‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 4 sur 127 · CE QUE VEUT LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

CE QUE VEUT LE CLERGÉ

son projet d'abolir le calvinisme, elle était fidèle à sa tradition, fidèle à son esprit. A quoi donc servirait-il de ne pas oser le dire? L'Eglise catholique est tout entière, avec ses principes et sa tactique, dans la révocation de l'édit de Nantes. Qu'elle en porte la responsabilité devant le monde !

Cependant des historiens catholiques ont nié la part active qui revient au clergé dans la révocation de l'édit de Nantes. Le cardinal de Beausset a défendu de toutes ses forces la mémoire de Bossuet (1) contre une accusation de ce genre ; c'est bien mal reconnaître Tesprit constant de sa propre Eglise. Du reste, voici les vœux du clergé à l'égard des protestants; ils sont dans les procès-verbaux de ses assemblées (2).

En 1636, (on voit que les plaintes remontent haut), le clergé de France dit au roi : « Sire, nous sommes obligés de solliciter votre justice de les punir (les prétendus blasphèmes des protestants);... que les prières de leurs prêches, injurieuses à r honneur de Sa Sainteté, qu'ils nomment l'Antéchrist, soient biffées et corrigées; que ce monstre d'hérésie, cette indifférence de la religion, conçue et enfantée parle ministre Daillé

(1) Histoire de Bossuet.

(2) Voir aussi Reci'.eil des Actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé de France, mis en nouvel ordre suivant la délibération générale du clergé^ du 29 août 1705. Paris, 1716.

8 LOirVOIS ET LES PROTESTANTS.

soit étouffée en sa naissance; que ces infâmes pages qui la contiennent soient consumées dans les feux et flammes publiques par les mains de l'exécuteur de la haute justice, et lui sévèrement puni comme un nouvel hérésiarque. »

En 1651, Gilbert de Choiseul, évêque de Comminges, s'adresse au roi en ces termes: a Nous ne demandons pas, Sire, à Votre Majesté, qu'elle bannisse à présent de son royaume cette malheureuse liberté de conscience qui détruit la véritable liberté des enfants de Dieu, parce que nous ne jugeons pas que Texécutionensoit facile; mais nous souhaiterions au moins que ce mal ne fît point de progrès, et que, si votre autorité ne le peut étouffer tout d'un coup, elle le rendît languissant et le fît périr peu à peu par le retranchement et la diminution de ses forces (1). »

A partir de 1660, les demandes des assemblées du clergé prennent une netteté et une hardiesse qui ne laissent rien à désirer. On le voit gagner du terrain de cinq ans en cinq ans; il demande et il obtient. Yoici le résumé de ses procèsverbaux :

L'assemblée de 1660 demande au roi qu'il soit défendu aux catholiques d'embrasser le calvinisme ; que des peines sévères soient portées

(1) Voir Remontrances du clergé; Bulletin de Vhistoire du Protestantisme^ vol. XIV, p. 71 et suiv.

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