‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 33 sur 127 · FOUCAULT ATTAQUE LES HEIŒTIQLES · texte numérisé non relu

FOUCAULT ATTAQUE LES HEIŒTIQLES

commence par réformer la justice, qui en avait grand besoin ; les affaires traînaient en longueur ; les magistrats s'occupaient beaucoup de leurs plaisirs, très-peu de leurs devoirs; plusieurs donnaient publiquement l'exemple de l'inconduite (1). Ensuite vient le tour des hérétiques :

« Le 18 juin 168i, j'ai mandé à M. le chancelier que les habitants de la R. P. R. étant exclus de toutes charges et emplois, ceux qui n'élèvent pas leurs enfants aux armes et au commerce, les font étudier en droit et les envoient à Pau pour y être reçus avocats et en faire la fonction, en sorte que, d'environ deux cents avocats qui composent le barreau de ce parlement, il y en avait au moins cent cinquante de la R. P. R., et même c'étaient les plus employés ; et que, comme il s'en présentait tous les jours pour être reçus, j'avais empêché qu'ils ne l'aient été jusqu'à ce que je fusse informé des intentions du roi sur ce sujet; qu'il semblait convenable que les avocats catholiques fussent plus forts, au moins d'un tiers en nombre, que ceux de la R. P. R. ; que j'attendrais sur cela ses ordres, et que, cependant, je continuerais de

(1) Lire dans les Mémoires le piquant récit de la dispute qui s'éleva entre le procureur du roi et Tévêque Lescar,

faire surseoir à la réception de ceux qui se présenteraient. »

A la fin d'août, Foucault vient à Paris, voit le roi à Fontainebleau, et, pour premier compliment, lui donne Tassurance que les Béarnais ont reporté sur sa tête Tamour qu'ils avaient jadis pour Henri IV. Le roi en doute un peu; « ce sont, lui dit-il, des esprits bien difficiles à gouverner; » l'intendant répond qu'avec des manières douces, on en a facilement raison. Enhardi par la tournure favorable de ce début, Foucault aborde la question principale, celle des conversions, et nous dévoile un tour de sa façon : « Je lui rendis compte ensuite des affaires de la religion du Béarn et du plan que j'avais fait pour faciliter la conversion des religionnaires. Je lui montrai la carte que j'avais fait faire du Béarn, avec la situation des villes et des bourgs où il y avait des temples ; je lui fis voir qu'il y en avait un trop grand nombre et qu'ils étaient trop proches les uns des autres, qu'il suffirait d'en laisser cinq, et j'affectai de ne laisser subsister que les temples, justement au nombre de cinq, dans lesquels les ministres étaient tombés dans des contraventions qui emportaient la peine de démolition du temple; en sorte que, par ce moyen, il ne devait plus rester de temple en Béarn. Le roi approuva donc le retranchement

UNE PERFIDIE DE l'INTENDANT. 91

des temples et la réduction à cinq. » Foucault regarde cette perfidie comme une combinaison habile et très -spirituelle-, il la rapporte avec une satisfaction visible, et, cependant, il écrit ses Mémoires, vers la fin de sa vie, à un âge, où dans le silence des passions, la conscience est à même de retrouver sa droiture naturelle : « Le roi, continue- t-il, me témoigna une grande satisfaction des mesures que je prenais pour la conversion des religionnaires, ne doutant point qu'elles n'eussent le succès qu'il en attendait ; » et, plus loin, le courtisan ajoute en se rengorgeant : (c Le roi ayant fait appeler les ministres, il leur fit le récit de tout ce que je lui avais dit, et leur parla de moi plus avantageusement que je ne méritais. ))

Il part de Fontainebleau, enchanté de tout le monde, mais moins des autres que de lui-même et de son habileté savante. Il est, depuis cette entrevue, un tout autre personnage ; il va se donner libre carrière contre les religionnaires. Ecoutons-le : « Je portai au parlement, deux jours après mon arrivée, les édits et déclarations concernant les affaires de la religion, et après qu'ils eurent été enregistrés et publiés, je fis, sans perdre de temps, signifier aux consistoires des temples proscrits l'arrêt qui en ordonne la démolition dans le mois, ce qui a été exécuté

avec soumission, quoiqu'ils en soient très-consternés. Je fis attaquer, après la démolition de ces quinze temples, les cinq restants par le procureur général pour contravention aux édits et arrêts du conseil. Leur procès fut bientôt fait, et les arrêts qui en ordonnèrent la démolition furent exécutés sans perdre de temps; en sorte qu'en moins de six semaines, il ne resta pas un temple dans tout le Béarn. Leur démolition engagea les ministres à sortir de la province, et, par leur désertion, les faux pasteurs me laissèrent le champ libre aux conversions. »

Les pasteurs étaient incapables de lutter avec un convertisseur de cette école. Il se presse •d'annoncer victoire à qui doit l'en féliciter : « Le 5 avril (1685), j'ai écrit à M. de Harlay, archevêque de Paris, que les quinze temples du Béarn ont été démolis ; que des cinq qui restent, j'en ai fait interdire deux pour des contraventions aux édits; que j'espérais que les trois restants auraient bientôt la même destinée ; que, cependant, j'ai fait faire une mission par des jésuites dans une petite ville du diocèse de Lescar, qui a produit plus de trois cents conversions ; que le moyen d'achever l'ouvrage des conversions était d'obliger tous les ministres des temples interdits de s'éloigner au moins de dix lieues du Béarn, attendu qu'il n'a que onze lieues de long sur

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