‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 43 sur 127 · RÉCITS D^UN ABBÉ MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

RÉCITS D^UN ABBÉ MISSIONNAIRE

calvinisme , faisant abattre plusieurs temples , cassant les chambres de Fédit, excluant les huguenots des grands emplois et des charges de ville, donnant de grosses pensions à ceux qui se convertissaient, condamnant à la mort ceux qui retombaient dans Terreur après Tavoir abjurée, et faisant prêcher partout la controverse par un grand nombre de missionnaires. Le roi, s'étant par là frayé le chemin à la consommation de Touvrage , cassa enfin l'édit de Nantes, le 22 octobre de Tan I680, et bannit à jamais le calvinisme de ses Etats.

(( D'abord, après la révocation, on nous dispersa dans les Cévennes, avec ordre d'aider les missionnaires et de loger chez les huguenots, jusqu'à ce qu'ils eussent fait abjuration de leurs erreurs. Jamais ordre ne fut exécuté avec plus de plaisir. Nous envoyions dix, douze ou quinze dragons dans une maison, qui y faisaient grosse chère , jusqu'à ce que tous ceux de la maison se fussent convertis. Cette maison s'étant faite catholique, on allait loger dans une autre, et partout c'était nouvelle aubaine.

(( Le peuple était riche dans les Cévennes, et nos dragons n'y firent pas mal leurs affaires durant deux ans. Nous parcourûmes de cette manière une partie du bas Languedoc , le Gévaudan, le Velay, le haut et le bas Yivarais.

« J'étais partout très-content, et j'avais

sujet de l'être (1). » On se nourrissait bien, on voyait du pays , le dragon convertissait , le missionnaire n avait qu'à donner l'absolution ; comment le missionnaire n'aurait-il pas été heureux? C'était une véritable partie de plaisir. Il y avait bien des malheureux envoyés aux galères, des enfants arrachés des bras de leurs mères, des femmes outragées, des obstinés mis à la torture, mais le petit abbé n'y prend garde : a Partout c'était nouvelle aubaine. »

Noailles était moins rassuré que l'abbé sur ces sortes de conversions. Après avoir annoncé à Louvois qu il va parcourir les Ce venues avec les sept compagnies de Barbezières, après avoir promis qu'il ne restera pas un huguenot avant la fin du mois , il ajoute : « Je ne laisserai point de vous dire qu'en toutes ces conversions nous n'avons rien fait que d'inutile, si le roi n oblige MM. les évèques d'envoyer de bons prêtres pour instruire les peuples qui veulent être prêches. Mais je crains que le roi ne soit plus mal obéi en cela par les prêtres que par les religionnaires. »

(( Je ne sais plus que faire des troupes , ditil encore, parce que les lieux où je les destinais se convertissent tous généralement, et cela va

(1) Bidlethi de Vhistolre du protestantisme français,lll;20\.

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