RESOLUTIONS SUPREMES
et hardie résolution, dont voici les clauses principales :
« Les Eglises du Vivarais qui sont interdites s'assembleront pour prêcher la parole de Dieu et faire toutes les autres fonctions du ministère sacré.
« Toutes les Eglises seront tenues de suivre les ordres qui leur seront donnés, à peine de rébellion.
« Les ministres, qui seront destinés pour prêcher, feront leur devoir sans aucun contredit, et ceux qui refuseront, seront tenus pour déserteurs et seront finalement déposés par les colloques de leur ressort.
« Le peuple sera exhorté d'assister aux assemblées, lesquelles se feront avec toute la douceur et la simplicité qu'il se pourra, et les fidèles seront avertis de n'y porter aucun fusil pour ne donner lieu à la calomnie.
cf Les nobles des Eglises seront aussi exhortés de se trouver auxdites assemblées pour donner le bon exemple; en cas que quelqu'un d'iceux refusent de s'y trouver, on les traitera comme des apostats.
« Toutes les fois qu'on s'assemblera, on fera des prières extraordinaires pour la santé et la prospérité de T auguste personne du roi.
« Les ministres, dans leurs prédications, s'at-
tacheront surtout à la persévérance dans la religion, et même à souffrir le martyre, si Dieu les y appelle.
« On ne fera aucune insulte de fait ou de parole aux ecclésiastiques romains, ,ni à aucun catholique.
« Les ministres qui iront prêcher seront dûment accompagnés, afin qu'aucun outrage ne leur soit fait.
« Le conseil fera partir, de temps en temps, des personnes affidées qui iront dans les provinces voisines pour leur porter des nouvelles et nous rapporter des leurs (i). »
Ces grandes et importantes résolutions, où la mort est jugée si peu de chose et le culte religieux mis avant tout, furent prises à l'assemblée générale des Eglises du Vivarais et du Velay, tenue à Chalançon les 29 et 30 juillet 1683.
Le colloque de Vallon offre un spectacle qui a la même grandeur :
« Si par malheur, ce que Dieu ne veuille, le clergé prévalait sur notre innocence: qu'il voulût abuser, comme il l'a fait par le passé, du nom et de l'autorité de Sa Majesté pour opprimer des sujets innocents, et qu'on ne peut rendre
(1) Projet particulier pour les Eglises du Vivarais. (Archives de la guerre. Recueil de pièces concernant les religionnaires^ 8523.)
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comptables que pour les laits de leur religion, la compagnie audit cas déclare que, se tenant sur la défensive, ^Ue s'opposera de tout son pouvoir à cette oppression, laissant à la providence de Dieu les événements.
« Suivant cela, il a été trouvé à propos que pour éviter les surprises que le clergé menace de faire, nous jetant des troupes sur les bras pour nous opprimer, les Eglises travailleront incessamm At à faire un état de ceux qui peuvent servir, pour ensuite faire des compagnies qui puissent être prêtes pour s'opposer à la violence du clergé, tant pour la conservation du pays, que pour donner secours, en cas de besoin, à nos frères des autres provinces qu'on voudrait opprimer pour la même cause (1)... »
Est-il dans l'histoire ancienne et moderne beaucoup de pages plus émouvantes que cellelà ? Est-il rien de plus simple et de plus sublime, que ce petit peuple de travailleurs prenant les armes pour défendre, au prix de son sang, sa liberté de conscience ? Que veut-il ? Prier Dieu dans ses montagnes. Pour cette cause sainte, il va sacrifier ses biens, ses maisons, sa Aie. Ministres, jeunes gens, pères de famille, vieillards iront se battre contre des troupes réglées. Voici
(1) Archives de la guerre, Recueil de pièces concernant les religionnaires. 2325.
comment on traite ces infortunés dans un rapport adressé à Louvois :
(( La troupe des assassins et des meurtriers des montagnes du Vivarais est toujours sur pied. Ils assassinent et pillent les peuples. Ce sont des misérables qui n'ont d'autre bien que ce qu'ils pillent... Il faut que les troupes y fassent quelque séjour (1). »
Les troupes avancent. Louvois annonce leur arrivée à Daguesseau : « J'ai reçu, écrit-il, la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 49 du mois passé. Les troupes nécessaires pour punir les religionnaires du Vivarais sont en marche, et auparavant qu'elles y arrivent, je prendrai l'ordre de Sa Majesté pour vous faire savoir la manière dont vous devez pourvoir à leur subsistance (2). »
Daguesseau parcourt le pays, observe les religionnaires, étudie leurs dispositions et se persuade qu'ils sont prêts à se défendre, mais n'ont aucune envie d'attaquer. Ce sont des esprits surexcités par la démolition des temples et la crainte de perdre leurs droits légitimes, garantis par les édits. 11 espère les calmer par la dou-
(1) Mémoires de ce qu'il y a à faire de plus important pour le service du roi, pour le bien de la religion, le repos et la. tranquillité du pays de Vivarez. (Archives de la guerre, Recueil de pièces concernant les religionnaires, 2523.)
(2) D. G , 1" août 1683.