‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 34 sur 127 · LES ORDRES « EN BLANC · texte numérisé non relu

LES ORDRES « EN BLANC

sept à huit de large (1). » Quatre jours après, les cinq temples restants sont rasés ; alors Foucault donne la chasse aux ministres, par la raison toute naturelle qu'ils sont devenus inutiles, et qu'ils pourraient être dangereux.

On croirait que tout est fini, tous les exercices étant interdits. Mais Foucault n'est pas au bout de ses violences.

Le 18 avril, il demande à Louvois des ordres « en blanc » pour faire loger plusieurs compagnies chez les religionnaires ; il assure qu'à la simple vue des troupes, les conversions se feront par milliers; toutefois, comme il craint un refus, il promet que les soldats se conduiront avec douceur et se porte garant de tout. C'est chez, lui une habitude prise, de croire qu'il n'a qu'à parler pour que sa volonté s'exécute, comme aussi de devancer la cour, en soumettant à son approbation des mesures de rigueur. Il cherche sans cesse du nouveau par excès de zèle. Et si les vues de la cour contrarient les siennes, il est homme à n'en tenir aucun compte ; en voici une preuve : « M. de Groissy ayant proposé d'envoyer en Béarn des ministres pour baptiser les enfants de ce qui reste de religionnaires, je lui ai mandé que, dans la disposition présente d'une conversion générale dans très-peu de temps, ce

(1) Mémoires, p. 116.

serait exposer ceux qui chancellent et endurcir les opiniâtres, que de leur envoyer un ministre qui rassurerait les premiers et confirmerait les autres dans leur opiniâtreté ; que, dans ma dernière tournée, j'avais converti cinq mille âmes, et, qu'avant le 15 juin, il s'en convertirait pour le moins autant, en sorte que j'espérais que dans deux mois l'ouvrage des conversions serait achevé dans le Béarn (1). » Son avis ne fut pas goûté. Le 15 juin, M. de Croissy répond qu'il n'approuve pas que les curés baptisent les enfants des religionnaires. Mais Foucault n'en veut pas démordre et ne tient aucun compte de cet avis; il l'avoue.

C'est qu'en ce moment, Foucault était le plus heureux des intendants ; il expédiait à la cour des relations qui faisaient fureur; les conversions du Béarn étaient une merveille ; on ne parlait que d'elles et de leur auteur; c'était un enthousiasme général ; on n'avait jamais rien vu de pareil ; il fallait vivre sous un Louis XIV pour que le ciel permît de tels miracles. Les échos de cette joie parviennent aux oreilles de Foucault: qu'on juge de son ravissement. « Le roi lit mes relations avec plaisir, écrit-il, et il les fait mettre de côté pour les relire! » Quel encouragement à continuer! On l'a proposé pour l'ambassade de

(1) Mémoires, p. 119, 120.

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