‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 38 sur 127 · SAINT-RUTH PASSE EN VIVARAIS · texte numérisé non relu

SAINT-RUTH PASSE EN VIVARAIS

ceur et yoit le danger d'un conflit. Que faudraitil ? Une étincelle, la seule apparition des troupes. Il s'efforce d'arrêter S^^nt-Ruth , alors en Dauphiné, et tout prêt à pénétrer dans le Vivarais; il le retient, il gagne du temps ; vains efforts ! Ces lenteurs irritent Saint -Ruth et Louvois.

LouYois écrit au duc de Noailles : « Il est

difficile de comprendre comment il ait pu tomber dans l'esprit de M. Daguesseau d'inspirer à iM. Saint-Ruth la patience qu'il a eue de souffrir les insultes de ces canailles, dès qu'ayant eu connaissance de l'amnistie, l'on a vu qu'ils ne voulaient pas poser les armes (1). »

Saint-Ruth, « ce soldat qui ne respirait que le carnage, » passe immédiatement dans le Vivarais. Mais le duc de Noailles ne lui laisse pas l'honneur de conduire cette campagne.

Noailles, commandant du Languedoc, pour le duc du Maine encore trop jeune, revenait de la cour. Il apprit en route l'agitation du Vivarais et la marche en avant de Saint-Ruth; il accourut.

Mais avant d'assister à la répression du Vivarais, nous devons faire un retour en arrière, dire ce qu'était Noailles, ce qu'il avait déjà fait en Languedoc.

Nous avons des Mémoires rédigés par l'abbé

(1) D. G., 1" octobre 1683.

Millot sur ses papiers et publiés en 1777(1). L'abbé Millot a eu soin de choisir dans cette immense collection (environ deux cents volumes) ce qui flatte et honore son héros. Avons-nous de lui un portrait fidèle? Connaissons-nous entièrement sa conduite vis-à-vis des religionnaires ? On peut en douter. Néanmoins les Mémoires nous fournissent de précieux renseignements. Si Tabbé Millot a laissé des voiles sur la vérité, du moins ne Ta-t-il pas entièrement cachée.

Le duc de Noailles fut commandant de la province de Languedoc de 1 682 à 1 689 ; il y trouva environ 2o0,000 protestants.

L'année de son arrivée, un arrêt du parlement de Toulouse (16 octobre) défend l'exercice du culte à Montpellier et ordonne la démolition du temple de cette ville, temple qui, au dire des contemporains, était un des plus beaux de l'Europe.

Et sur quel futile prétexte il le fait raser! Une jeune fille, Isabeau Paulet, avait réussi à s'échapper d'un couvent où on l'avait enfermée de force , pour la convertir. Elle vient s'asseoir, le dimanche, à sa place ordinaire, à l'insu du ministre. C'en était assez. On fait le procès au

(1) Mémoires politiques et militaires, composés siir les pièces originales recueillies par Adrien Maurice, duc de Noailles, maréchal de France et ministre d'Etat, par l'abbé Millot. Collection Petitot.

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