‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 42 sur 127 · CE QUE COUTENT LES DRAGONS · texte numérisé non relu

CE QUE COUTENT LES DRAGONS

tants des Gévennes. Là, comme partout, les dragons se firent traiter en grands seigneurs. Au bout de dix mois de leur séjour dans les Gévennes, le pays était ruiné.

« Il serait malaisé , dit Claude Brousson , de dire à quoi revient la perte que toutes les Gévennes ont soufferte, car il a été payé :

« Au régiment de Montpézat, pour soixantecinq jours, 50,000 livres; à trois compagnies de dragons rouges, pour quatre-vingt-quinze jours, 30,000 livres; à trois compagnies de dragons, régiment de Villeneuve, pour trente jours, 600 livres ; à une compagnie de cravates, pour quatorze jours, 1,400 livres; le passage de trois cent neuf compagnies de cavalerie ou d'infanterie, 10,000 livres; pour la nourriture des troupes, 60,000 livres; pour le dommage causé aux habitants, soit à Tégard de leurs meubles pillés, brisés ou vendus à vil prix, ou autrement, 50,000 livres (1). )>

Les dragons furent moins persuasifs que fastueux; dans la ville d'Anduze, ils ne firent que trois conversions (2).

Les mois de septembre et d'octobre de Tannée 1685 furent particulièrement marqués par les violences de la soldatesque. Nîmes, Alais,

(1) Apologie du projet des réforûiés.

(2) Histoire de V Eglise réformée d'Andu.ze.

Uzès eurent clés logements à fournir; quelquesuns étaient de cent hommes ! Aussi Noailles écrit-il à Louvois qu avant le 25 novembre, la province n'aura plus de Imguenots ; il en répond, dit-il , sur sa tête. Quelques religionnaires se plaignirent des frais excessifs que ces logements leur imposaient. Noailles, qui était sans doute dans un de ses bons moments, fit passer cette réclamation à Louvois, qui fit cette incroyable réponse :

« Non-seulement il ne faut point avoir égard aux significations des religionnaires, mais Sa Majesté désire que vous redoubliez les garnisons et que vous fassiez punir sévèrement ceux qui ont l'insolence de faire ces poursuites. »

Les Cévennes se convertissaient ; comment ? Un petit abbé missionnaire très-franc , trèsjovial , très -heureux d'être au monde en un si beau temps, va nous le dire :

(c Au commencement de l'automne (1685), nous reçûmes l'ordre d'aller aux Cévennes , où nous trouvâmes quelques autres régiments de dragons, qu'on y avait envoyés pour tenir les huguenots dans le do^oir. Ce fut en ce tempslà que le roi révoqua les édits de Nîmes et de Nantes. Et par cette révocation, tout exercice de la R. P. R. fut défendu en France. Le roi avait auparavant sapé tous les fondements du

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