? Pourquoi ces citoyens laborieux, dont la fidélité est reconnue et louée, sont-ils traités tout à coup comme des hommes dangereux pour le salut de l'Etat? Quelle est leur faute ? Les causes de ce revirement politique ne sont pas en eux, mais autour d'eux. Un ennemi se glisse entre Louis XIV et les réformés, ennemi ancien, déclaré, acharné, qui n'a accepté les édits favorables aux huguenots que comme une trêve ou « un malheur des temps ; » ennemi dont l'influence grandit à vue d'œil de 1660 à 1685, dont la voix est toujours plus écoutée, dont chaque succès, chaque vœu exaucé emporte un lambeau de Tédit de Nantes, dont le triomphe définitif sera la révocation. L'Eglise catholique, car c'est elle, ne s'en cachait pas d'ailleurs ; elle affichait hautement ses espérances ; elle manifestait ses désirs dans des assemblées solennelles; elle donnait à ses vœux tout l'éclat de la parole de ses évêques ; elle voulait l'extinction de l'hérésie. Pour elle, hérésie étant synonyme de peste, œuvre de Satan, la supprimer, l'anéantir, c'était faire œuvre pie, sainte devant Dieu. Parler de liberté de conscience à une Eglise qui ne voit pas de salut possible en dehors de ses pratiques et de ses cérémonies, c'est tenir un discours superflu-, en agissant ainsi, en persistant sans relâche dans

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