QUI EST FOUCAULT
une assez grande importance; on a de lui des récits de fêtes très-soignés ; c'était un bel esprit, et un esprit cultivé, sinon un brillant esprit (1). Il s'estime bien au-dessus des fonctionnaires de province qui viennent lui débiter des harangues sur son passage; il rit sous cape de leur éloquence bourgeoise et empesée. Il les tient pour de braves gens qui ne savent pas les premiers éléments de l'éloquence. Mais ce Foucault bel esprit est le dernier venu en scène ; car il y a trois personnages dans cet intendant ; le premier, que nous verrons à Montauban, entre dans les vues modérées de Colbert, qui le protège; le second, celui du Béarn, veut gagner à tout prix les bonnes grâces de Louvois et frappe avec une sorte de rage sur les protestants; celui-là est un bourreau; le troisième est un homme arrivé à son but, touchant au déclin de la vie, en qui toutes les passions sont
(1) «Foucault n'avait point d'esprit, quoiqu'il eût de la culture d'esprit; ses idées étroites n'en étaient que plus pénétrantes et dangereuses; il se ruait, tête baissée, sur le calvinisme, comme un taureau qui voit du rouge. Ce fanatique, chose remarquable, était une créature de Colbert; Colbert mort, il voulut et crut plaire à Louvois par un excès de violence, Louvois aimait la violence ou plutôt la force, mais intelligente et surtout docile ; l'obstination de Foucault ne pouvait pas lui convenir. Cependant il n'y eut entre eux de mésintelligence que lorsque Foucault se trouva directement placé sous les ordres de Louvois; tant qu'il fut en dehors de son département, k Montauban et à Pau, il put faire à peu près tout ce qu'il voulut, » (C. Rousset, Histoire de Louvois, III, p. 463.)
éteintes, et tout d'abord Tambition. Il serait presque un honnête homme, si jamais un bourreau comme lui pouvait Têtre ; sa passion alors, ou plutôt son goût dominant, c'est la littérature, l'amour des arts. C'est au second Foucault que nous avons affaire présentement.
Celui-ci , « âme d'inquisiteur sur les dehors' d'un courtisan doucereux (1), » se compromet pour plaire à Louvois, qu'il n'aime pas (on le verra dans la suite) et sert le clergé par les pires moyens, sans avoir pour lui aucune estime ; « ce sont, dit-il en parlant des prêtres, gens oisifs et inutiles. » N'étant pas assez sot, ou assez imprudent, pour le leur dire en face, il attend le moment où il rédige ses Mémoires, c'est-à-dire la fin de sa carrière. Alors il dit les choses comme il veut et les arrange à sa manière. Ainsi on ne trouve pas trace, dans ses MémoireSy du ministère des dragons dans l'office des conversions; une fois seulement le mot significatif « réduire » lui échappe ; si bien que des historiens ont pu dire avec une apparence de vérité que les populations protestantes du Béarn semblent avoir été converties par l'effet de la grâce divine. Mais il est d'autres témoignages que le sien, trop intéressé au travestissement de l'histoire.
En arrivant à son poste, à Pau, l'intendant
(1) Henri Martin, Histoire de France.