‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 39 sur 127 · TERREUR EN LANGUEDOC · texte numérisé non relu

TERREUR EN LANGUEDOC

temple ; il sera démoli. A peine l'arrêt est-il porté qu'une députation de ministres se rend auprès du duc de Noailles pour le supplier de surseoir à son exécution. « Vous êtes le maître de nos vies, lui disent-ils avec une grande fermeté, mais notre mission vient de Dieu, et la crainte de la mort ne nous en fera pas cesser l'exercice. ))

Pour toute réponse, le duc les fait enfermer dans la citadelle; et le temple fut rasé le 2 décembre. Provisoirement, les protestants de Montpellier eurent la faculté de se réunir à Saint-Jean de Yédas (1).

L'alarme se répand dans la province. Les villes protestantes nomment des députations chargées de porter leurs doléances au commandant; elles viennent l'assurer de la fidélité des religionnaires au roi. Leur unique désir est de prier Dieu en toute tranquillité , en respectant les lois du royaume. Les protestants ne demandent au représentant du souverain qu'une chose : de les protéger contre les accusations , contre les calomnies intéressées de leurs ennemis.

Leurs demandes respectueuses sont consignées dans un Mémoire conservé aux archives de la

(1) Voir YHistoire de VEglise réformée de Montpellier, par Ph. Corbière. Montpellier et Paris, 1861. — Claude Broussou, Etat des Réformés de France. — Borrel, Histoire de VEglisc: de Nîmes.

guerre (1). Les \oici résumées: Qu'on accorde aux réformés un lieu pour l'exercice de leur culte j ou sinon, l'autorisation d'approprier la coui' d'un château avec quelques planches pour cet effet; qu'il leur soit permis de remplacer leurs pasteurs valétudinaires ; que défense soit faite, à toute personne, de les insulter, lorsqu'ils ensevelissent leurs morts, que les ouvriers et les artisans cessent d'être vexés dans leurs industries.

Les députés de Saint-Hippolyte s'expriment de la manière suivante :

« Les suppliants sont tous prêts à signer de leur sang le serment de leur fidélité... Ils sont prêts de tout sacrifier et de souffrir tous les maux qu'il plairait à Votre Majesté ; mais peutêtre que lorsqu'elle considérera que les suppliants ne cèdent en rien aux plus fidèles de ses sujets et que tout leur crime consiste dans les hommages qu'ils doivent à Dieu, elle ne voudra pas faire ce tort à sa gloire et à sa piété, que de faire périr un peuple qu'on ne sait digne de sa colère pour aucune autre raison (2). »

Ils ne demandent qu'une chose : pouvoir s'assembler pour prier Dieu.

Les consistoires d'Anduze, de Saint-Jean de la

(1) Recueil de pièces concernant les religionnaires. (Archives de la guerre, 3523.)

(2) Ibid. Cette pièce est imprimée.

VŒUX PES REUGIONXATRES. 115

Gardonnenqne, de Yalleraugues, dWiilas, de Sumène, envoient aussi des députés au commandant de la province ; tous protestent de leur tidélité au roi. Que veulent-ils? Etre protégés par les lois contre la méchanceté et les artifices de leurs ennemis, qui, pour consommer leur ruine, les représentent sous des couleurs mensongères.

Les députés d'Uzès disent au duc de Noailles :

« Si les suppliants consultent leur cœur et jettent les yeux sur leur conduite, ils n'y trouvent rien qui les rende dignes de Textrême désolation où ils sont réduits; ils sont fidèles à leur prince ; ils ont fait et font paraître autant de zèle pour son service que tous les autres sujets, et c'est de là que Sa Majesté a tiré l'un des principaux motifs de sa déclaration de 1652, dans laquelle elle a eu la bonté de s'exprimer en ces termes :

« Nos sujets de la R. P. R. nous ont donné « des preuves certaines de leur affection, no- « tamment dans les occasions présentes, dont « nous demeurons très-satisfait... w

« Ainsi les suppliants ne sauraient imputer leur malheur qu'à la malice et à l'artifice de leurs ennemis qui, pour les rendre odieux à Sa Majesté, lui ont représenté leur religion tout autre qu'elle n'est (1 1. v

(1) A Monseigneur le duc de Noailles, pair de France,

4 46 LOUVOIS ET LES HlOTESTANTS.

Le duc fut peu touché des doléances de ces honnêtes citoyens, qui ne demandaient qu'à vivre en paix sous Taile des lois 5 il en fut si peu touché qu'il se jeta dans les mesures rigoureuses, si bien que Louvois dut l'inviter à la modération et lui recommander de « ne pas mettre trop de bois au feu à la fois. »

Les conversions venaient lentement, malgré ce beau zèle ; le duc eut alors l'idée d'ouvrir des conférences entre les docteurs catholiques et les ministres, mais cette idée parut irréalisable à Daguesseau, à cause de T ignorance du clergé romain. Il fallut chercher une autre voie.

Au milieu de ces atermoiements, les troubles augmentent ; les protestants ne peuvent contenir leur agitation et leur épouvante, à la vue de leurs temples qui tombent, de leurs ministres qu'on éloigne, des édits restrictifs qui pleuvent sur eux. Pour en venir à bout promptement, Noailles demande des troupes. Il prétend qu'en punissant les coupables, « on empêchera mille autres de le devenir. » Sur ces entrefaites, il se rend à Paris et laisse le commandement de la province à Daguesseau.

Grande émotion parmi les religionnaires du

lieutenant général des armées du roi et gouverneur pour Sa Majesté dans la province du Languedoc, les habitants de la ville d'Uzès faisant profession de la R. P. R. (Archives de la guerre.)

RÉUNION A CHALANÇON. 117

Vivarais, à la nouvelle que les troupes vont entrer dans le pays. Ils savent comment on a meurtri le Dauphiné. Ils se réunissent à Chalançon et envoient une députation à Daguesseau pour l'assurer de leur fidélité au roi. « Ils sont prêts, disent-ils, à verser leur sang pour son service ; s'ils avaient eu le malheur de lui déplaire dans l'exercice de leur religion, ils n'avaient rien fait que par un motif de conscience; quant au poil d'armes, ils n'avaient eu en vue que de mettre leurs vies et leurs biens à couvert des menaces que leur faisaient journellement les garnisons établies par les seigneurs catholiques; du reste, ils demandent pardon au roi de ce qu'ils peuvent avoir commis contre ses ordres, et supplient rintendant d'obtenir de sa clémence une amnistie générale (1). »

Daguesseau obtient l'amnistie, mais les ministres en étaient exclus. C'était assez faire entendre aux religionnaires qu'ils devaient se passer de culte. L'agitation recommença. Louvois bondit de fureur et prescrit la désolation du pays.

« L'intention du roi n'est point que l'amnistie ait lieu pour les peuples du Yivarez qui ont eu l'insolence de continuer leur rébellion, après qu'ils ont eu connaissance de toute la bonté de Sa Majesté pour eux, et elle désire que vous or-

'1) Mémoires de Noailles, p. 240.

\i^ LOUVOIS ET LES PROTESTANTS.

donniez à M. de Saint-Ruth d'établir les troupes dans tous les lieux que vous jugerez à propos, de faire subsister lesdites troupes aux dépens dudit pays, de se saisir des coupables et de les remettre à M. Daguesseau pour leur faire leur procès, de raser les maisons de ceux qui ont été tués les armes à la main et de ceux qui ne reviendront pas chez eux, après qu'il en aura fait publier une ordonnance ; que vous lui donniez ordre de faire raser les huit ou dix principaux temples du Vivarez, et, en un mot, de causer une telle désolation dans ledit pays, que l'exemple qui s'y fera contienne les autres religionnaires et leur apprenne combien il est dangereux de se soulever contre le roi (1). »

Saint-Ruth accourt à marches forcées contre les religionnaires du Vivarais ; c'est alors que Noailles paraît et se met à la tête des troupes. Nous reprenons ici notre récit forcément suspendu.

Partis pour Chalançon au coucher du soleil, les dragons sont arrêtés vers minuit dans le bois de Vermont par un rassemblement de sept à huit cents hommes; il faut mettre pied à terre. Les bandes sont dispersées dans les gorges et les taillis, non sans laisser sur la bruyère une centaine d'hommes, qui, étant montés sur des châtaigniers pour se cacher, furent visés et abattus

(1) D. G., 1689. Lettre d Noailles:

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